Le Château Beauce sauvé de la démolition

Une conférence de presse doit avoir lieu d’ici la fin de la semaine pour annoncer l’intérêt du ministère de la Culture à l’égard de cette maison.
Photo: Kathleen Simard Une conférence de presse doit avoir lieu d’ici la fin de la semaine pour annoncer l’intérêt du ministère de la Culture à l’égard de cette maison.

Au jour même de son assermentation, la nouvelle ministre de la Culture, Nathalie Roy, a mis le holà à la volonté du conseil municipal de Sainte-Marie d’autoriser la démolition d’un des bâtiments les plus importants de son centre-ville : le Château Beauce. Le 18 octobre, après avoir prêté serment, la ministre a publié un avis de classement pour ce bâtiment conçu en 1903 par le réputé architecte Jean-Omer Marchand.

« C’est un premier pas dans la bonne direction », dit Gaston Cadrin, vice-président du GIRAM, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu.

« La façon dont la décision de démolir le Château Beauce a été prise est inadmissible. Ça a été adopté de façon expéditive, sans que des modalités pour étudier la question soient prévues, et sans que les opposants puissent faire connaître leurs objections. On a un problème au Québec avec la façon dont on confie aux municipalités la tâche de préserver le patrimoine. Ça ne fonctionne pas. »

Dans une lettre adressée à la nouvelle ministre, le GIRAM dit tout haut ce que beaucoup de groupes militant pour la protection du patrimoine québécois ne cessent de répéter : « Ce dossier, comme tant d’autres auparavant, démontre l’incapacité des municipalités à reconnaître et à protéger leur patrimoine, démontrant l’échec quasi total de l’application de l’article 127 de la Loi sur le patrimoine culturel par celles-ci. » Si les municipalités peuvent en principe citer et protéger des biens patrimoniaux, la pratique montre qu’elles ne le font pas, faute de compétences, de moyens et d’intérêt.

Un échec

L’application de la loi à ce chapitre est un échec, soutient le GIRAM : « Les bâtiments cités par les municipalités pour être vraiment protégés sont trop rares. C’est justement ce que le maire de Sainte-Marie de Beauce plaidait pour justifier la démolition : ce n’est pas classé ! Après l’étude de la volonté de classement de la ministre, on pourrait toujours en revenir à l’idée que le lieu est sous la seule responsabilité de la Ville. C’est donc une victoire temporaire. Au moins, ça donne le temps au milieu d’étudier la question et de se mobiliser. »

L’administration du maire Gaétan Vachon, qui est aussi préfet de la MRC de la Nouvelle-Beauce, appuyait sans réserve l’idée de démolir l’immense demeure historique au bénéfice d’un promoteur privé qui souhaitait construire là des résidences pour personnes âgées ainsi qu’un stationnement.

La municipalité avait pourtant déjà souligné par le passé l’intérêt culturel de la maison visée sur son site Internet, tout en l’intégrant à un circuit patrimonial qui mettait en lumière l’importance du lieu pour l’histoire de la région. Le promoteur, l’homme d’affaires Yvan Roy, a aussi d’autres projets de démolition dans la ville. Il a ainsi fait raser une maison de 1895 il y a moins d’un mois.

L’urbaniste Guillaume St-Jean, animateur d’une riche page Facebook consacrée à la documentation des atteintes au patrimoine bâti et aux paysages du Québec, a été un des premiers, en compagnie de l’avocat Charles Breton-Demeule, à dénoncer le sort malheureux promis au Château Beauce. Pour l’urbaniste, « la décision de la ministre annonce les couleurs du nouveau parti, ce qui est encourageant ». Mais l’urbaniste n’est pas non plus rassuré quant à l’avenir : le caractère décentralisé de la politique culturelle en matière de patrimoine laisse à son sens beaucoup trop de latitude à des municipalités peu ou prou préparées en la matière.

Importance

Devant l’urgence de la situation, le ministère de la Culture a publié un avis d’intention de classement du Château Beauce à titre de bien patrimonial. Cela donne un sursis d’au moins 90 jours au bâtiment, le temps que le Conseil du patrimoine culturel rende son avis. En attendant, la ministre Nathalie Roy a fait connaître son intention de protéger le bâtiment et, à terme, la propriété au complet, ce qui préserverait aussi une clôture en fer forgé plus que centenaire. La ministre n’était pas en mesure de commenter la décision hier, malgré une demande du Devoir à ce sujet.

Selon le document signé par la nouvelle ministre, le Château Beauce présente un intérêt important. Construite en 1903 pour le notaire Georges-Siméon Théberge et son associé Ernest Larue, deux figures de l’histoire de la Beauce, la maison a été commandée aux architectes Jean-Omer Marchand et Samuel Haskell. Marchand est « le premier architecte québécois et canadien à obtenir un diplôme de l’École des beaux-arts de Paris ». Il a travaillé à la conception de bâtiments importants au Canada, dont le parlement d’Ottawa. Les ajouts subséquents sont aussi l’oeuvre d’architectes, ce qui « témoigne du soin apporté par les divers propriétaires à l’ensemble ».

Ce vaste bâtiment peu commun hors des grands centres comporte encore des « éléments d’intérêts », dont « les colonnes, l’escalier monumental avec ses lambris à caisson et sa tapisserie en tissu, les chambranles moulurés et les plafonds à caissons ».

Une conférence de presse doit avoir lieu d’ici la fin de la semaine pour annoncer l’intérêt du ministère de la Culture à l’égard de cette maison.