Amours, délices, orgues et poésie

Le coloré poète Jean-Paul Daoust, l’un des instigateurs de l’événement
Photo: Mario Savoie Le coloré poète Jean-Paul Daoust, l’un des instigateurs de l’événement

Ça a commencé comme une lutte pour éviter la vente de l’église de Sainte-Mélanie ; ce sera devenu, autour de l’orgue Casavant de cette dernière, un festival culturel, le premier de cette petite municipalité de Lanaudière, sise à quelque deux heures de Montréal comme de Québec.

Le premier ? Pas tout à fait. Car la pionnière et poétesse Louise Amélie Panet (1789-1862) tenait là, il y a plus d’un siècle et demi, salon et soirées littéraires. Retour vers le passé : ses textes seront relus, et à voix haute, auprès de ceux de poètes et d’auteurs contemporains — Carole David, Amadou Salmine Sall, Simon Boulerice, Jean-Paul Daoust et consorts — lors de la première édition de ce Rendez-vous couleurs, orgue et poésie de Sainte-Mélanie.

« Ça fait 34 ans que je vis à Sainte-Mélanie », explique en entrevue le coloré poète Jean-Paul Daoust, un des instigateurs de l’événement. « J’ai toujours mon appart à Montréal, on m’enlèvera pas la ville. Mais je trouvais ça plate, dans ce très charmant village, qu’il ne se passe rien. J’espère mettre Sainte-Mélanie sur la carte culturelle du Québec, mais je ne voulais pas non plus pour ça d’un Festival du cochon qui tousse… »

C’est au cours de réunion informelle de citoyens cherchant à sauver l’église — qui n’est par ailleurs plus en danger d’être vendue, la Fabrique s’étant depuis ravisée — que l’auteur des Odes radiophoniques (Poètes de brousse) a soulevé l’idée d’utiliser l’orgue pour des soirées de poésie et musique. « J’ai vécu ça une fois, à Charleville, la ville natale de Rimbaud : c’était extraordinaire. C’est un nouvel alliage poésie et musique qui emmène la poésie à une autre dimension. Ça donne tout un envol. » Les peintres de la région se sont tout de suite ralliés à l’idée, la transformant dans l’élan.

Dont acte : il y aura deux spectacles, autour de l’organiste Luc Beauséjour, de Daoust, et de la chanteuse Chloé Ste-Marie. Pour le premier, elle sera encadrée d’un choeur de 20 voix, et les poètes Sall, Boulerice, David et Queen Ka liront aussi. Lors du deuxième, ce seront Frédéric Généreux, Marco Geoffroy et Anne-Marie Poisson qui diront leurs textes.

Gravitent partout dans le village, en journée, de petits événements gratuits. L’exposition des peintres mélaniens, au coeur même de l’église, qui présenteront des oeuvres s’inspirant de la poétesse Louise Amélie Panet. Un salon littéraire avec lectures et concerts. Un sentier de la poésie, pour déambuler sous les couleurs de l’automne, lisant des vers en chemin.

Et pour la première fois, le manoir Panet de la seigneurie d’Ailleboust sera ouvert au public. La médiathèque littéraire Gaëtan Dostie y donnera des conférences sur la poésie de Mme Panet et mettra son oeuvre en lumière, notamment un poème de 1101 vers sur la vie autour du manoir.

« Elle a été occultée, comme toutes les femmes à l’époque, par les critiques de la littérature canadienne-française, illustre M. Daoust. On la sort de l’oubli, on fait redécouvrir le passé culturel de la région — hé, elle a écrit bien avant Octave Crémazine et Philippe Aubert de Gaspé ! Sa poésie est très concrète, c’en est surprenant. “Mon pays / cher âpre climat du nord / je t’appartiens / pour la vie et la mort”. » 

Louise Amélie Panet

Née à Québec le 27 janvier 1789, elle étudie, souvent sous la tutelle de son père, la philosophie, les sciences, la poésie. Elle aurait fréquenté le salon de Louis-Joseph Papineau. Peintre, claveciniste, on retrace ses écrits dès 1812. Elle aurait — du moins elle l’écrit dans ses correspondances — participé à la rébellion des Patriotes. Elle meurt en 1862, laissant un nombre imposant de poèmes, jamais publiés de son vivant, selon son gré.

Plus de poésie ?

Le rendez-vous de Sainte-Mélanie n’est pas là pour faire concurrence au Festival international de poésie de Trois-Rivières (FIPTR), mais plutôt pour l’irriguer encore plus loin. « Ils me prêtent même Amadou ! » s’exclame Jean-Paul Daoust, parlant de M. Lamine Sall, important poète sénégalais. On pourra aussi faire le crochet pour profiter du dernier week-end du FIPTR, aller savourer ses ciné-poésie et soupers-poésie, ou de la Grande Soirée de poésie du samedi. En marge, le OFF officie également, diffusant une pléiade de paroles, essentiellement au bar le Mot-dit. 

Le rendez-vous couleurs, orgue et poésie

À Sainte-Mélanie, en divers lieux, les 6 et 7 octobre