Des artistes à la défense de l’exception culturelle

C’est l’inventif «Tuktuq» de Robin Aubert qui a remporté le premier prix RÉALS, volet fiction, de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ). Le jury a salué «sa capacité à imprégner le spectateur du rythme et de la beauté singulière du Nord, et ce, avec une économie de moyens remarquable». Du côté du documentaire, c’est le travail de Frédéric Nassif et Mathew McKinnon pour «Bye» qui a été adoubé. Philippe Baylaucq s’est distingué dans la catégorie «œuvre non dramatique» pour «Kyma, ondes en puissance».
Photo: K-film Amérique C’est l’inventif «Tuktuq» de Robin Aubert qui a remporté le premier prix RÉALS, volet fiction, de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ). Le jury a salué «sa capacité à imprégner le spectateur du rythme et de la beauté singulière du Nord, et ce, avec une économie de moyens remarquable». Du côté du documentaire, c’est le travail de Frédéric Nassif et Mathew McKinnon pour «Bye» qui a été adoubé. Philippe Baylaucq s’est distingué dans la catégorie «œuvre non dramatique» pour «Kyma, ondes en puissance».

Une quarantaine d’artistes et d’artisans du milieu culturel et littéraire ont signé une lettre ouverte lancée par Québec solidaire sur l’importance de bonifier l’exception culturelle dans le cadre des renégociations de l’accord de l’ALENA. Le silence sur l’état de cet enjeu les inquiète. Comme l’idée de voir l’exception culturelle simplement reconduite dans un paysage infiniment changé, infiniment plus numérique que lors de l’entrée en vigueur de l’entente en 1994.

La comédienne Christine Beaulieu, la metteure en scène Véronique Côté, les écrivains Simon Boulerice, Jonathan Livernois et Patrick Senécal prennent ainsi position partisane pour une défense plus agressive de l’exception culturelle. « La position québécoise ne peut s’aligner sur la stratégie fédérale qui vise seulement l’interdiction à des sociétés américaines d’acquérir des médias de propriété canadienne […]. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) de ce monde sont des diffuseurs et des producteurs de contenus en plus d’être des commerçants virtuels. Ces derniers doivent reconnaître financièrement l’apport des créateurs d’ici à leur offre de service, tout en permettant à des sociétés distinctes comme le Québec d’y promouvoir leurs contenus culturels particuliers », prône la missive.

Les artistes ont raison d’être inquiets. [...] L’enjeu actuel, ce n’est pas l’exception ou l’exemption [culturelle] : c’est le commerce numérique. 

 

« Je préfère parler d’exemption culturelle, qui fait que les industries culturelles sont exemptées des dispositions de l’accord de l’ALENA », vulgarise le professeur titulaire au Département d’études politiques et internationales de l’université Bishop’s, Gilbert Gagné, hors partisanerie. Le politicologue estime que les artistes ont « raison d’être inquiets actuellement. Les États-Unis n’acceptent pas de restrictions sur le domaine numérique, donc n’y acceptent pas les exemptions culturelles — ce que le Canada voudrait. L’enjeu actuel, ce n’est pas l’exception ou l’exemption : c’est le commerce numérique. »

Les risques de la négociation

« Le premier ministre Trudeau a été assez clair là-dessus », estime le professeur Gagné. « L’exemption culturelle devrait demeurer, peu importe le mode de diffusion du bien ou du produit culturel, qu’il soit numérique ou non. » Mais dans le grand jeu des négociations, où l’on resserre ici pour donner du lest là, le déséquilibre entre la valorisation de la gestion de l’offre et l’exemption culturelle en inquiète certains.

Dont Audrée Wilhelmy, auteure de Corps des bêtes (Grasset). « En signant la lettre, je signalais l’importance que j’accorde à la singularité de l’offre culturelle québécoise et le devoir que nous avons de la protéger, et mon soutien à Québec solidaire […]. J’ai la chance de me promener, depuis deux ans, pour la promotion de mes romans, et ce qui émerge des échanges que j’ai avec les gens d’autres pays, c’est la puissance dévastatrice de la mondialisation culturelle sur les artistes locaux. Le poids américain est indiscutable, mais à travers toute la francophonie (excluant, je dirais, le Québec), le poids de la France semble également écrasant et très dur à porter. […] Les mesures protectionnistes comprises dans l’ALENA doivent être maintenues et, dans la mesure du possible, bonifiées, afin d’éviter autant que possible une culture entièrement uniformisée. Les artistes eux-mêmes ont peu d’outils pour faire prévaloir leur point de vue devant les multinationales culturelles, aussi est-il nécessaire qu’une partie de la solution soit politique. »