Des sorties scolaires limitées

Les différentes mesures de financement gouvernementales ne couvrent pas tous les frais. Le transport par autobus, pour effectuer des sorties culturelles, fait considérablement monter la facture, particulièrement pour les élèves du secondaire.
Photo: Getty Images Les différentes mesures de financement gouvernementales ne couvrent pas tous les frais. Le transport par autobus, pour effectuer des sorties culturelles, fait considérablement monter la facture, particulièrement pour les élèves du secondaire.

Les diffuseurs en arts vivants se réjouissaient mardi de l’annonce conjointe des ministères de l’Éducation (MEES) et de la Culture (MCC) d’une nouvelle mesure de financement de 9,5 millions de dollars pour les sorties éducatives culturelles, en s’inquiétant toutefois de son arrivée tardive. L’allocation, de 2,5 millions de plus que ce que la nouvelle politique culturelle avait promis, répond presque aux besoins financiers du milieu de la culture. Presque. Elle permettra aux enfants d’aller une fois au musée cette année, mais elle n’est pas suffisante à elle seule pour les emmener voir un spectacle.

Le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (Rideau), qui représente 170 membres, a salué l’injection de nouveaux crédits. « C’est assurément une contribution significative […], mais qui arrive malheureusement très tard », comment Julie-Anne Richard, directrice générale. Le porte-parole du Regroupement de scènes en musées, à Québec, Jean-Philippe Joubert, soulignait l’avantage de la collaboration entre le MEES et le MCC. « Tous ont travaillé pour que les enfants aient accès à la culture. La mesure […] semble simple d’application et c’est ce que nous réclamions pour les enseignants. Le montant investi par élève ne couvre toutefois pas entièrement les coûts d’une sortie culturelle en comptant le transport. Il faut voir si d’autres actions sont en préparation ou si la combinaison avec École inspirante sera suffisante. »

Même son de cloche et même bémol du côté de Réseau scènes : on applaudit à la mesure, mais on rappelle qu’elle ne peut couvrir tous les frais des sorties. En moyenne, on calcule qu’un million injecté est l’équivalent d’un dollar par enfant. Pour une sortie en arts vivants, il faut compter de 13 $ à 14 $ par élève du primaire si l’aide au transport fournie par le Conseil des arts et des lettres du Québec est prise en compte. Pour aller au musée, il faut compter entre 6,50 $ et 8 $. Au secondaire, la facture grimpe à 17 $-19 $ par élève pour les spectacles, à 11 $-13,50 $ pour les musées. Pourquoi cette différence ? Tout bêtement parce que les plus petits peuvent s’asseoir à trois sur un banc d’autobus là où les grands ne se casent qu’à deux. Aussi parce que la dynamique de sortie est différente : les petits sortent souvent par niveau entier, permettant ainsi des économies de grand groupe, là où les grands sortent par classe. Finalement, parce qu’une traditionnelle politique tarifaire à deux vitesses perdure aujourd’hui.

Ainsi, la nouvelle mesure permet effectivement à tous les élèves du Québec d’aller une fois au musée cette année, illustre un diffuseur. Mais pour une sortie à un spectacle, elle doit être combinée à la mesure École inspirante. Ses 27 millions de dollars veulent soutenir toutes les sorties éducatives — sportives et scientifiques autant que culturelles. Une combinaison entre deux mesures dont tous ne connaissent pas encore les rouages. Mais, conjuguées, ces deux mesures s’élèvent à 36,5 millions de dollars consacrés aux sorties scolaires, dont 9,5 millions spécifiquement pour le culturel. Jean-Philippe Joubert en conclut ceci : « Maintenant, il faut que l’information se rende jusqu’aux enseignants rapidement. C’est le nouveau défi. »

« Reste que ce n’est pas normal, indiquait un joueur du milieu des diffuseurs, que ce soit à nous de produire des notes d’information à nos interlocuteurs dans les écoles pour qu’ils sachent où demander des fonds… »

« Pour que la saison puisse enfin démarrer, poursuivait Manon Morin, directrice générale de Réseau scènes, l’information doit circuler à tous les paliers décisionnels du réseau scolaire — commissions scolaires, directions d’école, conseils d’établissement, enseignants — afin que les écoles confirment sans plus tarder les sorties auprès des diffuseurs de spectacles. »

Rideau a par ailleurs salué la volonté des ministères de simplifier le processus de financement. Car la mesure de concertation régionale en matière de culture éducation, revisitée, est transférée dans la foulée du MCC au MEES. Un changement technique, expliquait une source en politique de l’éducation, qui permettra aux commissions scolaires de lire dans leurs règles budgétaires, en amont de la rentrée, les montants dont elles disposent pour les sorties.