Le CALQ lance son programme d’arts autochtones

L’artiste Ludovic Boney (en photo son œuvre «Carroussel», 2016) a été un des membres du comité consultatif et a dit apprécier l’écoute et les efforts mis en place par le CALQ pour intégrer certaines particularités propres aux Autochtones.
Photo: Guillaume D. Cyr L’artiste Ludovic Boney (en photo son œuvre «Carroussel», 2016) a été un des membres du comité consultatif et a dit apprécier l’écoute et les efforts mis en place par le CALQ pour intégrer certaines particularités propres aux Autochtones.

La danse de cerceaux, la fabrication de pelles, la décoration à base de poils d’orignal et bien d’autres connaissances développées par les Autochtones ne sont pas des pratiques soutenues par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Ou plutôt ne l’étaient pas. Depuis jeudi, l’instauration du programme Re-Connaître leur ouvre la porte.

En cet été marqué par les débats autour de l’inclusion des Autochtones dans les projets culturels, le CALQ apaise quelque peu les esprits avec ce nouveau programme de soutien, exclusif aux artistes et aux organismes autochtones. Re-Connaître ne fait pas que s’ouvrir à des disciplines jusque-là mal comprises, il assouplit et simplifie les procédures.

« [Le programme] innove à bien des égards pour s’adapter aux réalités et aux spécificités des modes de création, de production, de transmission et de diffusion des Autochtones, affirmait Anne-Marie Jean, p.-d.g. du CALQ, lors d’une conférence de presse tenue en marge du festival Présence autochtone.

Cinq volets, trois accessibles aux artistes, deux destinés aux organismes, composent la nouvelle plateforme de financement. Les bourses individuelles varient selon le volet. Les organismes peuvent compter sur une aide couvrant jusqu’à 75 % des coûts d’un projet. À noter cependant que le programme ne bénéficie pas d’un budget spécifique. L’argent sera puisé dans les mêmes 117 millions de dollars déjà répartis parmi tous les autres programmes.

« On a une enveloppe globale, un budget global, précise Mme Jean. On ne fonctionne pas par groupe, par clientèle. Notre responsabilité est de nous assurer de répondre aux besoins de tout le monde et que les meilleurs projets sont soutenus. »

Le CALQ ne prétend pas avoir tiré des leçons de l’affaire Kanata. Le projet de ce programme exclusif aux Autochtones a été amorcé il y a 18 mois et s’est fait, dès le départ, avec eux.

Un comité d’une vingtaine de personnes, artistes ou travailleurs culturels issus d’une des onze nations amérindiennes et inuite, a participé à l’élaboration de Re-Connaître. La structure dévoilée jeudi répond notamment à la demande de rendre l’aide financière plus accessible.

Pour André Dudemaine, directeur de Présence autochtone, il s’agit d’un « pas très positif » pour la reconnaissance de pratiques et de manières de faire spécifiques et « trop longtemps souterraines ». Il souhaite que l’ensemble de la société québécoise le voie ainsi et non de manière négative.

« Il n’y a pas de discrimination positive. Quand on finance les arts du cirque, on ne fait pas de discrimination positive. On reconnaît une forme d’art spécifique », rappelle André Dudemaine.

« Concernant le patrimoine vivant que les artistes autochtones reprennent, transforment, retravaillent, il y a du rattrapage à faire, poursuit-il. Ce courant de reconnaissance doit être soutenu au moins pendant une décennie de redémarrage », estime celui qui suppose qu’un jour la distinction ne sera plus nécessaire.

Par voie orale

S’ils n’auront pas un accès exclusif à des fonds, les Autochtones auront d’autres privilèges, comme la possibilité de faire certaines demandes en tout temps et de le faire même par voie orale. Anne-Marie Jean ne craint pas de faire des jaloux.

« L’oral, pour le moment, c’est quelque chose d’adapté aux traditions autochtones. On s’est dit que ce serait bien qu’ils puissent exprimer leurs projets de cette façon. On verra par la suite s’il y a un besoin ailleurs », fait-elle noter.

L’artiste Ludovic Boney, un des membres du comité consultatif, apprécie l’écoute et les efforts du CALQ pour intégrer certaines particularités. L’auteur de plusieurs oeuvres d’art public, notamment à Québec, où il réside, estime que ce programme ouvrira surtout des portes aux artistes des régions éloignées.

« Je suis fasciné par l’idée d’envoyer des dossiers audio ou par vidéo. Pouvoir verbaliser sans être obligé d’écrire, c’est plus simple, dit celui qui dit ne pas écrire beaucoup. Faire accepter cette idée… Si on y réfléchit deux secondes, pour le jury, c’est quelque chose. Il sera obligé d’écouter au complet, pas seulement lire un dossier en diagonale. »

En dehors des programmes réguliers, le CALQ soutenait jusque-là les initiatives autochtones par des ententes de partenariat avec des groupes ciblés. Re-Connaître, qui s’adresse autant aux artistes confirmés qu’à ceux « en devenir », vise à assurer la présence autochtone de manière régulière et durable.

Au moment de lancer Re-Connaître, le CALQ a annoncé la nomination de Mélanie Lumsden, membre de la nation Inuvialuit, comme responsable du programme.

L’initiative de l’organisme québécois se déploie trois ans après celle de son vis-à-vis fédéral. En 2015, lors de l’adoption de nouveaux plans de financement, le Conseil des arts du Canada avait mis en place le programme Créer, connaître et partager, destiné à l’usage exclusif des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

Les volets destinés aux artistes

- Revitalisation, création et transmission, pour des projets autour de 50 000 $
- Microbourse pour des projets ne dépassant pas les 3000 $
- Impulsion, bourse pour la relève d’une valeur de 5000 $