Robert Lepage sort de son mutisme

Robert Lepage, lors des répétitions du spectacle «Kanata»
Photo: Michèle Laurent Robert Lepage, lors des répétitions du spectacle «Kanata»

« Je ne m’attendais vraiment pas à affronter une telle colère », a avoué Robert Lepage à propos des débats entourant les productions Kanata et SLĀV, samedi. L’homme de théâtre a accordé à Ici Radio-Canada Première une première entrevue depuis le début des critiques sur l’absence de comédiens autochtones dans la distribution de son plus récent spectacle.

Au micro de Stéphan Bureau, M. Lepage a d’abord pris la mesure des conflits entourant les deux productions. « Il ne s’agit plus, cette semaine, d’éteindre les feux. C’est vraiment un feu de forêt qui se répand », a-t-il illustré.

Si le metteur en scène de Kanata a reconnu que la pièce « ne peut plus être la même dans son contenu et dans son argumentaire », à la suite des débats engendrés, il a toutefois fait valoir l’« impossibilité pratique et économique » de modifier la distribution pour y intégrer des comédiens issus des Premières Nations.

« On les intègre pourquoi, pour faire la paix ? a-t-il demandé. On le [ferait] par obligation, ça ne marche pas comme ça la création artistique. » Selon lui, il serait d’ailleurs nécessaire que « les gens se positionnent sur la liberté de création, dans le respect et avec de bonnes intentions. »

D'après M. Lepage, les compromis d’intégration découleraient d’un « faux débat » puisqu’une intégration convenable ne serait pas quantifiable. « Combien devrais-je congédier [de mes 34 comédiens] pour les remplacer par des acteurs autochtones ? Ce chiffre-là ne sera jamais le bon, il va toujours être accusé […] Je comprends le malaise, mais ça ne se quantifie pas. »

L’homme de théâtre a en outre tenu à rappeler qu’il avait toujours « tenté d’inclure les autochtones dans ses projets », mais qu’il avait peut-être commis une « erreur de jugement » en pensant que cette collaboration passée l’« autorisait d’une certaine façon à aborder ces thèmes-là ».

Communication difficile

Robert Lepage a insisté sur l’importance d’une rencontre en personne des parties impliquées dans le conflit. « On se parle par médias interposés et les gens nous prêtent des intentions », a-t-il avancé, ajoutant que les médias, qui cherchent la « bonne histoire » (« good story »), proposaient parfois un traitement « injuste ».

L’entrevue à la radio publique a été diffusée quelques jours après la tenue d’une rencontre à huis clos entre M. Lepage, l’animatrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine, ainsi qu’une trentaine de personnalités autochtones, dans le but d’ouvrir un « dialogue » sur la pièce.

La semaine dernière, ces personnalités avaient fait paraître une lettre critique dans les pages du Devoir, déplorant l’absence de comédiens issus de leurs nations parmi les 34 artistes à l’affiche de Kanata.

Concernant la pièce SLĀV, annulée au dernier Festival international de Jazz de Montréal, M. Lepage a dit préférer ne pas « débattre » pour défendre son projet « par respect » pour ses détracteurs, qu'il n'avait pas été en mesure de rencontrer jusqu'à présent. Rencontre qui devrait avoir lieu en octobre, selon le réalisateur.