«Gravity and Other Myths»: pied de nez australien à la gravité

<p>Ces Australiens auscultent tous les recoins et symboles de la gravité, notamment en jouant avec les forces centripète et centrifuge grâce à des sceaux remplis de sable.</p>
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Ces Australiens auscultent tous les recoins et symboles de la gravité, notamment en jouant avec les forces centripète et centrifuge grâce à des sceaux remplis de sable.

Il faut venir des antipodes pour défier ainsi les lois de la gravitation universelle et se jouer de l’attraction terrestre. Époustouflants, les Australiens de la troupe Gravity and Other Myths (GOM) en ont fait la parfaite démonstration dans leur dernier opus, qui lançait jeudi soir à la Tohu la grande fête circassienne Montréal complètement cirque.

Les acrobates venus de l’autre pôle avaient subjugué la métropole lors de leur passage au festival en 2014, avec Simple Space, un exercice de force et d’humour mené à mains nues qui explorait déjà les limites et la résistance du corps humain.

Cette fois, ils présentent Backbone, une oeuvre beaucoup plus organique et peaufinée, polie comme un diamant brut, livrant la scène nue à 12 interprètes sans aucun appareil ou artifices, scellés par une complicité évidente.

C’est justement l’interrelation entre les artistes et l’acrobatie à l’état pur qu’exploite la troupe dans cette prestation où les corps se bousculent, s’entrechoquent et s’imbriquent, comme dans un jeu de domino plus grand que nature. Dans ce cirque solidaire qui pousse à son zénith l’art de la banquine et du main-à-main, les acrobates escaladent les corps pour former des pyramides improbables et des colonnes humaines à deux, à trois et même à quatre.

Sur ce plateau de scène dépouillé, la musique planante d’Elliot Zoerner et de Shenton Gregory occupe le reste de l’espace et rythme la tension des muscles, enveloppés par les mélopées arabisantes et planantes du violon électronique. Magnifiés par les clairs-obscurs, les faisceaux de lumière laser qui lèchent les corps transforment par moments le tout en tableau d’une étrange beauté.

Comme des alchimistes, ces Australiens auscultent tous les recoins et symboles de la gravité, notamment en jouant avec les forces centripète et centrifuge grâce à des seaux remplis de sable ou de grosses pierres, portés comme des boulets.

À un moment, des tiges de bois tenues à bout de bras par les artistes servent à porter un corps allongé, hissé comme un pantin désarticulé. Suspendue entre ciel et terre, une artiste tient en équilibre précaire sur une seule tige, plantée dans son dos. Comme leurs compatriotes de la troupe Circa, les artistes de GOM explorent dans leur prestation le fil ténu qui sépare la performance de la douleur et de l’endurance.

Force et autodérision

Sans prétention, ces performances physiques sont entrecoupées de moments d’autodérision, d’humour australien pur jus, qui a tôt fait de désamorcer l’apparente force et invulnérabilité des artistes. Car tout au long de la prestation, c’est l’entraide et l’interdépendance des forces qui est mise en avant. Même projetés en tous sens à mains nues comme des électrons libres, les artistes finissent par devenir les pièces mobiles d’un puzzle géant, d’un jeu de billes où l’élan des uns provoque par ricochet le mouvement des autres.

 Le tout se termine dans un tourbillon où les acrobates sont souvent projetés, propulsés, notamment lors de fameux « lancers de la fille », inventés par les Australiens. Empoignées par les bras et les jambes, les femmes artistes sont balancées et lancées à bout de bras avant d’être rattrapées par un autre duo. Une finale haletante qui pousse l’art de la bascule à son summum.

Assurément, Gravity and Others Myths se hisse déjà parmi les belles découvertes faites depuis la naissance de Montréal complètement cirque et promet d’être un des incontournables de cette 9e édition.

Backbone

Gravity and Other Myths, à la Tohu