Jouer dans «SLĀV» était une responsabilité, dit une actrice

Le spectacle de Robert Lepage et Betty Bonifassi a vu sa diffusion écourtée.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le spectacle de Robert Lepage et Betty Bonifassi a vu sa diffusion écourtée.

Après l’annonce de l’annulation, mercredi, du spectacle SLĀV de Robert Lepage, une des deux comédiennes noires qui étaient montées sur scène pour les premières représentations défend sa présence dans la pièce.

« Je ne m’excuserai pas d’avoir été sur la scène du TNM et de faire entendre ma voix. Car tout ce que je suis y était représenté : je suis femme, je suis Noire, je suis forte, je suis Haïtienne et, surtout, je suis humaine », a écrit Kattia Thony sur son compte Facebook.

La comédienne a préféré laisser passer une semaine « remplie d’émotions de toutes sortes » avant de se prononcer sur la polémique. Elle a dit, dans ses échanges avec le Devoir, être en train d’absorber le choc d’avoir été « censurée ».

Pour celle qui se décrit comme une « descendante d’esclaves », monter sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) pour jouer dans SLĀV était non seulement son droit, mais aussi une responsabilité. « Il y a une scène complète qui rend hommage à Haïti, la première nation noire à s’affranchir, et comme tout Haïtien, j’en suis extrêmement fière », a-t-elle poursuivi.

Controverse

Le nouveau spectacle de Robert Lepage a fait beaucoup parler de lui depuis sa première montréalaise, le 26 juin. C’est surtout son choix artistique qui en a fait sourciller plus d’un. SLĀV ne compte que deux comédiennes noires dans une pièce inspirée de chants d’esclaves afro-américains.

Des dizaines de personnes ont manifesté devant le TNM lors de la première, pour demander l’annulation de la production, accusant Robert Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi de faire de l’appropriation culturelle.

Quelques petits accrochages ont eu lieu entre les manifestants et les spectateurs qui tentaient d’entrer dans la salle. Ces derniers se sont fait huer et crier « Raciste ! » et « Shame ! » (honte).

« Je ne crois pas à la violence ni à la censure, je crois au respect et au dialogue. Les discours haineux ne font rien avancer », avait commenté une autre comédienne de la pièce, Élisabeth Sirois, la semaine dernière, quelques jours avant d’apprendre l’annulation de la production.

« Je ne me sens pas illégitime [d’être une femme blanche] qui raconte cette histoire par la voix de l’art, je me sens fière de ça », avait-elle expliqué au Devoir.

Affirmant comprendre l’indignation de la communauté noire, elle estime qu’il était surtout important que SLĀV soit joué pour lever le voile sur un pan de l’histoire oublié. « Les Blancs favorisés sont conditionnés à leur insu et maintenus dans l’ignorance de cette histoire-là qui n’est pas racontée. Parce que c’est trop gênant, trop honteux. »

Dans son message, Kattia Thony fait aussi référence à la manifestation du 26 juin, remerciant ses proches, quelle que soit leur couleur, d’avoir « bravé les insultes et les commentaires haineux ».

Elle a aussi remercié du soutien qu’elle a exprimé une manifestante qui l’a contactée pour reconnaître qu’elle et sa collègue Sharon James, toutes deux Noires, « [étaient] dans une position difficile et [portaient] un poids démesuré ».

Au moment d’écrire ces lignes, ni Robert Lepage ni Betty Bonifassi n’avaient répondu aux appels du Devoir.