Rosalie Vaillancourt: de tous bords, tous côtés

Si Rosalie Vaillancourt n’avait pas beaucoup vu de <em>stand-up comics</em> avant d’en devenir une elle-même, l’humoriste ne nourrissait pas moins une fascination admirative pour celles qui font rire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Si Rosalie Vaillancourt n’avait pas beaucoup vu de stand-up comics avant d’en devenir une elle-même, l’humoriste ne nourrissait pas moins une fascination admirative pour celles qui font rire.

Moment de flottement. Parce que la jeune humoriste le vouvoie comme si elle s’adressait à son banquier, le représentant du Devoir signale à son interlocutrice qu’il vient tout juste de franchir la barre des 32 ans et que le « tu » conviendrait beaucoup mieux. « Ah oui, 32 ans… » répète Rosalie Vaillancourt sur un ton doucement insolent, comme si elle n’en avait parfaitement rien à foutre.

« Ah ! Ça, c’est juste parce que j’étais dans la lune ! » s’exclame-t-elle au bout du fil une trentaine de minutes plus tard, une fois la conversation mieux lubrifiée, alors que nous évoquons « l’incident ». « Mais c’est vrai que des fois, ça me fait rire les malaises. Je ne veux jamais que ce soit désagréable pour les gens, mais ça m’amuse quand on se demande si je suis sérieuse ou pas, si c’est un personnage ou pas. »

Normal qu’elle aime toujours les personnages : c’est d’abord ce à quoi aspirait Rosalie Vaillancourt, que d’en jouer. Mais après deux ans d’études à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe, où elle a grandi, ses profs lui montraient gentiment la porte. « On m’a dit que je n’étais pas assez malléable ! Quand tu joues, faut que tu te mettes à la place de l’autre et moi, je trouvais que ma personnalité était toujours plus intéressante », explique-t-elle sans qu’on sache encore une fois tout à fait mesurer la teneur ironique de ses propos. L’ironie de sa récente nomination aux Gémeaux, dans la catégorie meilleur rôle de soutien féminin série jeunesse (pour l’émission de Télé-Québec Conseils de famille), elle, est cependant bien réelle.

La comédienne éconduite prendra le chemin des soirées d’humour, où sa voix de gamine et sa mine poupine provoqueront d’emblée un joyeux contraste au coeur d’un paysage très, très masculin. Avec son air faussement naïf, ses colères bébé lala et sa frétillante impertinence, la cadette (25 ans) de la plus récente édition de l’émission Les 5 prochains saura rapidement tirer profit de la tension éternellement payante entre la pureté de son image et la (relative) saleté de ses punchs. Ses textes, plus articulés autour d’une série d’observations saugrenues que d’un récit à proprement parler, trancheront eux aussi avec la posture de raconteur qu’adoptent beaucoup d’humoristes québécois.

« J’ai l’impression que ça paraît dans mes textes, mon TDAH », explique-t-elle en évoquant ce trouble qui emmêle encore parfois ses pensées ces jours-ci en salle de répétition, alors qu’elle peaufine son premier spectacle solo, Enfant roi, avec le metteur en scène Pierre-François Legendre (son père dans Conseils de famille). « J’ai montré mes textes à plusieurs auteurs qui n’en revenaient pas à quel point ça partait de tous bords, tous côtés, même si je reviens toujours au sujet principal. Et c’est tant mieux, parce que je veux que ça paraisse que mon cerveau est fait comme ça. »

Entre la Sagouine et Dodo ?

Si Rosalie Vaillancourt n’avait pas beaucoup vu de stand-up comics avant d’en devenir une elle-même, l’humoriste ne nourrissait pas moins une fascination admirative pour celles qui font rire. Alors qu’elle a 15 ou 16 ans, une connaissance lui lance qu’elle ressemble beaucoup à la Sagouine et à Dominique Michel. Le coffret des meilleurs moments de Moi et l’autre qu’elle reçoit à Noël cette année-là lui permet de constater que la moitié de cette comparaison appartient à la vérité.

« Mais dans ma tête, Dominique Michel, c’était strictement une actrice, pas une humoriste », se rappelle la dame aussi sympathique à la ville que haïssable derrière un micro. « C’est pour ça que j’allais en théâtre, d’autant plus que je n’avais jamais vraiment aimé ça, l’humour. Ce que j’avais en tête, quand je pensais humour, c’était des animateurs de bar qui font des jeux de mots poches et des jokes de mononcles. »

À l’instar de son ami Yannick de Martino et de bon nombre d’humoristes émergents, Rosalie Vaillancourt jumelle sans problème aujourd’hui scène et jeu à la caméra. Les réseaux sociaux auront beaucoup contribué à ce qu’on apprenne à la connaître, entre autres grâce à la websérie Avant d’être morte, et à ce que les humoristes de sa génération imposent leur présence au petit écran.

Rosalie Vaillancourt dit d’ailleurs observer de « gros changements » depuis cinq ans quant au regard que posent les gens du milieu sur les femmes humoristes. Elle se rappelle comment on lui conseillait, à ses débuts, d’adopter un look masculin et de remiser ses jupes « afin de ne pas mettre son corps de l’avant ».

« Féministe all the way ! » Ce n’est pas nous qui le disons, c’est elle. « Je suis vraiment contente qu’il y ait des gars qui s’assoient pendant une heure dans une salle, qui se ferment la gueule, et qui écoutent une femme. C’est vraiment hot ! » blague-t-elle à moitié. « Beaucoup de gars me disent : “T’es la première fille qui me fait rire”, et je leur réponds : “Ben, c’est parce que t’as jamais vraiment essayé de connaître les autres filles.” Moi, les gens qui me font le plus rire, c’est ma meilleure amie, ma mère, mes tantes. Ma grand-mère est crampante. »

En recopiant les réponses de l’artiste, le représentant du Devoir constatera, honteux, qu’il a omis de répondre à une question de son interlocutrice, qui lui demandait en fin de course quand paraîtrait l’article à son sujet. Un petit texto d’excuses s’imposait. Réponse de l’interviewée, comme de raison ravie de ce malaise : « Hahahahaha ! C’était mon moment pref de l’entrevue ! » Évidemment.

Enfant roi / Comédie Fest la nuit

De Rosalie Vaillancourt. Dans le cadre du Zoofest, au Monument-National du 6 au 20 juillet. / Avec Rosalie Vaillancourt. Dans le cadre du Grand Montréal Comédie Fest, à l’Olympia le 13 juillet.