Québec se fait critique du président démissionnaire de la BAnQ

BAnQ était sans président et directeur général depuis avril 2017.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir BAnQ était sans président et directeur général depuis avril 2017.

Le président démissionnaire du conseil de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a « failli à la tâche », affirme la ministre de la Culture, Marie Montpetit. Elle dit avoir nommé un nouveau président et directeur général sans l’aval du conseil d’administration (CA) parce que ce poste était vacant depuis plus d’un an.

« Le président du conseil d’administration a vraiment failli à la tâche. Il a vraiment échoué dans le mandat qu’il avait de trouver quelqu’un [pour diriger BAnQ] », a déclaré la ministre Montpetit au Devoir, dimanche midi.

Elle réagissait pour la première fois à la démission du président du conseil de BAnQ, Martin Carrier. Celui-ci a quitté son poste la semaine dernière pour dénoncer la nomination par le gouvernement du nouveau président-directeur général, Jean-Louis Roy, à l’insu du conseil d’administration.

Il s’agit d’un poste névralgique pour le milieu de la culture et du patrimoine au Québec. BAnQ exploite la Grande Bibliothèque de Montréal et une douzaine de centres d’archives partout au Québec. L’organisme a aussi le mandat de faire revivre la bibliothèque Saint-Sulpice, établie dans un édifice patrimonial à Montréal.

La ministre de la Culture affirme qu’elle avait le devoir de pourvoir elle-même le poste de président-directeur général après plus d’une année de tentatives infructueuses de la part du CA. La nomination de M. Roy a été annoncée le 16 mai dernier. Le poste était vacant depuis le mois d’avril 2017.

« On a eu de nombreux échanges avec M. Carrier. On l’avait averti à plusieurs reprises qu’à défaut de nous soumettre une candidature dans des délais raisonnables, on aurait la responsabilité de nommer quelqu’un », dit Mme Montpetit.

« J’ai donné toute la latitude possible au conseil d’administration pendant plus d’un an. J’ai pris cette décision-là [de faire une nomination] en tout respect de la loi », ajoute-t-elle.

Freiner l’élan

Jean-Louis Roy, âgé de 77 ans, a une longue feuille de route. Il a notamment été directeur du Devoir, délégué général du Québec à Paris et secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la francophonie.

Le président démissionnaire de BAnQ insiste : il n’a rien contre M. Roy, mais il déplore que la ministre l’ait nommé sans l’aval du conseil d’administration. Le CA a été mis devant le fait accompli.

M. Carrier, grand patron de la firme de jeux vidéo Frima Studio, estime que la gouvernance de BAnQ avait un élan depuis son arrivée en 2016 avec le renouvellement en profondeur du CA et la séparation des postes de et de président du conseil. Ce spécialiste du numérique devait faire prendre un virage à BAnQ. « Je trouvais important de respecter cet élan », a indiqué le président démissionnaire au Devoir, dimanche.

Martin Carrier explique que le CA, appuyé par la firme de recrutement Raymond Chabot Ressources Humaines inc., a fait plusieurs propositions de candidatures au ministère de la Culture. Aucune n’a été retenue.

« Je ne pars pas fâché. Si la ministre veut me faire porter le blâme, c’est son choix, mais je suis très serein. Il y a eu une belle collaboration avec le ministère », dit M. Carrier.

La ministre Montpetit croit que le CA ou la firme de recrutement ont peut-être sous-estimé la définition de tâches du poste. Elle affirme avoir rencontré deux candidats qui se sont désistés devant l’ampleur du mandat.

Compressions budgétaires

Joints par Le Devoir, des membres du conseil d’administration de BAnQ ont défendu leur travail et celui de Martin Carrier. « Je ne vois pas comment le CA aurait pu faire autrement et mieux », dit Yvan Lamonde, professeur émérite au Département de langue et littérature françaises à l’Université McGill. Son mandat au CA de BAnQ a pris fin le 6 avril.

« Si Mme Montpetit a le culot d’affirmer publiquement que le président et le CA ont mal fait leur travail, elle va se faire parler. Elle doit s’interroger sur les causes du refus des candidatures qui ont été soumises. Est-ce que les conditions de travail offertes par le gouvernement étaient adéquates ? », ajoute-t-il.

Il a été impossible de connaître la rémunération et les avantages sociaux qui étaient offerts aux aspirants P.-D.G. de BAnQ en fin de journée dimanche. Les membres du CA interrogés par Le Devoir ont dit ignorer cette donnée. Le bureau de la ministre Montpetit n’était pas en mesure de répondre à notre question.

Gaston Bellemare, président du Festival international de la poésie de Trois-Rivières et membre du CA de BAnQ, s’interroge lui aussi sur les conditions offertes aux candidats au poste de président-directeur général. « Le problème de BAnQ n’est pas à BAnQ », dit-il, joint à Buenos Aires, en Argentine, où il se trouve en mission.

« J’ai dit à Martin Carrier [président démissionnaire du CA] : “Mets tout mon respect dans tes bagages en partant.” Il a fait la job qu’il devait faire. Le gouvernement nous a imposé des compressions budgétaires, comme à tous les organismes publics, au cours des dernières années. Des postes ont été éliminés. On fait ce qu’on peut avec le budget qu’on a. »

Selon ce qu’a rapporté Le Devoir, 51 postes permanents et 11 postes occasionnels ont été abolis entre les années 2015 et 2017 à cause de compressions budgétaires.

7 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 4 juin 2018 06 h 35

    J'ai l'impression ....

    que le gouvernement a refusé les candidatures soumises par le CA et a laissé traîné la situation afin de soumettre la candidature qu'il voulait. Ce serait le genre du parti libéral

  • Denis Paquette - Abonné 4 juin 2018 06 h 49

    quel monde tout a fait insalubre

    Que penser de ce ministe qui s'esr enfin trouver un bouc a quelque mois des élections, si ce n'était que de moi c'est le ministre que j'aurais renvoyé enfin, la politique qu'elle tour de Babelle ou seul quelques uns font partis du pouvoir, quel monde tout a fait insalubre

  • Jacques Morissette - Abonné 4 juin 2018 06 h 55

    Le pouvoir écrit l'histoire.

    Je ne sais pas grand chose de cette histoire. Ce que je sais cependant, le pouvoir de madame la Ministre est porté à écrire lui-même l'histoire avec les prérogatives de la définir, selon son propre agenda. De cela je me méfie et avant de conclure comme le pouvoir le veut, n'en déplaise à celui ou celle qui cherche à le définir, j'essayerais de savoir ce qu'il ne dit pas ou ce qu'elle cherche à démontrer, dans son tableau. En effet, Le pouvoir cherche trop souvent à nous amener dans son propre monde, là où il la lumière peut aveugler, en favorisant l'interprétation de qui le détient.

    Je cite: «Martin Carrier explique que le CA, appuyé par la firme de recrutement Raymond Chabot Ressources Humaines inc., a fait plusieurs propositions de candidatures au ministère de la Culture. Aucune n’a été retenue.

    « Je ne pars pas fâché. Si la ministre veut me faire porter le blâme, c’est son choix, mais je suis très serein. Il y a eu une belle collaboration avec le ministère », dit M. Carrier.»

  • Gilles Théberge - Abonné 4 juin 2018 07 h 47

    Le chat sort du sac au dernier paragraphe, « Selon ce qu’a rapporté Le Devoir, 51 postes permanents et 11 postes occasionnels ont été abolis entre les années 2015 et 2017 à cause de compressions budgétaires. »

    Pas facile dans ces conditions, de livrer une marchandise digeste!

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 4 juin 2018 08 h 21

    Il aurait failli...

    ... car il n'a pas choisi un membre ou ami du Parti libéral du Québec!