L’Académie des lettres du Québec perd toutes ses subventions

Le président de l’Académie, Émile Martel, explique que l’organisme ne survit présentement que grâce à une subvention privée, accordée par Power Corporation.
Photo: Studio du Port-Joly Le président de l’Académie, Émile Martel, explique que l’organisme ne survit présentement que grâce à une subvention privée, accordée par Power Corporation.

L’Académie des lettres du Québec pourrait bien ne pas survivre à 2018. L’organisme, fondé en 1944 par une quinzaine d’écrivains, dont le poète Alain Grandbois, la poétesse et dramaturge Rina Lasnier, l’écrivain et professeur Victor Barbeau, a perdu toutes ses subventions.

C’est ce qu’explique une lettre, signée de 51 écrivains, envoyée hier au premier ministre Philippe Couillard et publiée sur les plateformes numériques du Devoir.

En entrevue, le président de l’Académie, Émile Martel, explique que, cette année, l’organisme a perdu sa subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec ainsi que celle du Conseil des arts de Montréal. L’Académie ne survit donc présentement que grâce à une subvention privée, de 25 000 $ par année sur deux ans, accordée par Power Corporation.

Cela permet à l’Académie de continuer d’accorder ses quatre prix cette année, soit le prix Ringuet du roman, le prix Alain-Grandbois en poésie, le prix Victor-Barbeau de l’essai et le prix Marcel-Dubé en théâtre.

Ces prix seront donc de nouveau remis, au moins cette année, ainsi que la Médaille de l’Académie. Mais exit la Rencontre internationale des écrivains, qui réunissait des auteurs d’ailleurs et d’ici sur des thèmes choisis, et dont une partie était ouverte au public. Exit aussi le colloque annuel de l’organisme.

Peu de visibilité

Interrogé sur les raisons expliquant la fin des subventions, Émile Martel mentionne le peu de visibilité de l’Académie dans le public. « L’Académie n’est pas une très bonne relationniste », reconnaît-il. Au fil des ans, ses membres ont préféré assurer une présence constante mais discrète.

Le nombre de ses membres est passé au cours des décennies de 15 à 50, avec 11 membres émérites qui ont permis de rajeunir légèrement l’effectif. Reste que le plus jeune académicien a plus de 40 ans. Pour Émile Martel, cela va de pair avec le fait qu’on n’y admet que des membres qui ont une certaine oeuvre derrière eux.

Reste aussi que certains piliers de la littérature québécoise, dont Michel Tremblay et Dany Laferrière, ne sont pas membres de l’Académie. « C’est vrai qu’on est parfois passés à côté » de courants importants, admet Émile Martel.

Au sujet du premier, Émile Martel se souvient que Tremblay lui avait répondu, lorsqu’il l’avait sondé pour qu’il devienne académicien, que c’était « trop peu, trop tard ».

Dany Laferrière a quant à lui, on le sait, trouvé reconnaissance ailleurs, à l’Académie française.

Réseau mondial

L’Académie des lettres du Québec croit d’ailleurs à la création d’un réseau pour les académies littéraires d’expression française du monde. Un concept que le président de la France, Emmanuel Macron, a soutenu tout récemment.

Mais pour que l’Académie des lettres du Québec en fasse partie, il faut qu’elle continue d’exister. C’est un élément fondateur et symbolique, « dans une société qui se reconnaît comme culture », dit M. Martel.

En fin de journée, Mathieu Larouche, l’attaché de presse de la ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, a envoyé au Devoir cette réponse laconique : « Le Conseil des arts et des lettres du Québec a toute l’indépendance nécessaire pour répondre à ce type de demande. Nous invitons l’Académie des lettres à poursuivre ses discussions avec le Conseil des arts et des lettres du Québec pour continuer de mettre en valeur et de soutenir les écrivaines et écrivains québécoises et québécois. »