Le Québec a une place de leader à prendre en architecture

L’OAQ interpelle le gouvernement pour qu’il travaille à l’élaboration d’une politique de l’architecture, explique la présidente de l’organisme, Nathalie Dion.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’OAQ interpelle le gouvernement pour qu’il travaille à l’élaboration d’une politique de l’architecture, explique la présidente de l’organisme, Nathalie Dion.

Le Québec a besoin d’une politique en architecture ancrée sur son identité, martèle l’Ordre des architectes du Québec (OAQ) dans son Livre blanc pour une politique québécoise de l’architecture à paraître aujourd’hui. Dans ce document dont Le Devoir a obtenu copie, l’Ordre rappelle que le Québec a déjà une expertise solide en la matière, mais qu’il lui manque à la fois la volonté et les moyens nécessaires pour parvenir à l’articuler dans une vision cohérente.

L’OAQ interpelle ainsi le gouvernement pour qu’il travaille à l’élaboration d’une politique de l’architecture, ce qui serait une première en Amérique du Nord.

« L’architecture, c’est important, parce que c’est identitaire, affirme la présidente de l’Ordre, Nathalie Dion, en entrevue au Devoir. On l’a constaté, il manque une vision cohérente [au Québec]. On aime ça dire que c’est beau en Scandinavie, que c’est beau les villes d’Italie. Ce qu’on dit au gouvernement, c’est qu’on serait les premiers en Amérique du Nord [à avoir une telle politique]. »

La recommandation principale du livre blanc est de mettre en place un groupe de travail qui défendra ce projet de politique. Ce groupe aura à définir quelle est la qualité architecturale souhaitée pour le Québec, mais aussi à reconnaître les pratiques exemplaires d’ici et d’ailleurs, de même qu’à déterminer les obstacles et les incohérences qui nuisent à cette recherche de qualité, cela basé sur des principes clés.

« Ce qu’on partage avec le gouvernement, ce sont les connaissances qu’on a acquises en faisant le tour de ce qui existe dans le monde, et également [ce que nous avons retenu de] notre tournée du Québec qui nous a permis d’écouter le public pour pouvoir profiter de ses connaissances ou de ses envies », détaille la présidente.

L’Ordre travaille depuis 2014 à ce projet de politique québécoise de l’architecture. Au 1er mars 2018, des municipalités représentant plus de 4 500 000 Québécois (dont Montréal, Québec, Gatineau, Laval, Longueuil et Sherbrooke) avaient donné leur appui au projet et 4000 personnes avaient signé une déclaration en ce sens.

Un art identitaire

« Beaucoup de pays se définissent par la qualité de leur architecture, par leur patrimoine bâti », fait remarquer Mme Dion. Une vingtaine de pays européens (dont la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la France) se sont d’ailleurs dotés de politiques qui concernent l’architecture.

Comment traduire l’identité québécoise dans l’architecture ? Se gardant d’avancer une définition, Nathalie Dion évoque des pistes de réflexion, notamment en soulignant la spécificité de matériaux d’ici. « Le bois, c’est une ressource incroyable. Pourquoi ce n’est pas nous qui sommes les chefs de file dans ce domaine-là ? Comment pourrait-on innover avec ce matériau ? »

Une politique de l’architecture pourrait aussi reconnaître des pratiques ou des réalités existant déjà sur le territoire, caractéristiques de l’identité d’ici, comme le triplex, les escaliers et la « densité douce » de Montréal, et s’en inspirer, avance Mme Dion.

Quatorze ministères concernés par l’architecture sont listés dans le livre blanc, en plus des municipalités. De cette multiplication des acteurs résultent des incohérences qui nuisent au cadre bâti, dit l’OAQ.

En exemple, Mme Dion cite la volonté de réduire les gaz à effets (GES) de serre, qui ne se traduit pas par des mesures ciblées en architecture.

« On ne donne pas nécessairement le budget aux projets pour qu’ils aient des mesures plus vertes ou qui mèneraient à une diminution des GES. Comment est-ce qu’on peut souhaiter améliorer quelque chose, sans se donner les moyens pour le faire ? »

Un livre blanc, six principes clés

Le développement durable, qui tient compte du bâtiment durable et de l’aménagement du territoire ;

L’exemplarité de la commande publique, notamment en valorisant l’expertise des architectes à l’intérieur du gouvernement (l’idée d’un « architecte en chef » est évoquée) et en reconnaissant l’importance des concours d’architecture ;

La vision du patrimoine, qui peut passer par la reconnaissance du caractère évolutif de celui-ci (et donc inclure le patrimoine moderne) et l’encadrement des propriétaires ;

La sensibilisation du public et des décideurs ;

La participation citoyenne ;

L’accessibilité universelle.