L’ancien Excentris deviendra un collège

La Société de développement des entreprises culturelles est devenue créancière prioritaire de l’établissement, sur prêt garanti de 4 millions en 2009.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Société de développement des entreprises culturelles est devenue créancière prioritaire de l’établissement, sur prêt garanti de 4 millions en 2009.

C’est la fin d’une époque pour le complexe Excentris du boulevard Saint-Laurent, longtemps cinéma de pointe avec trois salles de projection, fondé par le magnat des nouvelles technologies Daniel Langlois en 1999 et qui fit longtemps les beaux jours des cinéphiles montréalais.

Le collège Salette, voué à la communication graphique, sis rue Sherbrooke Est, l’a acquis par décision de justice de faillite à la Cour supérieure le 27 février dernier pour la somme minime de 1,6 million. Le syndic Raymond Chabot inc. s’était occupé de la vente. Le collège occupera les aires du rez-de-chaussée, une transaction enregistrée à l’index des immeubles au Cadastre du Québec, assortie du délai légal habituel de 60 jours.

La Société de développement des entreprises culturelles, sur prêt garanti de 4 millions en 2009, était créancière prioritaire de l’établissement et assurait l’entretien des lieux, le chauffage, l’assurance, etc., depuis sa fermeture fin novembre 2015, mais la faillite de l’établissement avait été déclarée le 5 mai 2016. Continuer de payer pour son maintien était nourrir un gouffre pour l’organisme québécois.

On espère attirer entre 400 et 600 étudiants à terme, ce qui permettra aussi de faire revivre le quartier en le redynamisant

Investissement SODEC

Le Centre du cinéma Parallèle l’administrait depuis 2009, après deux années de flottement. La SODEC, qui avait alors investi pour le remettre en selle, ne reverra pas la couleur d’une grande partie de son argent. D’autres créanciers plus minoritaires, comme la Caisse d’économie solidaire Desjardins, non plus. La valeur d’Excentris avait beaucoup baissé, passant de 6,3 millions en 2011 à une estimation qui variait entre 1,5 et 2 millions en 2017. Sa cote descendait toujours.

Le président du collège Salette, Karim Khenissi, expliquait jeudi au Devoir qu’il reste à demander le permis, à faire les travaux de transformation, précisant que l’établissement d’enseignement ne devrait pas ouvrir ses portes avant décembre 2018.

« On l’a acheté pour en faire deux choses, dit-il : d’abord pour déménager le collège, dont l’immeuble actuel est devenu trop petit et où on ne pouvait former les jeunes de façon aussi efficace que possible. On y prépare par ailleurs l’ouverture d’une filiale montréalaise de l’école française ESMA (École supérieure des métiers artistiques), spécialisée en cinéma d’animation et en effets visuels, pour former des gens dans un secteur où on enregistre un manque de main-d’oeuvre. Tout se fera à l’intérieur du cadre du collège Salette, qui pourra ainsi beaucoup augmenter ses activités et répondre à une demande intense de formation. »

M. Khenissi prévoit de garder une salle pour les conférences, d’en modifier une autre pour y installer des studios et de créer un espace voué à l’enseignement dans la troisième. « On espère attirer entre 400 et 600 étudiants à terme, ce qui permettra aussi de faire revivre le quartier en le redynamisant. »

Trop longtemps vacant

Monsieur Karim Khenissi estime que le collège Salette a pu acquérir le bâtiment parce qu’il était vacant depuis deux ans et que le dossier traînait. « Notre offre a été jugée la plus pertinente. Il n’y aura plus de projections publiques de films, mais pour nos étudiants, oui. Le plus important, c’est que nous conservions une vocation culturelle à l’établissement fondé par Daniel Langlois, qui désirait y promouvoir des images numériques. ESMA utilise les types de logiciels qu’il avait créés chez Softimage. Ce lieu emblématique, nous en sommes les meilleurs porteurs d’espoir. »

Rappelons que de précédents acquéreurs souhaitant lui conserver sa vocation cinématographique n’avaient pu mettre la main sur Excentris pour des raisons en grande partie financières. La chaîne de cinéma française MK2 — qui a depuis tourné ses flûtes vers le complexe Quartier Latin, au grand dam de l’actuel locataire, Cineplex Odeon, qui réclame l’arbitrage — fut longtemps intéressée par ce temple high tech avec intention de lui adjoindre de nouvelles salles. « MK2 offrait une somme substantiellement plus basse que l’actuel acheteur », explique le syndic Emmanuel Thaneuf, de la firme Raymond Chabot inc.

Ezio Carioselli, le propriétaire du théâtre Rialto, déclarait en novembre dernier qu’il était en discussion pour l’achat de l’immeuble : « Un processus complexe qui requiert l’intervention de plusieurs parties », précisait-il.

« On s’est retrouvés à l’automne dernier avec deux joueurs importants qui ont déposé une offre écrite, explique le syndic. M. Carioselli a présenté une offre, puis une contre-offre. Celle de Salette s’est révélée la plus intéressante. »

En perte de vitesse, le bel éléphant blanc changera donc bel et bien de vocation, en laissant les amoureux du septième art à leurs souvenirs.

La crise de la cinéphilie, avec l’avènement des nouvelles plateformes, les aléas de la concurrence et un changement de vocation infructueux sous l’administration Langlois, a eu raison de ses rêves d’avènement d’un cinéma numérique à Montréal, doublé d’une vitrine d’exception pour les films d’auteur. La direction de la SODEC ne voulait pas commenter la nouvelle jeudi.