La force brute de François Bellefeuille

L’ex-vétérinaire désormais humoriste réserve aux spectateurs des moments de pure hilarité.
Photo: Samuel Pineault L’ex-vétérinaire désormais humoriste réserve aux spectateurs des moments de pure hilarité.

« J’ai engraissé ! » a rugi l’humoriste à la chevelure léonine en bondissant sur scène lors de la première médiatique de son deuxième one-man show, Le plus fort au monde. Pas de bonsoir, pas de bienvenue, pas de révérence : François Bellefeuille n’a pas le temps de s’embarrasser de formules de politesse ou de toute autre marque de courtoisie. Et personne ne s’en offusquera, puisque cela colle parfaitement à l’image du personnage colérique et caractériel que l’ex-vétérinaire s’est créée depuis sa sortie de l’École de l’humour en 2007.

Quatre ans après la première montréalaise de son premier one-man show, l’homme n’a certes pas perdu du galon. Après une amusante présentation animée sur grand écran, où François Bellefeuille apparaît en superhéros, il saute dans le vif du sujet et enchaîne les gags à un rythme fulgurant. Tiendra-t-il le coup pendant cette heure et demie où, malgré son bonheur d’être enfin en couple et d’être devenu papa deux fois, il crache son fiel, vocifère et s’indigne contre le monde qui l’entoure ? Oh que oui ! Et pas qu’à peu près !

Bête de scène

D’une énergie hors du commun, François Bellefeuille ne s’est pas attendri avec le temps, même quand il parle de sa blonde, qui ose le traîner aux courges, ou de son fils Milo, qui le confond avec les itinérants. Asocial assumé, bête féroce écorchée, impitoyable envers les autres et envers lui-même, « le plus fort au monde » livre ses réflexions sur la vie de famille, sur sa vie sexuelle — que peu lui envieraient —, sur l’environnement, sur les bonnes manières et sur les insultes à travers le monde, et ce, en évitant les lieux communs.

De fait, peu importe le sujet contre lequel il s’insurge, les punaises, les coquerelles ou les araignées-bananes, l’humoriste atterrit avec fracas là où on ne l’attend pas. Certes, il tombe parfois dans la facilité (il n’y a rien comme une blague de pénis pour dérider toute une salle), mais chaque fois, il parvient à aller plus loin dans son délire et à désarçonner le public. Mitraillé par autant de gags, livrés avec autant de fougue et de rage, le spectateur voudra crier grâce pour ses joues, pour ses mâchoires et pour ses côtes. Mais François Bellefeuille est redoutable et lui réserve encore des moments de pure hilarité.

N’hésitant jamais à rire de sa propre personne, l’humoriste présente alors de véritables dessins qu’il a exécutés à huit ans, dévoilant une certaine obsession pour le sexe, puis des photos de sa jeunesse, lui permettant de commenter ses fluctuations de poids et d’y pointer certains détails incongrus. Pour couronner le tout en beauté, il offre en cadeau un court métrage d’animation où s’étale avec exubérance sa folle imagination. Le tout a passé si vite qu’on en redemanderait… Mais qui aurait la force de survivre une heure de plus à rire autant ?

En première partie du spectacle, Pierre-Luc Pomerleau s’est parfaitement inscrit dans le ton de la soirée avec sa courte prestation efficace, où il a fait preuve avec bonheur d’autodérision et d’un sens singulier de l’observation.

François Bellefeuille – Le plus fort au monde

Textes de François Bellefeuille, Olivier Thivierge et Simon Cohen, mise en scène de François Bellefeuille et Marie-Christine Laurence. En tournée à travers le Québec.