Harcèlement sexuel: l'OSM a reçu une plainte contre Dutoit

L'édifice de la Maison symphonique de Montréal
Photo: François Pesant Archives Le Devoir L'édifice de la Maison symphonique de Montréal

La direction de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a confirmé samedi soir avoir reçu une plainte de harcèlement sexuel visant son ancien directeur artistique, Charles Dutoit. Une enquête a été ouverte.

« Cette plainte concerne M. Dutoit », a confirmé au Devoir la responsable des relations publiques de l’OSM, Pascale Ouimet.

Le communiqué de l’institution dit pour sa part que « dans la foulée des révélations dont Charles Dutoit fait l’objet, le Comité exécutif de l’OSM a décidé [samedi] d’entreprendre une démarche de vérification en rapport avec le harcèlement sexuel au sein de son institution ».

La démarche a été motivée par le dépôt d’une plainte reçue vendredi en fin d’après-midi, mentionne-t-on. On ne sait pas pour le moment si une même plainte a été déposée à la police.

Un « tiers indépendant » sera chargé de l’enquête interne de l’OSM. On lui demande trois choses :

 
  • établir les faits ;
  • donner le « soutien nécessaire aux personnes qui en auraient besoin » ;
  • faire au comité exécutif les « recommandations appropriées en vue de la mise en place des mesures et mécanismes qui feront en sorte d’empêcher ce genre d’inconduite ».
 

« L’OSM est déterminé à maintenir et intensifier son engagement inconditionnel envers le respect de la dignité et des droits fondamentaux de ses musiciens et employés », soutient l’institution.


Dutoit nie

Samedi, Charles Dutoit a rejeté en bloc les allégations d’inconduite sexuelle qui pèsent contre lui à la suite d’un reportage de l’agence Associated Press.


Dans une déclaration officielle, M. Dutoit a dit être choqué de ce qu’il a entendu dernièrement dans les médias. Trois chanteuses d’opéra et une musicienne allèguent que M. Dutoit les a agressées sexuellement, de 1985 à 2010.
 

M. Dutoit affirme « ne pas reconnaître l’homme ou les actions décrites dans les médias ».

Il ajoute que « bien que les contacts physiques informels soient communs dans le domaine artistique, les accusations sérieuses impliquant de la coercition et des contacts physiques forcés ne sont aucunement fondées ».

Le chef d’orchestre a poursuivi en disant qu’il prenait actuellement des conseils juridiques et qu’il prévoyait « se défendre ».

« Je crois que dans le climat actuel, les accusations des médias quant à des agressions physiques graves n’aident pas à ce que la société s’attaque à ces problèmes si les allégations sont en fait fausses », a-t-il conclu.


Les orchestres réagissent

Au moins huit orchestres symphoniques majeurs ont rompu leurs liens avec Charles Dutoit vendredi. L’Orchestre de Philadelphie, où M. Dutoit était chef émérite, lui a notamment retiré le titre de chef émérite qu’il détenait.

M. Dutoit a été directeur artistique de l’OSM de 1977 à 2002. Il a quitté au milieu d’un conflit avec les musiciens, qui l’accusaient ouvertement de harcèlement psychologique.

4 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Inscrit 23 décembre 2017 20 h 47

    Il était temps...

    Je rajouterai que je trouve dommage qu'une femme soit à la tête de l'OSM et qu'elle ferme les yeux volontairement sur ce fait connu dans le milieu pour sauver la parure de l'institution....

  • Solange Bolduc - Abonnée 23 décembre 2017 21 h 06

    Charles Dutoit peut bien tout nier, sauf que je ne le crois pas !

    Cela me rapelle l'hypocrisie cléricale de mon enfance, alors qu'un grand NOM québécois faisait des siennes dans les pensionnats du Québec, se pavanait, donnait des concerts partout au Québec, même dans le reste du Canada, se faisait la main ou l'oeil dans tous les pensionnats pour trouver la cible facile, et surtout il était maître de mussique, de chant, surtout abbé, avait la bénédiction d'En-Haut, ce qui lui donnait le droit «de tout faire», d'abuser des jeunes, prétextant faire de la musique, du chant, et surtout choissisant ses cibles les plus vulnérables, les plus douées, les plus jolies, et les religieuses suivaient, certainement parce qu'elles goûtaient à la même médecine: un moyen matou !

    Charles Dutoit a certainement appris de ses maîtres de chapelle: la femme ne vaut pas plus qu'un corps qu'on exploite, pour des besoins si primaires !

    J'espère que les femmes qui se plaignent de son comportement abusif ne se laisseront pas intimider par ce «maestro»!

    Et, regardez sa désinvolture expressive du chef d'orchestre quand il bat la mesure devant son orchestre: »Je suis le chef!», et certainement pire encore !

    Comment oublier ...?

  • Michel Dion - Abonné 24 décembre 2017 07 h 51

    Je ne suis pas étonné

    Nous connaissions depuis toujours son caractère autocratique, hautain et impatient. Tout le monde savait aussi qu'il était un homme à femmes. Mais avec la notoriété, l'âge et peut-être certaines habitudes - si l'on prête foi aux rumeurs qui ont couru -, ses défauts se sont amplifiés à un point tel qu'il était devenu insupportable.
    Malgré sa grande intelligence, sa grande culture et ses grandes réalisations, j'ai toujours trouvé que sa musique n'arrivait jamais à aller au-delà d'une certaine superficialité. Il savait impressionner certes, mais sans vraiment émouvoir. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi. Je crois savoir maintenant ce qui lui manquait: le coeur, la sincérité et la compassion.

  • Robert Beauchamp - Abonné 24 décembre 2017 13 h 03

    Harcèlement ou viol?

    Dans un viol il y a atteinte morale et physique avec avec les risques inhérents à une relation non consentie et il s'agit bien d'un crime qui mérite d'être dénoncé haut et fort comme les autres crimes, et plus rapide est la dénonciation plus les chances sont élevées de relever la preuve. Dans le cas du harcèlement, on se situe sur un autre registre. Il peut y avoir un degré ou une gradation au cas par cas plus difficile à cerner et les dangers sont plus élevés de ne pouvoir fournir la preuve nécessaire et peut porter flanc à des accusations de diffamation. Notre système de justice s'établit sur le fait que toute personne accusée bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à ce que la preuve soit reconnue par le droit pénal. Autant la réparation peut être dificile et pénible voire impossible pour les victimes autant la reconstruction d'une réputation peut s'avérer difficile et pénible, l'accusé devenant victime. Le lynchage médiatique peut devenir un rouleau compresseur hors de contrôle. (Ex: l'affaire Sicotte - où tous les amalgames ont été servis sur le même plateau)