«Patinoire» – Vrilles et culbutes pour un homme seul

Entre jeux clownesques et performances physiques, Patrick Léonard multiplie l’air de rien les exploits acrobatiques. 
Photo: Roland Lorente Entre jeux clownesques et performances physiques, Patrick Léonard multiplie l’air de rien les exploits acrobatiques. 

C’est sur une glace mince que patine et vacille Patrick Léonard dans Patinoire, un spectacle solo amical, parsemé d’embûches et de dérapages contrôlés, mais toujours entremêlé de rires et de sourires.
 

De retour à Montréal après avoir voyagé sur tous les continents, cette prestation créée en 2011 par le bouffon du collectif de cirque Les 7 doigts nous revient à la Tohu sous une forme légèrement revue et corrigée pour ce tour de piste du temps des Fêtes.
 

L’éternel trublion de la troupe montréalaise reprend sa performance casse-cou, mais cette fois dans une formule qui semble un peu moins trash et sombre qu’à ses débuts.
 

Toujours inspiré des Gaston Lagaffe et Buster Keaton, Patrick Léonard revêt dans cette nouvelle mouture la peau du clown rouge, de l’éternel gaffeur empêtré dans ses fils, du grand distrait maladroit doublé d’un raté sympathique.
 

Dans cette métaphore du loser qui peine à maîtriser sa propre vie, l’artiste se met à nu en tentant d’apprivoiser un bazar d’objets hétéroclites hérités de son passé.
 

Dans ce décor bidouillé avec les moyens du bord, un tourne-disque saute et hoquette, tandis que des haut-parleurs empilés en équilibre précaire risquent de débouler à tout moment. Entre bouteilles de champagne et fils entremêlés, la performance de Patrick Léonard consiste à dompter ce monticule instable, à escalader sans arrêt cette pyramide improbable.
 

Entre jeux clownesques et performances physiques, le performeur multiplie l’air de rien les exploits acrobatiques, en se laissant tomber du haut des airs dans une boîte de carton ou en se tenant en équilibre sur une chaise posée sur le goulot de bouteilles. D’ailleurs, son passage périlleux, sans toucher le sol, entre les montants du dossier et le siège de cette chaise relève de la prouesse acrobatique.
 

Dans sa contre-performance, Léonard exploite à fond la figure du gentil perdant, du gaffeur qui s’excuse à répétition et s’attire dans la foulée la sympathie du public. L’aiguille grinçante du tourne-disque qui dérape ne cesse de souligner les bourdes du protagoniste qui, malgré ses chutes et rechutes, finit toujours par se relever ou se sortir indemne de la catastrophe imminente.
 

Dans cette mise à nu, Léonard a réussi à créer un univers follement absurde et à mettre le public dans sa poche petit à petit, malgré certains gags qui s’étirent en longueur et des répétitions inutiles. On gagnerait à condenser le pur jus de cette prestation où les grands verront une grinçante métaphore de la vie, et les plus petits une succession de gaffes drolatiques.
 

La fin est particulièrement réussie, enfin portée par un peu d’espoir. Gagnée par son ukulélé, sa voix de crécelle et son soupçon de désespoir, la salle finit par craquer pour cet être fragile et vulnérable qui, comme chacun, rêve de victoires contre l’impossible.

Patinoire

Du collectif Les 7 doigts. Avec Patrick Léonard. Présenté jusqu’au 6 janvier à la Tohu.