Qu’en est-il de la privatisation culturelle au Québec?

Le nouveau pavillon Pierre Lassonde, du Musée national des beaux-arts du Québec, est un bon exemple de projet au financement multipartite.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le nouveau pavillon Pierre Lassonde, du Musée national des beaux-arts du Québec, est un bon exemple de projet au financement multipartite.

Les structures en place de financement des arts ne sont pas adaptées aux nouvelles réalités, notamment à la réalité numérique. C’est ce qui se dégageait mercredi d’une conférence-midi organisée par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) sur la privatisation du financement des arts.

Cette table ronde réunissait le président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal, Yvan Gauthier, également ancien président du Conseil des arts et des lettres du Québec, Martin Frappier, directeur, communications et recherche, du Chantier de l’économie sociale, et Mélanie Lumsden, du Carrefour international des arts et cultures des peuples autochtones, DestiNations.

Selon Yvan Gauthier, la part de l’État dans le financement des arts n’a à peu près pas changé depuis cinq ans, tandis qu’il est impossible de connaître la part réelle de l’entreprise privée dans ce financement. C’est du moins ce qui ressortait des rapports qui ont circulé lors des audiences sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec.

Le financement public de la culture, dit M. Gauthier, est stable ou stagne, selon la perception qu’on en a. La part globale du privé dans le financement de la culture n’est pour sa part pas connue. Ce qui a vraiment changé dans le paysage de la création artistique, c’est la venue du numérique, soulève M. Gauthier. Et cette nouvelle donne n’a pas été intégrée par les modes traditionnels de financement des arts.

« La culturea été le cheval de Troie des technologies numériques », dit-il, mentionnant que lestechnologies numériques n’ont pas encore aussi largement investi les mondes de la santé ou de l’éducation. En littérature, comme en musique, l’industrie est mise à mal par ces nouvelles pratiques, et les formules manquent pour y remédier. « C’est l’éléphant dans la pièce », dit M. Gauthier.

Ce dernier mentionne par exemple qu’il manque une formule qui financerait une plateforme d’édition à compte d’auteur. Sur le plan de l’économie sociale, il faudrait inventer un mode de financement pour des mutuelles qui permettraient aux artistes de détenir des lieux collectifs de création et de diffusion, poursuivait M. Frappier. Par ailleurs, les nouveaux modèles mêlent de plus en plus les distinctions entre créateurs, producteurs et diffuseurs, ce que ne servent pas les modèles de financement en place.

M. Gauthier a d’ailleurs précisé les critères de financement en vigueur en vertu des modèles actuels publics et privés. Dans le cadre du financement public, comme au Conseil des arts et des lettres du Québec, dit-il, c’est « l’excellence » qui est recherchée, celle-ci étant par ailleurs établie par les différents jurys des comités. Cette formule a aussi, selon lui, le défaut de favoriser des projets qui ressemblent à des choses qui ont déjà été faites.

Dans le cadre du financement, plus précisément auprès de la Fondation du Grand Montréal que M. Gauthier dirige, c’est plutôt l’interaction entre l’art et la communauté qui est privilégiée. Ces échanges entre l’art et la communauté doivent d’ailleurs aller dans les deux sens, dit M. Gauthier. Dans tous les cas, des projets sont nécessairement écartés.