DSK fait condamner Régis Jauffret

L’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) et politicien vedette aspirant président Dominique Strauss-Kahn a peut-être été déchu dans la foulée de l’affaire du Sofitel, mais il est toujours très combatif. Jeudi, celui que tout le monde surnomme DSK a en effet obtenu la condamnation en diffamation du romancier Régis Jauffret, pour son livre La ballade de Rikers Island (Seuil). Cette fiction s’inspire de la vie d’un « président d’une institution financière internationale […] accusé de viol par une femme de chambre africaine ».

Pour l’auteur et pour l’éditeur, l’objet narratif relève d’une création proposant la « réalité augmentée » d’un élément d’actualité. Le tribunal correctionnel de Paris a tranché : il s’agit plutôt de diffamation d’une personnalité publique sous couvert de récit romanesque. Régis Jauffret est donc condamné à une amende de 1500 euros (2200 $) avec sursis, à 10 000 euros (14 600 $) de dommages et intérêts au titre du préjudice moral pour plusieurs sections de son récit et à 5000 euros (7300 $) pour des propos sur DSK tenus à la radio durant la campagne de promotion de son livre, sorti en janvier 2014.

Entre liberté d’expression et protection de l’honneur, le tribunal donne donc raison au plaignant en estimant qu’il « ne saurait suffire, pour prétendre échapper à toute condamnation, de s’abriter sous la qualification expresse de “roman” », indique le jugement consulté par l’Agence France-Presse (AFP).

En mars dernier, lors d’une audience lourdement médiatisée, Henri Leclerc, avocat de Dominique Strauss-Kahn, avait parlé de « diffamation effroyable » en évoquant le travail de Jauffret et souligné que le récit du viol de la femme de chambre qu’il contenait contredisait la justice américaine qui avait finalement abandonné toute poursuite contre DSK. « Ce livre décrit un viol à l’indicatif, avait-il dit. Le lecteur croit lire enfin le récit de ce qui s’est passé dans la suite 2806 du Sofitel 

Le tribunal parisien a estimé que « la sémantique utilisée, dont l’utilisation même, à trois reprises, du terme de viol, exclut l’hypothèse d’une simple narration d’une relation sexuelle consentie entre deux adultes amateurs de rapports brutaux ou de jeux de soumission et de domination ». Il pointe aussi du doigt le dernier chapitre, incriminé, qui expose une description clinique de la scène du viol dans une clôture spectaculaire, mais surtout diffamatoire.

En février 2013, Dominique Strauss-Kahn a obtenu la condamnation du Nouvel Observateur et de l’auteure Marcella Iacub pour violation de la vie privée. Ils n’avaient pas porté la cause en appel. Les intentions de Régis Jauffret et du Seuil en cette matière n’ont pas été précisées jeudi.