Une expo qui vaut son pesant d’or

L’équipe du Royal British Columbia Museum, qui a élaboré l’exposition, a mis la main sur plus de 300 artefacts comprenant vêtements, outils, documents d’archives et pièces de monnaie. Les conservateurs ont même dégoté un lingot d’or, emprunté à la Banque du Canada pour l’occasion, qui trône à l’entrée de l’expo.
Photo: Musée canadien de l'histoire L’équipe du Royal British Columbia Museum, qui a élaboré l’exposition, a mis la main sur plus de 300 artefacts comprenant vêtements, outils, documents d’archives et pièces de monnaie. Les conservateurs ont même dégoté un lingot d’or, emprunté à la Banque du Canada pour l’occasion, qui trône à l’entrée de l’expo.

De la Californie à la Nouvelle-Zélande en passant par l’Afrique du Sud, la fièvre aurifère a secoué le monde entier au cours des dernières décennies du XIXe siècle, jusqu’à atteindre les rives du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Mise en lumière d’un pan méconnu de l’histoire canadienne.

Jean Caux, mieux connu sous le surnom de Cataline, a 29 ans à peine lorsqu’il débarque en Colombie-Britannique. Né à l’ombre des Pyrénées, en France, le jeune homme arrive sur la côte ouest canadienne en 1858, remontant avec avidité, comme bien d’autres, des régions aurifères du sud vers les rives du Fraser. Une fois établi, il préférera le monde des transports à la mine.

Fin connaisseur des milieux montagneux et fort de carrure, il fera fortune en arpentant les sentiers abrupts de la région et en charriant à dos-d’âne des provisions pour les mineurs en quête d’or.

Photo: Musée canadien de l'histoire L’équipe du Royal British Columbia Museum, qui a élaboré l’exposition, a mis la main sur plus de 300 artefacts comprenant vêtements, outils, documents d’archives et pièces de monnaie. Les conservateurs ont même dégoté un lingot d’or, emprunté à la Banque du Canada pour l’occasion, qui trône à l’entrée de l’expo.

Doté des qualités d’un personnage de légende, Cataline était toutefois un piètre homme d’affaires. Ruiné, il s’éteindra finalement en 1922, toujours sur les rives du fleuve.

Des histoires comme la sienne, on en compte des dizaines dans les archives et elles sont à l’honneur dans l’exposition qui prend tout juste racine au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau.

« Certains ont laissé une trace indélébile dans la mémoire collective, explique John Willis, conservateur en histoire économique du musée depuis plus de 20 ans. Ce sont ces pans de vie qui ont permis à la province de se forger une identité. Il suffit de creuser un peu. »

Mise sur pied par l’équipe du Royal British Columbia Museum (RBCM), l’exposition Ruée vers l’or ! Eldorado en Colombie-Britannique met en lumière un pan méconnu de notre histoire, pourtant acte fondateur de cette province telle qu’on la connaît aujourd’hui.

« Avant l’arrivée des mineurs, ce territoire appartenait à la Compagnie de la Baie d’Hudson, ce n’est même pas une colonie à proprement parler, note l’historien. L’immigration massive qui suivra l’arrivée des premiers chercheurs d’or, en 1858, fera prendre conscience à la Grande-Bretagne du trésor enfoui. Elle va nommer un gouverneur, envoyer des ingénieurs, développer des infrastructures… Les bases de la Colombie-Britannique ont été posées à cette époque. »

Immersion historique

Tout en simplicité, le parcours élaboré par l’équipe du RBCM permet d’abord aux visiteurs de saisir l’ampleur du phénomène, de prendre conscience de la fébrilité ambiante de l’époque.

« La ruée vers l’or, c’était mondial, assure John Willis. Avec les améliorations techniques propres à ce siècle, ce sont des centaines de milliers de personnes qui vont se déplacer. Elles ont la capacité et surtout la volonté d’aller où elles veulent et elles vont le faire. »

La visite se poursuit en se concentrant sur le cas de la Colombie-Britannique : la première vague de mineurs en 1858, les tensions avec les populations autochtones, l’arrivée massive des Chinois, la décision de la Couronne britannique de mieux contrôler le territoire et la seconde ruée en 1862.

En tout, l’équipe du musée britanno-colombien a mis la main sur plus de 300 artefacts relatant des morceaux de cette histoire.

Vêtements, outils, documents d’archives et pièces de monnaie, bien sûr, tout raconte un souvenir, une anecdote, lève le voile sur ce petit bout d’histoire. Les conservateurs ont même dégoté un lingot d’or, emprunté à la Banque du Canada pour l’occasion, qui trône à l’entrée de l’exposition.

La dernière portion du trajet thématique fait un saut dans le temps pour permettre aux visiteurs de mieux saisir la valeur de l’or aujourd’hui.

« On ne s’en rend peut-être pas compte au quotidien parce que nos échanges marchands ne se font plus avec l’or, mais il a encore une importance symbolique dans nos vies, explique le conservateur en histoire économique. Les médailles olympiques et les Oscar, pour ne nommer que ceux-là. L’or est toujours synonyme d’excellence ! »

L’exposition est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur cette folie qui a gagné la planète entière le temps d’un demi-siècle.

« La ruée vers l’or, c’était une sorte de fièvre spéculative, précise John Willis. Les gens n’étaient plus rationnels, ils perdaient complètement les pédales. Ils voulaient s’enrichir à tout prix. Certains ont laissé leur vie derrière eux, pris par l’envie de mettre la main sur ce métal précieux. »

La ruée et ses vices

Et avec cette fièvre est venu son lot de vices. « Le Wild West mis en scène au cinéma est bien souvent grossier, c’est vrai, c’est une réalité augmentée.Mais, avec ses beuveries et ses bisbilles qui se terminaient au fusil, la Colombie-Britannique du XIXe siècle n’a peut-être rien à envier au western hollywoodien. Derrière toute caricature, il y a un fond de vérité. »

Le conservateur reconnaît toutefois que, bien que l’exposition s’adresse aux familles, les adultes seront les mieux servis.

Quelques ateliers et zones interactives ont tout de même été prévus pour les plus petits. Mention d’honneur au pèse-personne qui, plutôt que de vous donner votre poids en kilos, vous révèle votre pesant d’or !

Ruée vers l’or ! Eldorado en Colombie-Britannique

Musée canadien de l’histoire, 100 rue Laurier à Gatineau, jusqu’au 15 janvier 2017