Pousser le corps à ses extrêmes

Photo: Daina Ashbee

Un nouveau microfestival marque la rentrée en arts vivants. Grand Cru réunit au Théâtre La Chapelle des artistes qui poussent le corps à ses extrêmes, à travers le cirque, la performance, la danse, le sport ou la culture queer. La contorsionniste Andréanne Leclerc lance le bal avec La Putain de Babylone, cocréé avec les Tiger Lilies.

Figure biblique aux interprétations multiples, la grande prostituée chevauchant une bête aux sept têtes et dix cornes est ici surtout abordée comme un symbole de pouvoir, avec toute l’ambivalence qui lui est propre.

« On s’est largement inspirés du texte biblique pour l’écriture scénique, mais après, on s’en est dégagsé beaucoup, explique celle qui s’applique à décortiquer et à recomposer l’art de la contorsion depuis qu’elle a quitté l’univers circassien. On a renversé l’histoire de la création en se disant que l’enfer, c’était le paradis de dieu. Du coup, on renverse bien des conventions. » Y compris les clichés, qui se rattachent à la prostituée et à son proxénète. « Ce n’est pas une représentation des travailleuses du sexe, souligne-t-elle. C’est un combat de territoires, de recherche de pouvoir, de domination. »

Et dans cette histoire, on peut se demander qui, en fin de compte, est la vraie putain… L’artiste a travaillé avec sept femmes, cinq artistes de cirque et deux issues de la scène burlesque, qui incarnent les sept têtes. Les filles font habituellement du cirque aérien et du cerceau, mais là, il n’y aura aucun accrochage pour entrer dans des corps plus sensibles. On est vraiment dans une technique corporelle et un rapport à l’espace.

Les Tiger Lilies, avec qui Andréanne Leclerc voulait faire une création depuis longtemps, après avoir partagé la scène avec eux en tournée, signent la partition musicale. S’ils ne sont pas présents physiquement sur scène, leur trame sonore spatialisée jouera le rôle du dieu omniscient omniprésent.

Le corps assumé

Andréanne Leclerc a quitté la piste circassienne en 2009 pour faire de la contorsion autrement, loin du simple étalage de prouesses dénuées de sens. Sa pièce Mange-moi, créée en 2014 et également présentée dans le cadre de Grand Cru, « est une mise à nu de [son] corps de contorsionniste », dit-elle, et vise à secouer les clichés (notamment sexuels) qui entourent souvent cette discipline. Sa démarche lui a aussi permis de se réapproprier son propre corps et son art.

« Je me sentais cheap comme contorsionniste, alors du coup, d’accepter ma sexualité, mon corps de femme, ma sensualité m’a donné un sentiment d’empowerment. C’est pourquoi aussi je m’intéresse beaucoup au burlesque, où le corps et la féminité sont totalement assumés. »

Imaginé par l’ex-directeur artistique du Théâtre La Chapelle, le festival Grand Cru est le descendant du festival Ardanthé de Montréal, parent de l’édition française, où Jack Udashkin a déniché des écritures audacieuses.

« Cette rafale de spectacles permet une prise de risques plus grande quant à la diffusion d’oeuvres radicales ou d’artistes méconnus, explique Gabriel Léger-Savard, qui a assisté l’ancien directeur artistique dans l’élaboration de la programmation. Jack avait un intérêt marqué cette année pour une nouvelle génération d’artistes de cirque qui repoussent les frontières de leur art et il les a tous rassemblés dans Grand Cru. »

Festival Grand Cru

Du 8 septembre au 3 octobre au Théâtre La Chapelle

La Putain de Babylone

Du 8 au 12 septembre

Mange-moi

Du 15 au 17 septembre