Labeaume avait promis de reconstruire «Dialogue avec l’histoire»

L'oeuvre <em>Dialogue avec l'histoire </em>de Jean-Pierre Raynaud, se trouvait sur la place de Paris, à Québec, avant sa destruction.
Photo: Source Ville de Québec L'oeuvre Dialogue avec l'histoire de Jean-Pierre Raynaud, se trouvait sur la place de Paris, à Québec, avant sa destruction.

Avant de détruire la sculpture Dialogue avec l’histoire, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait promis à la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, qu’elle serait reconstruite au même endroit, a appris Le Devoir. Une promesse qui paraît nettement moins solide aujourd’hui.

« Soyez assurée que l’oeuvre sera réinstallée à l’identique et dans le même esprit que son artiste souhaite », écrivait le maire en février dans une lettre obtenue en vertu de la Loi d’accès à l’information. « Dialogue avec l’histoire reprendra sa place dans une atmosphère et un environnement bonifiés. »

Cette sculpture mal-aimée avait été offerte à la ville de Québec en 1987 par le maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac. Son concepteur, Jean-Pierre Raynaud, avait voulu en faire un écho moderne du buste de Louis XIV qui se trouve à Place Royale. Dans sa lettre, le maire décrit l’oeuvre comme « un magnifique don », mais explique qu’il a « un urgent besoin de restauration ».

Le maire était formel à propos de la reconstruction du monument, dans le cadre du réaménagement du secteur Dalhousie, qui doit être complété en 2017. « Notre Service de la culture a communiqué avec monsieur Raynaud en novembre dernier. L’artiste disait comprendre la situation et accepter la solution temporaire que privilégie la Ville de Québec. Il a toutefois rappelé que l’aliénation de l’oeuvre n’est pas une option et qu’elle devait être conservée dans son intégralité. »

Et d’ajouter que le cadeau de Paris serait mis en valeur dans un « écrin amélioré pour le grand plaisir des citoyens et des visiteurs ».

Pas de discussion

On peut présumer que, comme la plupart des élus, M. Labeaume fait rédiger sa correspondance par des membres de son entourage. Or, s’il ne l’a pas écrite, on sait qu’il en a pris connaissance, puisqu’il a ajouté à la main « Chère Anne », et « au plaisir » près de sa signature. Le document indiquait en outre que la lettre avait été transmise en copie conforme à l’artiste, M. Raynaud.

Rappelons qu’au printemps, ce dernier avait vivement dénoncé le manque de respect affiché par la Ville dans sa manière de détruire l’oeuvre à la pelle mécanique devant les caméras.

Différents représentants du milieu de l’art avaient aussi dénoncé cette façon de faire et la controverse avait traversé l’Atlantique et été traitée dans la presse française. Invité à réagir aux critiques de M. Raynaud, le maire avait répondu aux journalistes : « Tant mieux pour lui. Qu’il se soigne. »

En juin, le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV) avait fait circuler une pétition réclamant que le monument soit reconstruit. « La destruction pure et simple ne serait-elle pas une campagne de relations publiques au populisme assumé ? » demandait notamment le groupe d’intérêt. Jeudi, un peu moins de 1200 personnes l’avaient signée, alors que l’objectif était de récolter 2000 signatures.

Or, le 22 juin, le maire a laissé entendre que ce n’était pas son intention. « Écoutez, il faut que je parle à Anne Hidalgo [la maire de Paris], mais je serais surpris qu’on reconstruise, à moins qu’Anne nous demande de le faire, mais connaissant Anne, ça m’étonnerait. »

Vérification faite au cabinet, M. Labeaume et Mme Hidalgo ne se sont pas encore parlé. « Ils sont censés se parler bientôt », a expliqué son attaché de presse Paul-Christian Nolin. « Les agendas faisaient en sorte que ce serait plus à la fin août. »

Quant à savoir pourquoi le maire voulait briser sa promesse, M. Nolin souligne que la reconstruction serait coûteuse. « C’était avant de connaître les coûts », dit-il. « C’est beaucoup plus coûteux que ce qu’on imaginait », dit-il.

M. Nolin n’a pas voulu divulguer le montant, mais au printemps, la somme de 200 000 $ avait été évoquée. L’attaché de presse dit en outre attendre un rapport écrit du Centre de conservation du Québec à ce sujet. « On attend d’avoir tous les éléments pour être en mesure de prendre la décision », a-t-il ajouté.

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 21 août 2015 02 h 08

    Et une...

    Et une labaumerie de plus...

    Et ce maire fait croire à ses électeurs qu'il participe à faire venir des touristes et des capitaux étrangers à Québec ?
    Pitoyable.

  • Colette Pagé - Inscrite 21 août 2015 09 h 12

    Attention danger !

    Si le manque manque à sa parole il est raisonnable de penser que la réaction de la mairesse de Paris ne se fera pas attendre et que les médias n'hésiteront pas à condamner le maire de Québec l'associant à un mal appris non respectueux des arts et des artistes. La Ville de Québec n'a surtout pas besoin de cette réputation.

  • Yvon Bureau - Abonné 21 août 2015 10 h 38

    Non Non Non

    au retour de cette oeuvre.

    Merci.

  • Denis Bouchard - Inscrit 21 août 2015 10 h 47

    Il nuisait à certains événements.

    Quand on connait l'appétit du maire pour les assistances records lord d'événements spéciaux, alors on peut penser qu'il trouvait que le monolithe prenait trop de place lors du Red-Bull Crashed-Ice et lors de fêtes de la Nouvelle-France. Le monolithe parti, on pourra ajouter une centaine de personnes de plus sur le site au moment des grands moments.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 août 2015 11 h 05

    Le Canada pour la France

    L'évolution du Canada pour la France c'est quelques arpents de neige (Voltaire) en un gros bloc de glace inutile. (Raynaud)
    C'est bon, le maire Labaume est prévoyant. Avec les changements climatiques, il évite la fonte du bloc de glace.

    En ce qui concerne Louis XIV, après avoir signé l'édit de Fontainebleau et freiner le développement de la Nouvelle-France, on pourrait se passer du bronze du petit Roi-Soleil qui a passé les 3/4 de son règne, en guerre civile, a éliminé ses opposants et les huguenots.

    Une scène en bronze, de Pierre DuGua de Mons et de Samuel de Champlain, deux huguenots, qui ont participé financièrement et logistiquement au développement de l'Acadie et du Québec, serait plus appropriée.

    • Yves Côté - Abonné 21 août 2015 15 h 14

      Madame Sante-Marie, si vous me le permettez, la sculpture portait le nom de "Dialogue avec l'histoire" et toute son existence durant, jusqu'à sa démolition, elle a fait effectivement dialoguer le présent et l'histoire.
      Votre propre commentaire montre la réussite de la chose, même une fois la chose disparue...
      Merci de m'avoir lu, Madame.