Les bas-reliefs d’Oka sur la voie du salut

Élisabeth Forest, restauratrice au Centre de conservation du Québec, montrant les premiers résultats des travaux entrepris sur les bas-reliefs du calvaire d’Oka.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Élisabeth Forest, restauratrice au Centre de conservation du Québec, montrant les premiers résultats des travaux entrepris sur les bas-reliefs du calvaire d’Oka.

Sauvés en 2011 d’une vente aux enchères qui aurait pu les disperser à tout vent, les bas-reliefs du calvaire d’Oka, un ensemble de sept panneaux polychromes réalisés vers 1775 et classés « patrimoine culturel », sont maintenant sur la voie de la restauration. Les Musées de la civilisation de Québec (MCQ), qui les ont acquis il y a trois ans, dévoilaient lundi les premiers résultats de ce travail de longue haleine.

 

Au Centre de conservation du Québec, haut lieu de la restauration d’oeuvres d’art, près de 800 heures ont déjà été consacrées à la remise à neuf de l’ensemble d’Oka dédié aux derniers jours du Christ. Pour le moment, ce ne sont que deux des sept tableaux sculptés qui ont été retouchés. Et encore, sur l’oeuvre la plus avancée, intitulée Ecce Homo, on doit encore retirer des couches de peinture et réparer quelques segments en bois. Elle ne sera totalement nettoyée qu’en 2015.

 

« Nous voulions montrer la complexité des travaux, explique Michel Côté, directeur des MCQ, sans arriver à dire quand exactement tout sera terminé. Le chemin est encore long pour les bas-reliefs, dont deux sont très abîmés »,le Crucifiement et La déposition de la croix.

 

« Il y avait un danger que plusieurs collectionneurs les achètent, qu’on ne puisse plus les revoir, rappelle M. Côté. Ce sont des objets de grande valeur, que l’on peut voir de bien des façons. Historiquement, les bas-reliefs permettent de voir comment les Sulpiciens procèdent à l’évangélisation des Amérindiens. C’est le passage de l’Europe envers le monde d’ici. Nous, on s’intéresse à capter ces moments de passage importants. »

 

Les bas-reliefs, attribués à François Guernon, dit Belleville, sont sur la bonne voie, reconnaît Dinu Bumbaru, grand spécialiste du patrimoine. « C’est excellent que les institutions publiques se manifestent. Sauf que pour un cas qui fait les manchettes, cinquante sont oubliés », note la voix de Héritage Montréal.

 

« Au Québec, a-t-il constaté, on attend la crise avant de réagir. On se garde cette possibilité d’agir, comme s’il s’agissait d’un extincteur de feu. »

 

Rappelons que les MCQ sont intervenus en mars 2011, alors que la controverse faisait rage. La fabrique d’Oka avait décidé de mettre en vente ses bas-reliefs afin d’amasser l’argent nécessaire pour réparer le bâtiment principal, victime d’infiltrations d’eau. On ferme l’église ou on vend des oeuvres classées pour garder l’église ouverte, telle était la question. À quatre jours de la vente aux enchères, la Fondation des Musées de la civilisation avait réuni 150 000 $ et permis aux établissements dirigés par Michel Côté de garder les tableaux dans le domaine public.

 

À l’époque, on avait accusé la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, de fermer les yeux sous prétexte que le gouvernement avait déjà investi de l’argent dans ce dossier au cours des années 1980. « Ce n’est pas parce qu’on a donné 30 000 $ il y a trente ans qu’on peut se défaire de ses responsabilités », dénonçait dans Le Devoir le sénateur Serge Joyal.

 

Réforme insuffisante

 

Sept mois plus tard, en octobre 2011, la Loi sur le patrimoine culturel (loi 82) a été mise à jour. La situation ne s’est pas améliorée, croit cependant Dinu Bumbaru. « Il y a des apports intéressants [dans la nouvelle loi], mais il s’agit davantage d’une réforme administrative. » Pour le directeur des politiques chez Héritage Montréal, il faudrait un plan plus vaste pour bien défendre le patrimoine.

 

Dinu Bumbaru reprend ce que le rapport du « groupe de travail sur l’avenir du réseau muséal québécois », dirigé par Claude Corbo, avait établi à l’automne 2013 : revoir les politiques muséales en s’appuyant notamment « sur les engagements collectifs découlant de la Loi sur le développement durable et de la Loi sur le patrimoine culturel ».

 

« La Loi sur le développement durable [de 2006] est la seule qui reconnaît le patrimoine comme principe, a noté Dinu Bumbaru. D’habitude, le patrimoine est une contrainte. » Sous le chapeau du développement durable, Québec parle de patrimoine naturel, comme le mont Royal.

 

Puis il y a le patrimoine bâti, dont la loi 82 ne dit pas comment le protéger. L’Hôtel-Dieu, les églises, les cabanes à sucre, il y a quantité de cas qui « ne rentrent pas dans les coffres des musées », soutient M. Bumbaru.

 

« Ne devrait-on pas constituer une réserve nationale ? demande-t-il. Le patrimoine qui n’est pas des archives, où va-t-il se trouver ? » La création d’un organisme rassembleur, comme le Conseil des établissements muséaux du Québec (CEMQ) sur lequel statuait le rapport Corbo, pourrait être une piste, pense le fondateur d’Héritage Montréal.

 

Pendant que certains se demandent si l’église d’Oka survivra, d’autres s’affairent, au Centre de conservation du Québec, à redonner aux bas-reliefs de la petite municipalité ses couleurs d’antan. La restauratrice Élisabeth Forest, qui dirige les travaux, estime qu’il sera impossible d’arriver à l’état original. Elle parviendra néanmoins à retirer trois couches de « surpeinture » et de vernis, ce qui mettra en valeur des détails sculptés, comme des angelots au niveau des sandales, ou de découvrir un vert d’une telle rareté qu’elle-même ne le connaissait pas.

2 commentaires
  • André Le Belge - Inscrit 22 juillet 2014 11 h 00

    Une vraie affaire?

    Est-ce que la culture fait parti des "vraies affaires"?

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 juillet 2014 14 h 09

      On s'en occupera quand on aura de l'argent.
      Car chacun sait que le Québec fait partie des peuples pauvres de la Terre...