La Joute et le jeu des travaux publics

L’œuvre La joute a été retirée de son écrin du Quartier international de Montréal dans les premiers mois de 2013, moins de dix ans après son déménagement du Parc olympique où elle avait été déployée à l’origine.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’œuvre La joute a été retirée de son écrin du Quartier international de Montréal dans les premiers mois de 2013, moins de dix ans après son déménagement du Parc olympique où elle avait été déployée à l’origine.
Des travaux sur l’une des structures de l’autoroute Ville-Marie privent le public depuis plus d’un an du spectacle de feu et d’eau de La joute, l’oeuvre de Jean-Paul Riopelle qui anime la place portant son nom dans le Quartier international de Montréal (QIM). La bonne nouvelle ? Elle sera réinstallée d’ici la mi-juin pour l’été. La mauvaise : les travaux du ministère des Transports sont retardés. La sculpture-fontaine devra donc être de nouveau mise à l’abri en 2015.

« La joute est dans uneréserve, restaurée et prête à être replacée, indique Wanda Palma, porte-parole du Musée d’art contemporain (MAC), propriétaire de l’oeuvre. Comme elle fait partie de l’exposition La beauté du geste [qui célèbre 50 ans de dons au MAC dès le 18 juin], elle sera installée sous peu. »

L’oeuvre a été retirée de son écrin du QIM dans les premiers mois de 2013, moins de dix ans après son déménagement du Parc olympique où elle avait été originellement déployée. Dans la foulée du rapport Johnson, fruit de la commission d’enquête sur l’effondrement du viaduc de la Concorde, la structure qui enjambe l’autoroute Ville-Marie au niveau de la place Jean-Paul-Riopelle requérait une réfection importante. Le QIM préférait le scénario rapide, avant les festivités du 375e anniversaire de Montréal en 2017, plutôt que les travaux de consolidation sur dix ans proposés par le ministère des Transports.

« Le viaduc de la rue De Bleury est à dalle épaisse comme celles condamnées suite au rapport Johnson, explique le directeur général du QIM, Clément Demers. Il devait être démoli et refait en mai de cette année, mais les travaux préparatoires étant en retard, c’est remis à l’an prochain. » Un délai qu’il attribue à la fois à leur complexité technique — des conduits souterrains de TransÉnergie Hydro-Québec devant être relocalisés avant d’entamer les travaux — et au fait que d’autres mises à niveau importantes sont effectuées en même temps. La Société de transport de Montréal (STM) procède depuis 2012 à l’ajout d’un poste de ventilation sur un site connexe, ce qui influe aussi sur l’échéancier.

« Il n’y a personne à blâmer là-dedans, ce sont des travaux d’une grande complexité », affirme M. Demers. Le ministère des Transports n’a pas pu confirmer ces informations lundi.

Mauvaise décision

Un lecteur du Devoir, qui déplore dans une lettre le retrait prolongé de l’oeuvre, voit dans cette affaire une autre preuve de la mauvaise décision, prise en 2002, de déménager la sculpture au centre-ville.

« C’était déjà absurde, et ce l’est encore plus », a déclaré au Devoir Jacques Keable, qui a mené une chaude lutte en faveur du maintien de La joute au Parc olympique à l’époque.

« Ces travaux majeurs et ceux de la STM n’étaient pas prévus lors du développement du QIM, rétorque M. Demers. Ils découlent des nouvelles normes [en vertu du rapport Johnson]. »

Le directeur du QIM se réjouit plutôt du renouvellement de l’entente avec Gaz métropolitain pour alimenter l’oeuvre de Riopelle pendant la prochaine décennie. Il rappelle la bonne volonté de toutes les parties impliquées dans son entretien et son bon fonctionnement : la Ville, le Palais des congrès pour l’entretien, la Caisse de dépôt et placement et le MAC.

Pendant son retrait du QIM, La joute a fait l’objet d’une restauration annuelle d’usage par la firme Dolleans inc. « Elle n’a pas du tout été endommagée », assure Mme Palma, du MAC. Elle envoûtera les passants de sa scénographie spectaculaire jusqu’à la mi-octobre. Le cycle de vapeur d’eau et de flammes dure environ 35 minutes, commençant à chaque demie de l’heure, de 18 h 30 à 23 h 05.

Lors des travaux reportés du MTQ en 2015, la sculpture-fontaine sera alors protégée sur le site plutôt que déplacée.