La maison Redpath sera démolie

« On parle de la maison, mais il n’y a plus de maison depuis 1986. Elle avait été démolie à 90 %, alors il ne reste que 10 % du bâtiment d’origine », dit le propriétaire, Michael Sochaczevski.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir « On parle de la maison, mais il n’y a plus de maison depuis 1986. Elle avait été démolie à 90 %, alors il ne reste que 10 % du bâtiment d’origine », dit le propriétaire, Michael Sochaczevski.

La maison Redpath est sur le point de disparaître complètement du paysage montréalais. Depuis mercredi, des travailleurs sont sur les lieux pour couper des arbres et démolir la maison ancestrale construite en 1886 par l’architecte Sir Andrew Taylor, l’une des rares maisons d’architecture Queen Anne encore présente dans la métropole.

 

Après plus de 25 ans de combat pour préserver la maison située au 3457, rue du Musée près de l’Université McGill, l’arrondissement de Ville-Marie a délivré en décembre dernier un permis de démolition et un autre pour la construction d’une nouvelle résidence de quatre étages qui offrira 90chambres pour étudiants.

 

« Le projet présenté est conformeà la réglementation municipale et on ne pouvait le refuser », mentionne la responsable des communications de l’arrondissement, Anik de Repentigny.

 

Elle précise que la maison Redpath n’avait pas de statut patrimonial provincial, n’était pas située sur un site patrimonial déclaré du Mont-Royal ni située dans une aire de protection historique. Avec sa brique rouge, ses ardoises et ses pignons, la maison d’origine de John Redpath se trouvait, par contre, sur la liste des sites historiques menacés d’Héritage Montréal.

 

Le propriétaire de la maison, Michael Sochaczevski, s’est réjoui de pouvoir aller de l’avant avec son nouveau projet après des années de démêlés avec la Ville de Montréal. En 1986, M. Sochaczevski avait obtenu un permis de démolition, mais Héritage Montréal et Sauvons Montréal avaient obtenu une injonction de la cour pour le forcer à abandonner son projet. Il y a trois ans, il était revenu à la charge en proposant de construire une tour de sept étages comptant 14 logements pour remplacer la maison Redpath, mais l’arrondissement avait refusé le projet.

 

« Le projet de résidences pour étudiants n’était pas mon premier choix. Mon projet de condos avait passé la première et la deuxième lecture, mais l’ancien maire Tremblay l’a bloqué. Au moins, ce nouveau projet répond à la réglementation et on n’aura pas besoin de le changer », indique M. Sochaczevski qui souhaite définitivement régler ce dossier. « On parle de la maison, mais il n’y a plus de maison depuis 1986. Elle avait été démolie à 90 %, alors il ne reste que 10 % du bâtiment d’origine », dit-il.

 

Vingt-cinq ans sans solution

 

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, s’est dit attristé par la disparition prochaine de la maison Redpath. « C’est une histoire d’horreur qui dure depuis 25 ans, a-t-il mentionné. La solution aurait dû venir avant », a-t-il reconnu.

 

M. Bergeron a affirmé que la maison était décrépite depuis plusieurs années. Plus récemment, des ingénieurs mandatés par la Ville ont même évité d’y entrer par mesure de sécurité.

 

La décision de l’arrondissement de Ville-Marie de permettre la démolition de la maison Redpath est par contre loin de faire l’unanimité. Héritage Montréal aurait préféré protéger ce vestige et trouver des solutions pour le restaurer.

 

L’organisme compte interpeller le ministre de la Culture, Maka Kotto, pour sauver la maison Redpath qui se trouve au coeur du Golden Square Mile, où l’élite montréalaise s’était installée au XIXe siècle.