Le Québec se souvient - Thomas Delvecchio ouvrait son musée en cet août de 1824

Normand Thériault Collaboration spéciale
Mother Delousing Child 1992<br />
© 2011 Art Gallery of Ontario<br />
Photo: Nelson Takkiruq Mother Delousing Child 1992
© 2011 Art Gallery of Ontario

Ce texte fait partie du cahier spécial Été culturel 2011

Loin le temps où un tour du Québec se limitait aux sites naturels, ponctué par des pauses dans diverses «cantines». L'activité de mémoire a inscrit dans l'espace québécois des sites qui retracent le passé et décrivent le présent. Ces lieux ont pour nom musée et méritent un arrêt pour qui veut trouver plaisir à se souvenir.

Août 1824. Une grande première à Montréal. En fait, c'est une première à l'échelle de tout le Bas-Canada comme du Haut-Canada. Car, dans l'Empire britannique, la colonie nord-américaine enregistre l'apparition dans le paysage d'un nouvel établissement. Le Spectateur canadien signale en effet en ses lignes qu'au 4, place du Vieux Marché, Thomas Delvecchio vient d'ouvrir un musée «où le public pourra admirer des animaux rares, des figures en cire et autres choses». En fait, il y a là beaucoup à voir: instruments de musique anciens et effigies de cire de personnages historiques sont aussi en exposition, à côté d'un ours blanc, d'un léopard, d'un tigre, d'une panthère, d'un sanglier, d'un lionceau et d'autres animaux, sans compter poissons, reptiles, coquillages et amphibiens de diverses espèces.

Pendant près de 30 ans, le public fréquentera ce lieu, qui partira en fumée, hors du ciel de la métropole canadienne, victime qu'il est du grand incendie de Montréal, celui du 8 juin 1852, qui transforme alors une grande partie de la ville en un lieu de cendres et d'autres traces de sinistre.

Éclosion

Plus tard, d'autres établissements viendront. Le Musée des beaux-arts, à Montréal toujours, s'ouvre au public au carré Philips en 1870, mais ce n'est qu'en 1933, sur le site des plaines d'Abraham, que le bâtiment qui abrite le «Musée de la province» est inauguré, et là, si, comme chez Delvecchio, les sciences naturelles côtoient les oeuvres d'art, les Archives du Québec sont toutefois elles aussi locataires de cet espace.

Mais depuis, étant venus les jours heureux d'une révolution tranquille, c'est la pléthore. Et chaque région du Québec se targue maintenant d'avoir quelque part sur son territoire un lieu, voire un site, à coup sûr un espace, où art, culture ou témoignages du temps et des lieux sont rendus accessibles au grand public, le personnel étant à la fois sympathique aux locaux et accueillant pour les gens de passage.

Choix multiples

Et si, cette année, la Société des musées québécois fait campagne et la promotion des établissements maritimes qu'elle regroupe, il ne faut pas pour autant oublier que qui visite Bromont et se rend à La Confiserie pourra avoir accès au Musée du chocolat. Pour le fromage, il faudra cependant «monter» au lac et se rendre à Saint-Prime, où le cheddar est à l'honneur en ce lieu où Adélard Perron installa sa fromagerie en 1895.

Même les sportifs trouveront justification pour de futurs déplacements: les frères Baillargeon, à Saint-Magloire, en Chaudière-Appalaches, Louis Cyr, à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, Gilles Villeneuve, à Berthierville, dans cette même région, tout comme Rogatien Vachon, cet ancien gardien de but des Canadiens dont Palmarolle en Abitibi se souvient, tous ces athlètes à titres divers demeurent inscrits par les objets et les films en mémoire.

Québec et foi

Et si cette dernière année eut un moment commémoratif fort, quand le frère André eut de Rome reconnaissance de son oeuvre, il faut aussi rappeler que l'univers religieux, également, est bien inscrit dans le paysage québécois: dans le Vieux-Montréal, Marguerite Bourgeoys et Marguerite d'Youville ont leurs noms accolés à des établissements, tout comme les franciscaines à Baie-Saint-Paul, les jésuites à Charlesbourg, les augustines à l'Hôtel-Dieu de Québec, les hospitalières près d'un autre Hôtel-Dieu, celui de Montréal, les soeurs de Sainte-Anne à Lachine, les soeurs de l'Assomption de la Sainte Vierge, près d'un autre musée, le Musée des religions à Nicolet, les soeurs de la Miséricorde dans l'arrondissement Cartierville, mais les soeurs grises ont toutefois déplacé de Montréal vers Varennes leur lieu de souvenir.

Musées, donc, musées multiples, et en faire nomenclature deviendrait épuisant: il y a donc plus que les grands établissements urbains. Et plus d'un musée à vocation régionale ou de nature thématique.

Il suffit de se renseigner pour le découvrir.