Percé, Rimouski et Baie-Saint-Paul - Trois passages obligés dans l'est du Québec

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Le musée Le Chafaud est situé au cœur du village mythique de Percé.<br />
Photo: Source Thierry Haroun Le musée Le Chafaud est situé au cœur du village mythique de Percé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Été culturel 2011

Photographies d'hier et d'aujourd'hui, sculptures intemporelles, aquarelles et tableaux qui forcent le respect, de même qu'un symposium d'art contemporain sont autant de manifestations culturelles et artistiques qui s'offriront au regard cet été dans l'est du Québec. À ce titre, trois arrêts s'imposent: Baie-Saint-Paul, Rimouski et Percé.

Commençons par Percé, où le musée Le Chafaud, situé au coeur du village mythique, présente Inoubliable Suzanne Guité du 21 juin au 21 septembre, qui rend hommage à l'artiste gaspésienne assassinée par son conjoint, il y a trente ans, au Mexique. Elle avait 54 ans. Cette exposition donnera à voir des oeuvres majeures (des années 1940 jusqu'en 1980) de Suzanne Guité: des sculptures (onyx et bois) ainsi que des aquarelles. En tout, le musée expose une quarantaine d'oeuvres de cette artiste au parcours remarquable. Celle-ci avait mis sur pied en 1956 le Centre d'art de Percé, véritable plaque tournante de la vie culturelle au Québec jusque dans les années 1970.

Notons que ses sculptures dégagent souvent une lourdeur de vivre, illustrant des personnages sombres et traversés par la douleur, la mort et l'angoisse, tandis que ses aquarelles exhalent la joie et l'espoir, l'éveil et l'innocence, au sens noble du terme. Elle fera ses classes à l'Institute of Design de Chicago avec Moholy-Nagy, puis avec Brancusi et Archipenko. Enfin, elle laissera sa marque en Italie, au Mexique, en Espagne, à Expo 67, etc. Gaston Miron lui dédiera ce poème: «Le miroir de l'enfance réfléchit l'horizon du futur antérieur, l'éternité aussi a des racines, éternité jusque dans l'héritage demain, ma fou de bassan des yeux dans le temps plus nu que la plus que pierre opaque».

Au tour de Pauline Julien de lui consacrer ce mot dans un texte d'adieu. «Suzanne, maintenant je peux presque te dire que tu étais "mon maître à penser", par conversation, par continuité, par amour de Percé, par amour de philosopher, par amour de l'amour.» «Je crois, rappelle de son côté le directeur du musée, Jean-Louis Le Breux, que lorsqu'on a vu une oeuvre de cette artiste-là, on s'en souvient toujours.» Vrai (surtout ses aquarelles). Soulignons au passage que, à la mezzanine, Andrée Laliberté, artiste peintre de Québec, exposera une quinzaine de toiles inédites.

Rimouski

À 400 kilomètres de là, plus à l'ouest, le Musée régional de Rimouski présente plusieurs expositions. Premièrement, Vent qui joue, vent qui peine: girouettes et vire-vents (une exposition du Musée canadien des civilisations) offrira à voir, du 19 juin au 20 novembre, plus de 30 de ces symboles de l'art populaire qui témoignent de la fantaisie, de l'humour et de la créativité des artistes qui les ont créés. «Ça s'inscrit un peu dans la tradition des patenteux du Québec. Il y a plusieurs vire-vents aux motifs différents, avec différents degrés de sophistication, c'est-à-dire des trucs qui sont vraiment des bricoles et d'autres qui sont davantage fignolés», note Bernard Lamarche, conservateur de l'art contemporain au Musée régional de Rimouski. S'ajoutent à cette exposition des pièces d'artistes du Bas-Saint-Laurent (de Saint-Jean-Port-Joli à Sainte-Flavie), histoire de faire corps avec la région. «Il y a en effet un aspect identitaire à cela, parce qu'il est vrai qu'une journée sans vent dans le Bas-Saint-Laurent est une journée un peu étrange», ajoute-t-il.

À l'été 2010, le photographe Bertrand Carrière est retourné sur les traces du photographe américain Paul Strand, qui a capté la Gaspésie sur pellicule lors de ses passages en 1929 et 1936. On sait qu'il y fréquentait le cercle de l'artiste américaine Georgia O'Keefe, une habituée de Percé. À travers une quarantaine d'images, Bertrand Carrière révèle les transformations de la société et du paysage gaspésiens. Un regard direct et sans fard, c'est ce que propose Après Strand (commissaire: Franck Michel), du 19 juin au 2 octobre.

Troisièmement, dans Lieux, du 19 juin au 11 septembre, le musée présente une sélection d'oeuvres de sa collection, autour du thème du «lieu». Les oeuvres retenues (Pierre Gauvreau, René Derouin, Marcel Barbeau et Alfred Pellan, notamment) possèdent en commun un rapport avec le paysage, la terre, l'espace et la manière dont ils sont peut-être, à nos yeux, chargés de sens. Enfin, Autour de mon école... d'hier à aujourd'hui, du 19 juin au 29 août, est le fruit d'un projet qui a permis à des élèves du primaire de découvrir l'évolution physique et sociale du quartier entourant leur école, à travers l'appropriation de techniques associées à la photographie. Cette exposition présente les éléments de continuité et de changement du quartier, en exploitant des photographies anciennes et des photographies prises par eux-mêmes.

Baie-Saint-Paul

La 29e mouture du Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, qui se tiendra du 29 juillet au 28 août, aura pour thème «Les conteurs». C'est-à-dire? La réponse se trouve dans la documentation du Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, qui présente cet événement: «Traditionnellement transmis au moyen de mots, d'images et de sons et bien que souvent perçu comme une forme de divertissement ou d'éducation, le conte contribue aussi à la préservation de nombreuses cultures à travers le monde, malgré les avancées fulgurantes de la mondialisation et de l'assimilation. Aujourd'hui, les artistes visuels racontent des récits et des narrations en utilisant une panoplie de techniques variées. Ces médiums sont infinis: dessin, peinture, impression, publication, performance, film, vidéo, nouveaux médias et, de plus en plus, les arts interdisciplinaires et pluridisciplinaires.»

Le directeur du musée, Jean Saint-Gelais-Tremblay, souligne que cette manifestation, à laquelle participeront douze artistes d'ici et d'ailleurs, «fait appel à l'imaginaire des gens et des artistes. C'est tout un défi pour les artistes qui y participent de travailler pendant un mois devant public; je pense qu'il faut leur rendre hommage. Ce symposium est vraiment unique en son genre; il a par ailleurs lancé bien des carrières.»

De plus, le musée présente L'Art: un cadre de vie - l'univers de grands collectionneurs, du 11 juin au 10 octobre (commissaire: Michel Martin). «C'est notre grande exposition de cet été. On y présentera des oeuvres inédites issues des collections des mécènes de la région de Québec: Picasso et Borduas, entre autres. Il y aura aussi une sculpture extraordinaire qui m'a profondément touché: c'est une guenon qui est en réflexion devant les difficultés de la vie. Une exposition à voir», insiste le directeur.

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Collaborateur du Devoir