Danse - Bach et baskets

L'idée était charmante: dans le cadre du 4e Festival Bach de Montréal, une troupe allemande de breakdance lance ses tricks et power moves sur Le Clavier bien tempéré, dans l'église Saint-James, rue Sainte-Catherine. C'était, jusqu'à hier, Flying Bach.

Une foule de têtes blanches au parterre. Au jubé, des jeunes à tuques et casquettes, b-boys et b-girls pas incognito, la tête dans le turquoise de la voûte où la peinture s'écaille d'humidité. Le concert débute par le premier prélude en Do majeur joué par Christoph Hagel. Sabina Chukurova s'immisce ensuite au clavecin.

Les Flying Steps entrent, de noir vêtus, ceinturés de rouge. Leurs tricks se déploient, spectaculaires, tout en suspension. Les coupoles et pirouettes sur la tête s'étirent aux limites de l'imaginable. Les atterrissages sont solides et précis, les corps étonnants de souplesse, de rapidité, de précision dans la décomposition des mouvements. La foule leur réserve, à la fin, des applaudissements plus que chaleureux.

Aussi virtuoses soient-ils, les Flying Steps, visiblement, ne se questionnent pas sur leur breakdance. Les chorégraphies, outre la gestuelle, sont sans intérêt: lignes qui se croisent, canons, superpositions, on ne cherche pas loin. La danse appuie les clichés du break dans les personnages, la gestuelle, la dramaturgie de mauvais vidéo-clips et l'attitude des corps: la seule femme en fifille, grands battements, jupette, demi-pointes et séduction; les combats de coq et compétitions singées; les temps forts physiquement surappuyés; le spectaculaire devant la sensation; le court flash devant la construction chorégraphique.

Bach a des voix complexes, heureusement plus fines et subtiles que celles du breakdance. Et quand cette danse, frottée à une telle richesse musicale, refuse d'être poreuse, de se laisser métamorphoser, elle ne reste alors qu'une gymnastique rythmique sophistiquée. Et apparaît, en contrepoint de la finesse du compositeur, grossière, triviale. Les meilleurs numéros des danseurs sont d'ailleurs livrés sur musique enregistrée, quand les corps explosent de retrouver le boum-boum habituel.

Faux mariage artistique, donc. Pour une soirée aux nombreux irritants: les portes de l'église qui clenchent bruyamment pendant le concert; le photographe de production qui mitraille, avec flash, parmi les spectateurs; le parterre où on doit se tordre le cou ou se dandiner constamment pour voir la scène; l'exécrable balance de son qui fait vibrer les murs, toutes basses dehors, sur des musiques préenregistrées qui relèguent les musiciens au rôle de laquais de service. Et le logo, énorme sur le plancher de scène, du sucré commanditaire. Stunt publicitaire brillant, certainement. Divertissement? Oui, mais livré dans un écrin bien mal foutu. Un choix artistique pertinent pour un Festival Bach? Certainement pas.

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