Les oeuvres en jeu

L’exposition EntreVoir en montage... En arrière-plan: Conversation About A Painting, Michel Archambault, 1996, une série de six épreuves couleur digitalisées.
Photo: Pascal Ratthé L’exposition EntreVoir en montage... En arrière-plan: Conversation About A Painting, Michel Archambault, 1996, une série de six épreuves couleur digitalisées.

«Entrevoir: v. tr., de «entre» et «voir». 1. Voir à demi (indistinctement ou trop rapidement). 2. Avoir une idée imprécise, une lueur soudaine de quelque chose.» - Le Petit Robert. Pour la commissaire Louise Déry, qui dirige la Galerie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis dix ans, le mot «entrevoir» a bien d'autres sens. Pour elle, c'est aussi «voir entre», lire entre les lignes, distinguer une dimension nouvelle qui ne nous serait d'abord pas apparue clairement. Et c'est le jeu qu'elle propose aux visiteurs d'EntreVoir, la nouvelle exposition de la Galerie de l'UQAM. Un jeu à la fois pédagogique et poétique qui nous permet de «regarder l'art» tout en explorant les rapports de complémentarité et d'opposition entre les oeuvres. La dizaine d'oeuvres de cinq artistes canadiens ont été placées en couples de pièces du même artiste dans la salle principale de la Galerie de l'UQAM.

En entrant, on remarque tout d'abord celles de Michel Goulet: Positions perplexes, composée d'acier, d'acrylique et de divers objets, et Vivre sous plusieurs bannières, une impression numérique sur Summerset. D'emblée, on voit des similitudes entre les oeuvres, pourtant conçues à deux ans d'intervalle. Les objets disposés dans les grilles d'acier rappellent les drapeaux colorés de l'impression numérique. «Si on entre dans le jeu, explique Louise Déry, on se met à remarquer différentes choses.»

Des similitudes mais aussi des différences. Non seulement entre les oeuvres d'un même artiste mais aussi lorsqu'on compare les diverses pièces entre elles. Ainsi, placées diagonalement aux oeuvres de Michel Goulet, celles d'un autre Michel, Archambault cette fois, qui nous permettent de poursuivre le jeu de la comparaison.

En observant Conversation About A Painting, par exemple, une série de six épreuves couleur digitalisées, on entrevoit plusieurs niveaux de comparaison de l'oeuvre: avec sa voisine, avec ses collègues d'exposition, avec d'autres tableaux (comme celui de Pollock représenté sur une des épreuves) et même avec elle-même puisqu'elle est divisée en six parties. «C'est très ouvert, très ouvrant», explique la commissaire.

«Les oeuvres se rencontrent ici pour la première fois», poursuit Louise Déry. «Elles se côtoient», et c'est un peu comme si elles conversaient entre elles. En effet, les pièces de l'exposition EntreVoir n'ont pas été sélectionnées selon des critères d'époque, de médium ou de courant.

Au contraire, leur réunion pourrait même sembler insolite. On retrouve ainsi, dans le même espace, Microchromie ZL Pourpre-violet, une acrylique de Fernand Leduc datant de 1971, et les récentes huiles sur toile de Dil Hildebrand, un jeune artiste en début de carrière.

Pour choisir les oeuvres qui composent cette exposition, Louise Déry est elle-même entrée dans le jeu puisque, dans presque tous les cas, elle a d'abord choisi les artistes avant de sélectionner des pièces dans leurs collections. En plus des oeuvres de Michel Goulet, Michel Archambault, Dil Hildebrand et Fernand Leduc, on retrouve deux tableaux de Janet Werner, Star Bunny et 2 Models.

Pour Louise Déry, chaque oeuvre a sa part de mystère, et une exposition comme EntreVoir permet de redécouvrir ces mystères d'un autre angle, voire d'en découvrir de nouveaux. Même si certaines oeuvres sont plus connues que d'autres, leur nouvelle évocation dans le cadre de cette exposition tente de nous les faire voir sous un nouveau jour.

La Galerie de l'UQAM se consacre à l'art contemporain québécois, canadien et international et sert notamment de moyen de diffusion pour les travaux de recherche et de création des étudiants en art de l'UQAM. L'exposition EntreVoir est présentée gratuitement jusqu'au 9 février.

La galerie accueille également, pendant la même période, les oeuvres de Scott Duncan: Haïr le capitalisme. La Galerie de l'UQAM offre gratuitement des visites commentées et des ateliers de réflexion dans le cadre de ses expositions.

- EntreVoir, Galerie de l'UQAM, 1400, rue Berri, salle JR-120. Jusqu'au 9 février, du mardi au samedi, de midi à 18h, 514 987-3000, www.galerie.uqam.ca.