Concerts classiques - Comment remplacer avantageusement le Messie...

Le Festival Bach a réussi une bonne prise en s’adjoignant l’étroite collaboration et la caution de Kent Nagano. Notre chef aime sincèrement Bach, compositeur qu’il a fréquemment dirigé et qu’il ne souhaite pas laisser entre les seules mains des «baroqueux».

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FESTIVAL BACH
Oratorio de Noël, Cantates I, II, III. Sibylla Rubens (soprano), Doris Soffel (mezzo), Michael Schade (ténor), Detlef Roth (basse) Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, dir. Kent Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 11 décembre 2007. Reprise ce soir.
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La présentation des trois premières cantates de l’Oratorio de Noël (qui en compte six) est légitime et se tient très bien. Excellente initiative: la suppression de l’entracte initialement prévu entre les Cantates II et III. Kent Nagano avait bien pensé les choses: il était intelligent de mettre les trompettes assez en avant sur le côté et, surtout, de faire se lever les bois. Dans le premier choeur la profusion de choristes (environ quatre-vingts) étonne. Les cordes sont totalement écrasées. La chose aurait été plus convaincante avec un moins de chanteurs, mais ceux-ci, bien préparés font oublier par le surnombre leur souplesse, notamment dans le choeur n° 21, Ehre sei Gott in der Höhe.

L’admirable présence des bois (magnifique Theodore Baskin, dans le duo soprano/basse), la justesse et la tempérance des trompettes, la belle pulsation de la direction de Kent Nagano, ont montré que Bach pouvait être un très noble succédané au trop ressassé Messie de Haendel, abandonné par l’OSM pour la seconde année consécutive.

Mais comme le Messie, l’Oratorio de Noël est aussi tributaire des solistes. Engager la prestigieuse Sybilla Rubens pour trois phrases de récitatif et un gentil duo (dans lequel elle marque les temps en hochant la tête) est un luxe qui convient sans doute aux finances opulentes du Boston Symphony. La basse Detlef Roth a beaucoup plus à faire et le fait avec carrure, malgré une grosse frayeur dans le duo sus-mentionné. Michael Schade, satisfaisant, a l’air de n’avoir pas souvent chanté cette oeuvre.

Reste Doris Soffel… En mai 1981, cette mezzo, alors à son jeune zénith, enregistrait la 2e Symphonie de Mahler avec Klaus Tennstedt. Vingt-six ans plus tard, la voilà en train d’incarner Marie sur le point d’accoucher. Et dire que Kent Nagano s’est entouré d’un conseiller vocal… Si c’est pour trouver des idées pareilles…

Malgré sa voix décolorée et pincée, Madame Soffel chante très correctement pour une dame de 59 ans. Par contre, à 59 ans, il y a des choses qu’on ne chante plus. Aller toucher un chèque à Montréal pour incarner la Vierge Marie, c’est être cave — pour celui qui le signe — et faire preuve d’indécence artistique — pour celui qui l’accepte. À Cologne, on n’est pas de la même eau: on lui fait chanter Kabanicha dans Katia Kabanova. C’est très exactement ce qu’elle a dans ses cordes!

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