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    L’autre marathon de Montréal

    Jean Dion
    15 août 2015 |Jean Dion | Tennis | Chroniques

    Aucun bris de service au set initial entre John Isner et Jérémy Chardy, et c’était 9-9 au bris d’égalité en quarts de finale, et on s’est dit tiens tiens, voilà qui nous rappelle vaguement quelque chose.

     

    Au premier tour de Wimbledon en 2010, l’Américain format géant Isner et un autre Français, Nicolas Mahut, s’étaient livré un match d’anthologie. Il n’y a pas de bris d’égalité à la cinquième manche au All England Club parce qu’il faut quand même bien respecter certaines traditions et que faire durer le plaisir peut se révéler aussi agréable que finir ça rapidement, et ça s’est terminé 70-68 en faveur d’Isner. Imaginons un peu pour nous donner des sensations fortes : 137 jeux consécutifs sans bris de service. La joute a duré 11 heures et 5 minutes sur trois jours parce que non, il n’y a pas de projecteurs au All England Club puisqu’il faut quand même respecter certaines traditions et qu’à Londres, il y a bien d’autres choses à faire le soir venu que jouer au tennis professionnel, fût-ce sur gazon soigneusement entretenu.

     

    Le score était donc de 9-9, mais Isner, qui a grimpé au 12e rang planétaire en remportant récemment le tournoi d’Atlanta et en atteignant la finale de celui de Washington, s’est chargé de faire en sorte que les procédures ne s’éternisent pas et il a gagné 11-9. Il a finalement réalisé un bris pour faire 2-1 en deuxième manche juste avant que la flotte s’invite et qu’on doive chercher des activités diversifiées question de meubler le temps.

     

    Compulser des statistiques, par exemple. Tenez, Chardy est classé 49e, mais il avait battu Isner les trois fois qu’il l’avait affronté, dont cette année à Roland-Garros. Isner est présentement le meilleur joueur des États-Unis, mais à 30 ans, il n’est certes pas l’espoir masculin que le pays attend depuis Andy Roddick. Sam Querrey, 32e, a 27 ans. Jack Sock, 35e, peut-être ? Celui-là n’a que 22 ans et il promet, d’autant plus que ses surnoms sont « J. Sizzle » et « Showtime ». Saviez-vous que Jack Sock a commencé à jouer au tennis à l’âge de huit ans après qu’il eut découvert la raquette de sa mère dans un placard du domicile résidentiel familial ? Non, vous ne le saviez pas, tout comme vous ignoriez que John Isner porte des chaussures de pointure 15. Et sur ma bouteille d’eau gracieusement fournie par la Coupe Rogers, il est mentionné que « le unique de technologie d’électrolyse de GP8 créé de l’eau alcaline avec 4x plus O2 soluble comparé à l’eau non-traité ». Voilà, la pluie vient de cesser même si la nébulosité demeure menaçante, la surface est sèche archi-sèche et on ne peut pas dire qu’on a perdu notre temps dans l’intervalle de 59 minutes. On dit merci la banque de données de l’ATP et OTEC Research Ltd., dont le produit, sachons le souligner, « améliore l’hydratation ».

     

    Chardy n’a donc pas tardé à reprendre son bris pour porter la marque à 3-3. Et encore une fois, on s’est rendu au bris d’égalité. Et encore une fois, les deux ont guerroyé jusqu’à plus soif au rythme d’un suspense tout à fait haletant, encore plus qu’au premier engagement. Mais là, Chardy a fini par avoir le meilleur au compte de 15-13. Après 2 heures et 13 minutes de jeu, on était prêt pour la belle.

     

    Qu’allait-il donc se passer dans cette troisième et décisive manche ? Tentons une hypothèse : on allait se ramasser à 6-6 et disputer un autre bris d’égalité, n’est-ce pas ? Bingo, votre don de prescience vous honore, monsieur le journaliste sur le terrain, enfin un peu en surplomb d’icelui. On a bien failli rester en deçà, Chardy ayant dû sauver deux balles de match à 5-6 (ce qui lui en faisait sept au total), mais on a finalement bu la Coupe Rogers jusqu’à la lie. Chardy s’y est toutefois montré relativement expéditif : 7-4, et lui n’a pas raté sa première balle de match. Rarissime résultat des courses : 6-7 (9), 7-6 (13) et 7-6 (4). En 3 heures 8 minutes.

     

    « La vie est belle, a dit le joueur de 28 ans à l’issue du marathon. C’était un vraiment un match fou, rempli d’émotions, ce qui rend la victoire encore plus agréable. Nous avons tous les deux eu nos chances, et je suis chanceux que ce soit moi qui ai gagné. » La vie est belle, mais elle a aussi la propriété d’être parfois exténuante. Il s’agissait du troisième match de suite où Chardy a dû disputer trois manches avant de l’emporter (plus un autre, toute étant dans toute, contre Nicolas Mahut), et on verra dans quel état de fraîcheur le jeune homme se présentera à sa demi-finale samedi.













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