Tirer des leçons de l’hiver

Le déneigement après la tempête de la semaine dernière a été facilité par la fermeture des commissions scolaires, qui a permis de réduire le nombre de personnes dans les rues de Montréal.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le déneigement après la tempête de la semaine dernière a été facilité par la fermeture des commissions scolaires, qui a permis de réduire le nombre de personnes dans les rues de Montréal.

La tempête de neige qui s’est abattue les 15 et 16 mars derniers sur le Québec a causé de multiples perturbations, comme en témoigne la débâcle politique qui secoue le ministère des Transports depuis quelques jours. Mais alors que les autorités responsables de l’entretien des autoroutes ne semblent pas avoir su faire face à la situation, la Ville de Montréal et ses arrondissements ont, pour leur part, bien géré les dizaines de centimètres de neige qui se sont rapidement accumulés sur la chaussée.

Ensevelie sous son épais couvert de neige, Montréal semblait presque endormie mercredi dernier, alors que le Québec se relevait péniblement d’une des plus importantes tempêtes des dernières années. Dans la grande région de Montréal, la fermeture des écoles a forcé de nombreux travailleurs à demeurer à la maison, décision qui, finalement, aura énormément facilité le travail des équipes dépêchées sur le terrain.

« C’est sans doute le changement le plus important par rapport aux autres tempêtes de l’hiver, explique Philippe Sabourin, porte-parole administratif pour la Ville de Montréal. La fermeture des commissions scolaires — [une première en près de dix ans à Montréal] — nous a vraiment aidés à commencer le travail plus vite. Mercredi, sur les routes, c’est comme si on était un dimanche, il n’y avait personne. » Pratiquement déserts, les rues et boulevards de la métropole ont pu devenir rapidement le théâtre d’une opération de déneigement intensive.

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C’est le nombre de centimètres de neige tombés à Montréal au cours de la plus récente tempête de neige. Il s’agirait de la plus importante bordée des cinq dernières années.

Source: MétéoMédia

« On ne va pas se le cacher, cette tempête-là, on savait qu’elle s’en venait, reconnaît Philippe Sabourin. On a donc pu se préparer en conséquence. » Les arrondissements ont ainsi pu prévoir un plus grand nombre d’équipes sur le terrain. « En tout, ce sont près de 3000 personnes qui ont été mobilisées pour cette opération, explique le porte-parole. Et dès que les premières précipitations ont commencé à tomber, elles ont pu s’activer en précédant rapidement à l’épandage et au déblaiement. »

Ainsi, dès vendredi, plus du quart de la neige accumulée avait déjà été retirée. Dimanche, au moment où ces lignes étaient écrites, la Ville indiquait que plus de 65 % de ses chaussées étaient libérées de la dernière bordée.

Question de priorité

À Montréal, les rues, les pistes cyclables et les trottoirs sont déneigés en fonction d’un ordre de priorité (1 à 3) établi dans la Politique de déneigement adoptée par la métropole en 2015. Les larges artères, comme Sherbrooke, Pie-IX et Saint-Denis par exemple, sont donc parmi les premières à être déblayées, notamment parce qu’elles permettent ensuite aux véhicules de circuler plus facilement d’un point à l’autre. Les circuits d’autobus prioritaires, les voies réservées et les entrées des hôpitaux sont, eux aussi, entretenus dans les heures qui suivent la fin des précipitations.

16 %
C’est la cible d’avancement du déneigement que vise la Ville de Montréal au quotidien.

Source: Ville de Montréal

Viennent après les rues collectrices ou commerciales locales, comme les rues Villeray et Laurier. Ici, l’objectif est de permettre le plus vite possible la reprise d’une vie de quartier sécuritaire et agréable. Ce n’est qu’à la toute fin, quand le gros du réseau est désengorgé, que les équipes s’attaquent enfin au dédale des rues résidentielles. « On sait que ce n’est pas toujours évident pour les citoyens, dit Philippe Sabourin. Que le stationnement est plus compliqué, que l’espace dans les rues est considérablement réduit. Mais je pense vraiment que les gens sont conscients des contraintes avec lesquelles nous devons composer. En tout cas, ils le sont de plus en plus à mesure que l’hiver avance. »

Suivi technologique

Plus qu’une opération de logistique, la gestion d’une tempête de neige comporte aussi des enjeux de communication. « Les gens veulent savoir ce qui se passe et, surtout, où on est rendu, avance le porte-parole de la Ville. Ils souhaitent pouvoir planifier leurs déplacements, savoir si ça vaut la peine de bouger leur voiture… »

Pour y arriver, la Ville de Montréal dote tranquillement depuis deux ans l’ensemble de la flotte de véhicules qui travaillent pour elle — que ces derniers soient de propriété publique ou non — de module de suivi véhiculaire, sorte de système de géolocalisation par satellite. Cette technologie permet notamment d’optimiser les déplacements des différentes machines et camions de chargements qui sont déployés dans les rues.

18 000
C’est le nombre de kilomètres de chaussées et de trottoirs sur le territoire de la métropole.

Source: Ville de Montréal

Ce sont également ces GPS qui alimentent en données l’application INFO-Neige MTL. Lancée en 2014 à la suite d’un concours d’idéation, cette dernière permet, la plupart du temps, aux Montréalais de suivre en temps réel l’évolution des opérations de déneigement sur le territoire de la métropole.

Les données ne concernent toutefois que l’état de la chaussée, les machines utilisées pour entretenir les trottoirs n’étant pas encore dotées de la technologie de suivi. « C’est une chose sur laquelle on travaille pour les prochaines années », affirme néanmoins Harout Chitilian, le vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable des dossiers concernant la Ville intelligente.

Le revers de la transparence

Mais malgré quelques ratés survenus en début de saisons, les commentaires recueillis au lendemain de la plus récente tempête sont relativement bons. Idem sur le terrain où Le Devoir a pu constater, tout au long de la semaine dernière, que l’application est en bonne synchronisation avec ce qui se passe réellement dans les rues. « Au cours des premières chutes de neige, c’était vraiment catastrophique, se souvient Caroline, une résidante du Sud-Ouest qui utilise l’application pour savoir quand déplacer sa voiture. C’était impossible d’avoir un suivi adéquat. Mais cette fois-ci, les opérations sont lentes, mais au moins elles correspondent à ce qui nous est indiqué. »

« C’est certain que les gens voudraient que ça aille toujours plus vite, concède Harout Chitilian. Et c’est un peu le prix à payer d’être plus transparent… On s’expose nécessairement à plus de critiques. »

Des anges déneigeurs

L’hiver peut être une période particulièrement difficile pour les personnes à mobilité réduite. Alors que le déneigement d’un balcon ou d’une entrée relève parfois de l’exploit, les déplacements quotidiens deviennent une source de stress importante, quand ils ne sont pas tout simplement mis de côté pour quelques jours. Pour briser l’isolement des résidants vulnérables, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a lancé en 2013 un service de déneigement d’appoint gratuit. « Pour s’en prévaloir, ce n’est pas sorcier, affirme Alex Norris, conseiller du district Jeanne-Mance au Plateau-Mont-Royal et responsable de la sécurité publique. Il suffit de fournir une preuve médicale et de résider sur le territoire de l’arrondissement. » Mis sur pied en collaboration avec l’organisme Spectre de rue, ce programme permet également à des jeunes d’entreprendre une démarche en réinsertion sociale, ces derniers s’occupant de l’entretien. À l’heure actuelle, une cinquantaine de personnes aux prises avec des incapacités physiques ont recours à ce service sur le Plateau et dans le Mile-End. Et le projet a même fait des petits, les arrondissements de Ville-Marie et de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve offrant maintenant, eux aussi, des services similaires.
4 commentaires
  • Maxime Parisotto - Inscrit 20 mars 2017 01 h 08

    Les voies cyclables sont déneigées prioritairement à tout le reste...que d'efforts pour 3-4 vélos...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 mars 2017 09 h 05

      Ce que comprends du texte, c'est que l'ordre de priorité est: rues, pistes cyclables, puis trottoirs.

      Je ne veux pas défendre cet ordre mais je souligne qu'on ne doit pas sous-estimer le rôle économique de la livraison hivernale de lettres en vélo. Sans déneigement, les cyclistes empunteraient les rues avec un risque considérable de glissement et d'accident pour eux.

    • Jean Richard - Abonné 20 mars 2017 09 h 13

      Je crois que vous avez mal compris. La priorité va aux grandes artères (excluant leurs trottoirs), puis aux rues collectrices ou commerciales, puis aux rues secondaires, puis aux voies cyclables et aux trottoirs.

      Ce qu'on observe correspond à cette politique. Du côté des voies cyclables (dont moins de 100 kilomètres sont entretenus, bien peu d'efforts pour 3 ou 4 vélos aux 20 secondes) il y a de quoi décourager l'usage d'un tel moyen de déplacement qui pourtant, pourrait contribuer à diminuer les problèmes de mobilité, en particulier lors des chutes de neige. Du côté des trottoirs, les piétons ont eu de la chance : il n'y a pas eu de verglas cette fois, car lors des dernières pluies verglaçantes, certains trottoirs sont restés sur la glace vive pendant plusieurs jours, et ça le long de rues très achalandées comme le boulevard Saint-Laurent.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 mars 2017 09 h 11

    La comparaison à laquelle tous les lecteurs pensent

    En lisant ce texte instructif, je ne peux pas m'empêcher de penser au manque total de préparation des autorités provinciales face à cette tempête là. Austérité oblige.