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    Un «oeil bionique» implanté pour la première fois au Québec

    Une femme «voit» enfin son enfant de deux ans

    Sandra Cassell avec sa prothèse rétinienne
    Photo: Hôpital Maisonneuve-Rosemont Sandra Cassell avec sa prothèse rétinienne

    Une équipe de l’Université de Montréal a implanté avec succès, et pour la première fois au Québec, une prothèse rétinienne à une personne ayant perdu la vue en raison d’une maladie dégénérative d’origine génétique. Grâce à cet « oeil bionique », cette mère de quatre enfants a pu voir son benjamin âgé de deux ans pour la première fois.

     

    Cette prothèse dénommée Argus II comprend un équipement externe qui se compose notamment d’une paire de lunettes au milieu desquelles est logée une caméra vidéo miniature qui filme la scène. La vidéo est envoyée, par le biais d’un fil, à un petit ordinateur de la taille d’un téléphone cellulaire — que le patient porte à sa ceinture — qui traite ces informations visuelles et les convertit en instructions qui sont transmises par radiofréquences à l’implant. Ce dernier comprend une antenne qui capte ces instructions et les achemine à un boîtier électronique, lequel ordonne à un faisceau d’électrodes d’émettre de petites impulsions électriques.

     

    Pour insérer l’implant, on doit ouvrir l’oeil en pratiquant une incision sur la partie blanche de l’oeil appelée sclérotique. Le chirurgien accède à la rétine, cette mince membrane qui tapisse le fond de l’oeil, en retirant l’humeur vitrée, cette substance gélatineuse transparente qui remplit la cavité postérieure de l’oeil derrière le cristallin. « Puis, on positionne le faisceau d’électrodes directement sur la rétine. Après la chirurgie, l’humeur aqueuse [liquide transparent qui est présent dans la chambre antérieure de l’oeil devant le cristallin, et qui se renouvelle continuellement] comble la cavité qui était occupée par l’humeur vitrée », explique l’ophtalmologiste et chirurgien rétinologue Flavio Rezende, qui avec son équipe du Centre universitaire d’ophtalmologie de l’Université de Montréal à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont a réussi la première implantation d’Argus II au Québec.

     

    La prothèse ne convient toutefois qu’aux personnes atteintes d’une rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui entraîne la mort des photorécepteurs [cônes et bâtonnets] de la rétine [qui captent les signaux lumineux et les transforment en signaux électrochimiques], mais dont les cellules ganglionnaires qui forment le nerf optique et acheminent les informations jusqu’au cerveau fonctionnent encore. Les personnes atteintes de rétinite pigmentaire qui souffrent également d’un glaucome qui endommage les cellules ganglionnaires ne pourront bénéficier des bienfaits de cet implant, précise le spécialiste. En déposant sur la couche de cellules ganglionnaires un faisceau d’électrodes qui émettent des stimulations électriques, on court-circuite ainsi les photorécepteurs.

     

    « La prothèse ne procure pas une vision très claire, mais elle permet à des patients qui ne voyaient rien de sortir du noir », affirme-t-il.

     

    Sandra Cassell, la patiente chez laquelle on a implanté la prothèse, a appris qu’elle était atteinte de rétinite pigmentaire en 2001 alors qu’elle était âgée de 26 ans. En l’espace de cinq ans, elle est devenue presque aveugle, ne détectant que très faiblement la lumière. « Je ne voyais presque plus rien », dit-elle. Depuis qu’elle a subi la chirurgie consistant à insérer la prothèse Argus II, au début de février, elle peut désormais voir le contour des objets et leur forme et déterminer leur taille. « Trente jours après la chirurgie, quand ils ont allumé la caméra, j’ai pu voir mon bébé de deux ans pour la première fois ! C’était tellement émouvant ! C’est vraiment comme un miracle, confie-t-elle.

     

    « Quand je traverse la rue, je peux voir les lignes tracées sur la chaussée qui définissent le passage réservé aux piétons. Je ne vois toutefois pas les détails et uniquement en noir, blanc et gris. J’ai une perception visuelle très particulière qui ressemble à ce que l’on voit sur l’écran quand on procède à une échographie du foetus chez une femme enceinte. Ce n’est pas évident de comprendre ce que l’on perçoit, car c’est différent de ce que je voyais avant [ma cécité], mais la rééducation que j’ai faite avec les intervenants de l’Institut Nazareth et Louis-Braille m’a beaucoup aidée », raconte-t-elle. « On m’a montré comment bouger ma tête, comment interpréter ce que je vois en utilisant les informations que me fournissent tous mes autres sens, comme l’audition, le toucher et l’odorat. »

     

    Les patients chez lesquels on implante Angus II doivent en effet apprendre à interpréter « les traces lumineuses formées de points » que la prothèse leur fait voir. « Ils doivent apprendre à associer ces traces aux images d’objets qu’ils ont conservées dans leur mémoire visuelle. Pour cette raison, la prothèse ne convient qu’aux personnes qui ont perdu la vue et n’est pas adaptée à celles qui sont nées aveugles et qui ne possèdent aucune mémoire visuelle », souligne le Dr Rezende avant d’ajouter avec enthousiasme qu’« après cinq à six mois de réhabilitation visuelle, Mme Cassell pouvait voir le grand E de la charte utilisée pour tester l’acuité visuelle des patients ».

     

    « Il s’agit d’une première génération de prothèse qui stimule toutes les cellules ganglionnaires indifféremment, sans distinction, souligne le spécialiste. Présentement, on essaie de comprendre comment on pourrait mieux communiquer avec les différentes catégories de cellules ganglionnaires, dont certaines sont responsables de la vision des formes et d’autres de la détection des mouvements, notamment. Si on arrivait à activer des catégories spécifiques de cellules rétiniennes en utilisant des patrons de stimulation électrique différents, on pourrait sûrement améliorer grandement la vision des patients, et ce, même avec les technologies disponibles actuellement. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous parvenions à raffiner la vision », dit-il.

     

    Sandra fonde beaucoup d’espoir sur la prochaine génération de prothèse, qui, espère-t-elle, lui permettra de « voir en couleurs et en plus haute définition, ce qui rendrait possible notamment la reconnaissance des visages ».













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