Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Santé

    Sentir les signes avant-coureurs de l’Alzheimer

    Un test d’odeurs permettrait de dépister la maladie jusqu’à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes

    La capacité à identifier des odeurs est une des premières fonctions cognitives que perd une personne à risque de souffrir d’Alzheimer.
    Photo: iStock La capacité à identifier des odeurs est une des premières fonctions cognitives que perd une personne à risque de souffrir d’Alzheimer.

    Une diminution de la capacité à reconnaître des odeurs du quotidien pourrait être un signe avant-coureur du développement de la maladie d’Alzheimer, selon une récente étude réalisée par les chercheurs montréalais du Centre de recherche en prévention de la maladie d’Alzheimer et publiée dans la revue scientifique Neurology.

     

    Cette découverte du centre affilié à l’Institut Douglas et l’Université McGill est majeure, puisqu’elle pourrait permettre de détecter la pathologie jusqu’à 20 ans avant son apparition et de retarder l’apparition des premiers symptômes chez les patients à risque.

     

    La capacité à identifier des odeurs communes, comme celles du citron ou du bois brûlé, est une des premières fonctions cognitives que perd une personne à risque de souffrir d’Alzheimer. Ce phénomène se reflète chez les patientes du directeur adjoint du Centre, le Dr Judes Poirier, qui ont tendance à porter beaucoup de parfum en raison de la perte progressive de leur odorat, rapporte-t-il.

    En chiffres Environ 125 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer au Québec. Ce nombre s’élève à 750 000 pour l’ensemble du Canada. Selon le Dr Jules Poirier, ces données risquent d’augmenter significativement au cours des prochaines années en raison du vieillissement de la population.

    Il avait déjà été démontré que la perte de reconnaissance des odeurs était liée à cette maladie dégénérative. « Dans le cerveau, on a des neurones impliqués dans la mémoire de la même manière qu’elles le sont dans la reconnaissance des odeurs », explique le chercheur qui a découvert le gène principal de la maladie en 1993.

     

    La nouveauté, c’est qu’on peut désormais détecter cette perte de 15 à 20 ans avant le diagnostic de la maladie. « Nos sujets n’avaient aucun problème de mémoire lorsqu’ils ont été recrutés », précise le chercheur.

     

    Pire pour les femmes

     

    Un test d’odeurs a été mené auprès de 274 participants âgés en moyenne de 63 ans et dont un parent a souffert de la maladie, donc à risque d’en souffrir aussi. Pas moins de 74 % d’entre eux sont des femmes, celles-ci étant davantage touchées par l’Alzheimer. « Plus on vieillit, plus le risque pour les femmes est élevé. À 90 ans, l’Alzheimer touche dix femmes pour un homme », explique le Dr Poirier.

     

    Une centaine de participants ont également subi une ponction lombaire, qui permet de recueillir le liquide céphalorachidien, où baignent les cellules mortes du cerveau. « Quand une cellule meurt, elle se vide de son contenu dans cet environnement. Plus il y a de cellules qui meurent, plus la molécule qu’on mesure dans le liquide augmente. »

     

    Les chercheurs ont établi un lien entre la diminution de la reconnaissance des odeurs et la composante du liquide céphalorachidien. « Il y a un lien direct entre cette perte de la capacité à reconnaître des odeurs et l’accumulation des changements purement biologiques associés à la pathologie de l’Alzheimer », explique le Dr Poirier.

     

    Le test d’odeur est plus avantageux que la ponction lombaire, soutient le chercheur. Il est notamment plus abordable, plus agréable pour les patients et il peut être mené par un infirmier.

     

    À ce jour, le prélèvement du liquide céphalorachidien était le moyen le plus fiable de détecter la maladie d’Alzheimer, mais cela pourrait changer. Il faudra toutefois patienter quelques années pour le savoir, prévient le chercheur.

     

    « On va suivre les participants pendant quatre ou cinq ans encore et vérifier la proportion des gens chez qui on a décelé des anomalies qui recevront un diagnostic de la maladie. À ce moment, on pourra dire avec précision, selon les résultats des tests, le pourcentage de chances de l’avoir. »

     

    C’est pourquoi le Dr Poirier parle de cette étude comme de « la phase 1 » d’une plus vaste recherche qui pourrait à terme révolutionner le traitement de l’Alzheimer.

     

    Malgré des centaines d’études sur le sujet, aucun traitement efficace contre l’Alzheimer n’existe à ce jour. La raison ? « Au moment où les symptômes de la maladie se manifestent, une quantité importante de cellules sont déjà mortes. Et on ne répare pas les cellules endommagées du cerveau, contrairement à celles de la peau, par exemple », explique le chercheur.

     

    Ainsi, la clé est de prévenir plutôt que guérir, comme le dit le dicton, puisque le mal est fait lorsque le diagnostic est posé. Selon le chercheur, étant donné que l’Alzheimer touche des personnes en fin de vie, il est réaliste de miser sur le report de l’apparition des symptômes plutôt que sur la guérison.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.