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    Prix Léo-Pariseau — Sciences biologiques et sciences de la santé

    De la recherche pour comprendre le suicide

    22 octobre 2016 | Pierre Vallée - Collaboration spéciale | Science et technologie
    La première étude, parue en 2006, qui a établi la réputation de chercheur de Gustavo Turecki, porte sur les polyamines. Les polyamines sont des composés organiques présents naturellement chez l’humain, mais que l’on ingère aussi par l’alimentation. Les polyamines jouent souvent un rôle de régulateur. « Notre étude a démontré que les polyamines jouaient un rôle dans la gestion du stress chez l’humain. Notre hypothèse est qu’une dysfonction du système polyaminique concernant la gestion du stress est reliée au suicide. »
    Photo: Getty Images La première étude, parue en 2006, qui a établi la réputation de chercheur de Gustavo Turecki, porte sur les polyamines. Les polyamines sont des composés organiques présents naturellement chez l’humain, mais que l’on ingère aussi par l’alimentation. Les polyamines jouent souvent un rôle de régulateur. « Notre étude a démontré que les polyamines jouaient un rôle dans la gestion du stress chez l’humain. Notre hypothèse est qu’une dysfonction du système polyaminique concernant la gestion du stress est reliée au suicide. »
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    En psychiatrie, le suicide n’est pas considéré comme une maladie mentale à proprement parler. De ce fait, par le passé, il y a eu peu de recherche psychiatrique sur le sujet. Le psychiatre et chercheur Gustavo Turecki, lauréat cette année du prix Léo-Parizeau, est l’un de ceux qui ont travaillé à renverser cette situation.

     

    « En psychiatrie, le suicide est considéré comme un comportement. Par contre, il est presque toujours associé à une maladie mentale, notamment la dépression majeure, explique-t-il. En psychiatrie, la recherche a surtout porté sur les maladies mentales, et moins sur les comportements. »

     

    Alors, pourquoi choisir le suicide comme champ de recherche ? « À mon arrivée à Montréal pour faire mon doctorat au milieu des années 1990, le taux de suicide au Québec était très élevé. Le suicide était devenu un enjeu de société et les autorités de santé publique le savaient et voulaient agir. J’ai vu là une occasion d’orienter ma recherche scientifique. Après tout, le suicide est le seul comportement en psychiatrie qui est fatal. »

     

    Né en Argentine, mais éduqué au Brésil, Gustavo Turecki fait d’abord sa médecine avant de se spécialiser en psychiatrie. Il complète sa formation médicale avec une maîtrise en épidémiologie psychiatrique et génétique. Arrivé à Montréal, il étudie et obtient son doctorat en neurosciences et génétique en 1999 à l’université McGill. Aujourd’hui, il est devenu une référence internationale dans le domaine du suicide et, à cet effet, cumule les fonctions. Il est directeur du Département de psychiatrie de l’université McGill, psychiatre traitant à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, fondateur et directeur du Groupe McGill d’études sur le suicide, fondateur et codirecteur de la Banque de cerveaux Douglas–Bell Canada, qui comprend plusieurs échantillons de cerveaux de suicidés, et directeur du Réseau québécois sur le suicide et les troubles de l’humeur et troubles associés.

     

    La recherche scientifique

     

    L’une des facettes de la formation doctorale en neurosciences du docteur Turecki, et aujourd’hui l’un des axes de recherche, est l’épigénétique. L’épigénétique est la branche de la génétique qui se penche spécifiquement sur l’expression des gènes et leurs modifications. L’on sait que le code génétique d’un individu est présent dans chaque cellule, mais l’expression de ce code génétique varie, ce qui explique les fonctions différentes qu’ont et assument les cellules. L’on sait aussi que le phénomène épigénétique est influencé par l’environnement. « Le cerveau est l’organe par excellence qui est constamment en dialogue avec l’environnement. Il apprend de l’environnement pour ensuite être en mesure d’adapter l’organisme à cet environnement, entre autres, par le phénomène épigénétique. »

     

    La première étude, parue en 2006, qui a établi la réputation de chercheur de Gustavo Turecki, porte sur les polyamines. Les polyamines sont des composés organiques présents naturellement chez l’humain, mais que l’on ingère aussi par l’alimentation. Les polyamines jouent souvent un rôle de régulateur. « Notre étude a démontré que les polyamines jouaient un rôle dans la gestion du stress chez l’humain. Notre hypothèse est qu’une dysfonction du système polyaminique concernant la gestion du stress est reliée au suicide. »

     

    Une seconde étude parue en 2009, et qui a valu au docteur Turecki le Prix du scientifique de l’année Radio-Canada, porte sur un phénomène épigénétique et est directement reliée à la maltraitance chez l’enfant. « Nous avons comparé des échantillons de cerveaux de suicidés ayant connu de la maltraitance à l’enfance avec des échantillons de suicidés n’ayant pas connu la maltraitance. Et nous avons remarqué une modification épigénétique des récepteurs glucocorticoïdes à la réponse au stress dans le cerveau de suicidés ayant subi de la maltraitance. Cela nous amène à croire que la maltraitance à l’enfance est un facteur de risque pour le suicide. »

     

    L’approche clinique

     

    Malgré tout l’intérêt que représente la recherche en neurosciences et épigénétique pour Gustavo Turecki, il n’a jamais mis de côté sa pratique de psychiatre clinicien. « J’ai toujours gardé ma pratique clinique, car je trouve qu’il est essentiel d’avoir un contact avec les patients. D’une part, l’on obtient de leur part de la rétroaction, ce qui par la suite peut servir à guider mes recherches. Et d’autre part, lorsqu’on traite un patient et que l’on réussit à le faire aller mieux, c’est très gratifiant sur le plan humain. »

     

    D’ailleurs, sa dernière recherche, parue en 2014, est une recherche à la base d’abord clinique. « En psychiatrie, lorsque vous traitez un patient, vous essayez un traitement en premier. S’il ne fonctionne pas, alors vous en essayez un autre et un autre jusqu’au moment où l’on trouve le traitement qui fonctionne pour ce patient. Cet ajustement du traitement peut être long et pénible pour le patient. Il serait donc intéressant de trouver une façon de déterminer dès le départ quel traitement est le bon. » Cette dernière recherche porte sur une classe de molécules, soit les microARN. Un microARN est un court brin d’ARN qui sert de régulateur post-transcriptionnel et qui a la capacité d’inhiber l’expression d’un gène. Cette recherche a permis d’identifier un microARN qui semble jouer un rôle dans la réponse d’un patient à la prise d’antidépresseurs. « Si notre hypothèse fonctionne, ce microARN pourrait nous permettre de développer un biomarqueur qui servirait à déterminer le bon traitement pour le bon patient. Mais nous sommes encore loin d’en être là. » Cette attitude de prudence et de modestie caractérise l’approche scientifique de Gustavo Turecki. « Mes recherches proposent des pistes vers une meilleure compréhension des mécanismes psychiatriques associés au suicide. Mais, nous sommes encore au début. Pour avoir des réponses définitives, il y a devant nous encore plusieurs années de recherche. »

    La première étude, parue en 2006, qui a établi la réputation de chercheur de Gustavo Turecki, porte sur les polyamines. Les polyamines sont des composés organiques présents naturellement chez l’humain, mais que l’on ingère aussi par l’alimentation. Les polyamines jouent souvent un rôle de régulateur. « Notre étude a démontré que les polyamines jouaient un rôle dans la gestion du stress chez l’humain. Notre hypothèse est qu’une dysfonction du système polyaminique concernant la gestion du stress est reliée au suicide. » Le psychiatre et chercheur Gustavo Turecki












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