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    Regroupement CHUM-CHU Sainte-Justine : un mariage forcé qui doit être annulé

    12 octobre 2017 19h10 | Santé
    Marie Gauthier, Élisabeth Rousseau, Jean-Claude Fouron - Professeurs émérites de pédiatrie, Université de Montréal
    Hervé Blanchard - Professeur émérite de chirurgie, Université de Montréal

    Après deux ans d’une attente conciliante, le 28 août dernier, le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHU Sainte-Justine (CHUSJ) a officiellement demandé au gouvernement du Québec d’annuler la décision prise en septembre 2015 de procéder à la fusion des directions générales et des conseils d’administration (CA) du CHUM et du CHUSJ. Malheureusement, à ce jour, aucune suite n’a été donnée par le gouvernement.


    Comme de nombreux intervenants, nous appuyons fortement cette demande. Plusieurs raisons sous-tendent notre position.


    La décision de regroupement a été prise au moment où le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, avait besoin d’un nouveau p.-d.g. pour le CHUM. Ce « mariage forcé » fut clairement improvisé par le ministre de la Santé et le p.-d.g. du CHUSJ, le Dr Fabrice Brunet. Le tout a été conclu de façon arbitraire, sans consultation et, à notre connaissance, sans analyse des conséquences possibles à moyen et long terme.


    Les raisons avancées pour expliquer le regroupement sont injustifiées. Le motif principal invoqué, soit faciliter la continuité des soins de l’enfance à l’âge adulte, n’a pas de fondement valable. Par ailleurs, lors de l’annonce du regroupement en 2015, le ministre de la Santé a eu recours à certaines comparaisons pour justifier sa décision, dont l’une avec l’Université Harvard. Précisons les faits. En 1999, le Massachusetts General Hospital a transformé son service de pédiatrie en hôpital, le Massachusetts General Hospital for Children. Cet établissement assure quelques programmes de formation en pédiatrie surspécialisée, mais il ne s’agit pas d’un hôpital de soins tertiaires pédiatriques. C’est le Boston Children’s Hospital qui est le vaisseau amiral de la pédiatrie à Boston ; il est affilié à Harvard, mais c’est un hôpital autonome, non intégré à un ou des hôpitaux pour adultes. Il est dangereux de faire des comparaisons boiteuses, car cela peut tromper la population.


    Aucune retombée positive


    À notre connaissance, le regroupement n’a eu aucune retombée positive à date en ce qui a trait aux soins des enfants. Le CHUSJ n’a plus qu’un p.-d.g. à mi-temps, et les représentants du CHUSJ aux réunions du CA regroupé n’ont droit de vote qu’une fois sur deux.


    L’hôpital pédiatrique ou mère-enfant autonome, comme l’était le CHUSJ avant le regroupement, est un modèle de gouvernance qui permet, entre autres avantages, d’éviter la compétition pour les ressources entre la médecine pour adultes et celle pour enfants. Ainsi, l’Ontario et la Colombie-Britannique disposent d’hôpitaux pédiatriques ou mère-enfant autonomes. Huit des dix établissements de soins pédiatriques les mieux classés actuellement aux États-Unis sont également autonomes. L’Australie compte cinq établissements de ce type et le Royaume-Uni en compte trois, dont le Great Ormond Street Hospital, l’un des meilleurs hôpitaux pour enfants au monde.


    Le CHUSJ est un hôpital centenaire qui fait, à juste titre, la fierté des Québécois. Il s’est consolidé grâce au transfert du département d’obstétrique de l’hôpital de la Miséricorde en 1974, devenant le 1er hôpital mère-enfant au Canada, puis grâce à l’intégration de l’hôpital Marie Enfant en 1997, ce qui a permis d’optimiser le continuum entre les soins aigus et la réadaptation pédiatrique. Au fil des décennies, il a acquis une expertise reconnue sur le plan international, entre autres dans la francophonie. Les médecins du CHUSJ qui demandent d’annuler la décision gouvernementale ne veulent pas « revenir en arrière », mais continuer à aller de l’avant avec une formule gagnante pour les enfants.


    Pour toutes ces raisons, nous sommes d’avis que la décision de regroupement doit être annulée. En tant qu’aînés ayant longtemps oeuvré au CHUSJ comme cliniciens, nous sommes légataires de ce que les bâtisseurs de cet établissement ont construit. C’est pourquoi nous prenons la parole aujourd’hui. Nous aurions espéré — et il en est certainement de même pour les parents du Québec — beaucoup plus de rigueur et de vision de la part des instances gouvernementales au moment de prendre des décisions pouvant influer sur l’avenir d’une institution phare comme le CHUSJ.













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