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    Opioïdes: le côté sombre de la pilule miracle

    Denise Vachon, 72 ans, narcodépendante, honteuse et en colère

    30 septembre 2017 |Améli Pineda | Santé
    Les opioïdes ont calmé ses douleurs, mais Denise Vachon en est devenue dépendante.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les opioïdes ont calmé ses douleurs, mais Denise Vachon en est devenue dépendante.

    Après avoir passé sa vie à supporter les atroces douleurs causées par sa polyarthrite, Denise Vachon a pratiquement remercié son médecin lorsqu’il lui a présenté le « médicament miracle » qui allait non seulement soulager ses souffrances, mais aussi freiner sa maladie : l’oxycodone. Sept ans après avoir commencé à prendre cet opioïde, la femme de 72 ans est aujourd’hui considérée comme narcodépendante.

     

    « C’est une étiquette difficile à porter. Pour moi, la dépendance aux drogues, c’était la rue, l’itinérance. Moi, j’ai accepté de prendre un médicament pour être fonctionnelle et aujourd’hui, je ne peux plus arrêter », explique l’ancienne enseignante.

     

    Rencontrée dans sa maison de la Rive-Sud où elle vit seule avec sa chienne Bnje, Denise Vachon est un des nombreux visages de la crise des opioïdes.

     

    Elle n’avait jamais touché à de la drogue de sa vie, mais à l’âge de 65 ans, la maladie l’a amenée à accepter un « cocktail » de médicaments au coeur duquel se retrouve l’oxycodone. Cet analgésique dérivé de l’opium est aujourd’hui connu pour avoir créé une forte dépendance chez plusieurs de ses utilisateurs, à qui ces risques n’ont jamais été divulgués.

     

    « L’oxycodone m’a été présenté comme un médicament miraculeux. On m’a dit qu’on n’avait que des résultats positifs, que ça n’allait pas juste apaiser la douleur, mais que ça allait l’enlever également, se souvient Denise Vachon, la voix empreinte de ressentiment. On ne m’a jamais dit que ça allait me rendre narcodépendante. »

     

    Denise Vachon était âgée de 25 ans lorsqu’on lui a diagnostiqué sa polyarthrite. À l’époque, elle travaillait auprès d’enfants à mobilité réduite. « Mon travail demandait beaucoup de déplacements. Je devais transférer les enfants d’une chaise à l’autre. C’était souvent des jeunes qui n’avaient aucun tonus musculaire et que je devais pratiquement porter sur moi. La polyarthrite sommeillait et elle s’est réveillée », explique-t-elle.

     

    Jusqu’à l’âge de 50 ans, elle a subi des traitements, mais on ne lui avait jusque-là jamais prescrit d’opioïdes.

     

    Dans les années 2000, elle a combattu un cancer du sein et c’est en 2009, lorsque ses médecins ont cru à une récidive, qu’ils lui ont prescrit des opioïdes. « On s’est rendu compte que, finalement, ce n’était pas le cancer qui revenait mais bien la douleur qui se réinstallait, et c’est à ce moment-là qu’on m’a parlé de l’oxycodone », indique-t-elle.

     

    Depuis, la routine de Mme Vachon comprend 150 mg d’oxycodone par jour. « 70 mg le matin, 70 mg le soir et un petit extra de 10 mg pendant la nuit quand la douleur me réveille », souligne-t-elle.

     

    À ces comprimés s’ajoute une panoplie d’autres médicaments pour soulager ses maux. Depuis presque trois ans, du cannabis médical est aussi venu s’ajouter à sa médication. « J’en prends une dizaine [de médicaments], c’est ce qui me maintient présentable. Si j’oublie de les prendre, je peux sauter une coche. Je deviens bête, je suis agressive et pas parlable. Le manque provoque en moi une intolérance que je n’avais jamais ressentie. Je me sens agressée de toutes parts », confie la dame.

     

    Depuis que la crise des opioïdes a éclaté, Denise Vachon se sent trahie. Elle réalise ne pas être la seule à s’être fait promettre une vie meilleure qui s’est finalement avérée être un cauchemar. « Les médecins, ce sont des sommités, des personnes ressources, des gens à qui tu fais confiance parce qu’ils sont pratiquement les seules personnes qui peuvent te soulager. Je trouve ça choquant que, pendant des années, ils n’aient pas eu de difficulté à prescrire [de l’oxycodone]. On dirait qu’ils nous ont pris pour des cobayes », mentionne-t-elle avec colère.

     

    Le plus difficile, c’est d’accepter de faire partie de cette crise qui n’épargne personne. « Je ne suis pas une fille à drogues. Je n’ai jamais consommé, même pas la cigarette. Lorsque j’ai su que j’étais narcodépendante, j’ai eu honte, ça m’a fait de la peine de réaliser que je n’étais plus en contrôle », dit-elle.

     

    Comme plusieurs, la dame a toujours associé les problèmes de dépendance à l’image des junkies. « Ça m’a surprise de voir que je rentrais dans la catégorie des gens qui n’ont plus le contrôle. […] Personne ne m’a dit que si un jour je voulais arrêter, j’allais sauter au plafond et devenir agressive », dit-elle.

     

    La femme connue pour sa douceur peut toutefois changer d’humeur, au point de chasser ses amies de chez elle si elle se trompe dans sa posologie. « L’oxycodone apaise vraiment mon mal, mais ce n’est pas vrai qu’il le fait sans conséquence. Je ne peux pas oublier de prendre une dose, sinon je ne me reconnais plus », explique-t-elle.

     

    À son âge, Denise Vachon estime ne plus avoir la force d’arrêter de prendre des opioïdes. « Si on m’avait dit dès le début que ça allait développer une accoutumance et que j’allais devenir narcodépendante, je ne crois pas que j’aurais accepté de le prendre », confie-t-elle.













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