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    Atteinte d’arthrose sévère, Francine peut continuer à vivre grâce aux opioïdes

    30 septembre 2017 |Annabelle Caillou | Santé
    Francine St-Hilaire prend chaque jour ses comprimés afin de diminuer la douleur avec laquelle elle doit composer au quotidien, mais elle ne se considère pas comme dépendante pour autant.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Francine St-Hilaire prend chaque jour ses comprimés afin de diminuer la douleur avec laquelle elle doit composer au quotidien, mais elle ne se considère pas comme dépendante pour autant.

    Depuis une opération aux mains qui a mal tourné, Francine St-Hilaire prend chaque jour ses « petites pilules jaunes » pour diminuer la douleur avec laquelle elle doit composer au quotidien. Refusant d’imaginer sa vie sans ses prescriptions d’opioïdes, elle ne se considère pas pour autant comme dépendante.

     

    « La dépendance psychologique ? Moi je ne l’ai pas. Mes pilules, je peux en prendre six dans une journée selon la prescription. Moi, je me contente de cinq. Il y a des jours où seules quatre suffisent. On ne prend pas ça pour le plaisir », confie la femme de 66 ans.

     

    À l’aube de ses 50 ans, atteinte d’une arthrose « très sévère » qui l’empêchait de déplier ses mains et lui faisait souffrir le martyre, Mme St-Hilaire a décidé de subir une intervention chirurgicale, malgré sa complexité.

     

    La douleur était trop forte et empêchait la chargée de cours au Département de mathématiques de l’UQAM de s’épanouir dans son métier. « Quand les cours finissaient, je me tournais vers le tableau en pleurant, tellement j’avais mal. Je ne voulais pas que mes étudiants me voient. […] Quand on pleure de douleur, après avoir eu du fun à donner un cours, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas », raconte-t-elle, la voix pleine d’émotion.

     

    Mais l’opération n’a pas eu le résultat escompté. « J’ai fait l’équivalent d’un rejet, les nerfs ont été atteints », explique-t-elle en montrant ses mains, légèrement tremblantes, tenues par des attelles.

     

    L’hydromorphone — connue sous son nom commercial Dilaudid — que son médecin lui prescrit, et dont la dose n’a jamais été augmentée, ne fait que diminuer ses douleurs chroniques, « ça ne les soulage pas totalement ».

     

    Loin de s’apitoyer sur son sort, Francine St-Hilaire s’estime chanceuse de pouvoir « fonctionner au quotidien en dépit de la douleur ». Après tout, elle s’est habituée avec le temps, souffrant depuis son plus jeune âge d’arthrite juvénile. « Il y a 60 ans, quand tu avais mal, t’en parlais pas, la douleur c’était pour les vieux, donc on endurait. […] Même si ça ne paraît pas, on a tous appris à mettre un masque. »

     

    Son traitement à base d’opioïdes l’a toutefois aidée à retrouver une certaine qualité de vie, reconnaît-elle.

    Une journée, j’ai oublié de prendre mes pilules parce que j’avais pas trop mal. Et ça, c’est incroyable comme sensation, de ressentir qu’on n’en a pas besoin.
    Francine St-Hilaire

    Inquiétudes

     

    Tandis que la crise des opioïdes prend de l’ampleur au Québec, la sexagénaire s’inquiète de la réaction qu’adoptera le gouvernement. Elle craint que les opiacés ne soient plus remboursés — comme en Ontario —, que Québec limite les quantités prescrites, voire, pire, qu’il les interdise.

     

    À ses yeux, les gens ont peur de ce qu’ils lisent dans les journaux et font des amalgames. Pourtant, selon elle, le problème vient surtout du fentanyl, cette drogue jusqu’à 100 fois plus puissante que la morphine, qui se retrouve dans la rue.

     

    Elle se souvient d’en avoir pris une fois : malade, les vomissements l’empêchaient de prendre ses comprimés. « Mon médecin m’a prescrit une petite dose de fentanyl en timbre. Je n’étais pas capable. Je sais pas ce que ça m’a fait, mais mon mari m’a dit : “Ne touche plus à ça, j’ai l’impression que tu délires.” »

     

    Et c’est cette image de drogue dure qui reste dans la tête des gens, dont certains de ses amis qu’elle a dû écarter de sa vie. « [Ils] me disaient : “faut que tu arrêtes, tu vas être stone.” Ils pensent qu’on prend ça et qu’on va avoir des high. Je sais pas ce que c’est un high, j’ai toujours mal. »

     

    En y repensant, le high de sa vie, elle s’en souvient plutôt ainsi : « C’était une journée ensoleillée, en fin d’après-midi. J’ai oublié de prendre mes pilules parce que j’avais pas trop mal. Et ça, c’est incroyable comme sensation, de ressentir qu’on n’en a pas besoin. »













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