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    Surcharge de travail chez les infirmières: un enjeu humain

    8 octobre 2016 | Takwa Souissi - Collaboration spéciale | Santé
    Quand on parle de surcharge de travail, on parle notamment d’une plus grande charge liée à l’augmentation de la clientèle et des besoins grandissants. Le vieillissement de la population n’est évidemment pas étranger à cette équation. Or, avec cette augmentation des patients est apparue une augmentation des compressions budgétaires.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quand on parle de surcharge de travail, on parle notamment d’une plus grande charge liée à l’augmentation de la clientèle et des besoins grandissants. Le vieillissement de la population n’est évidemment pas étranger à cette équation. Or, avec cette augmentation des patients est apparue une augmentation des compressions budgétaires.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 

    Travailler de très longues et nombreuses heures, c’est le quotidien des infirmières et infirmiers au Québec. Et ce dévouement a un prix. Portrait d’un métier où l’on ne s’arrête pas longtemps pour respirer.


    Ce n’est pas d’hier que le problème de la surcharge de travail des infirmiers et infirmières a fait son apparition. Depuis plusieurs années, plus précisément depuis le début des années 2000, ces professionnels de la santé décrient la surcharge de travail qui leur incombe. « Au début, la cause de cette surcharge était directement liée à la pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine. Cette pénurie est toujours présente, mais moins intense, indique Nadine Lambert, infirmière et vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN). Aujourd’hui, la charge de travail est plutôt reliée aux décisions politiques, aux réformes du ministre Barrette. C’est une conséquence directe du désinvestissement en santé », affirme celle qui est également responsable du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires du syndicat.

     

    Quand on parle de surcharge de travail, on parle notamment d’une plus grande charge liée à l’augmentation de la clientèle et des besoins grandissants. Le vieillissement de la population n’est évidemment pas étranger à cette équation. Or, avec cette augmentation des patients est apparue une augmentation des compressions budgétaires. « Il y a eu des coupes de plusieurs milliards de dollars depuis plusieurs années, et ça n’arrête pas. Ces coupes ont un effet direct sur la prestation des soins et sur la population », ajoute Nadine Lambert.

     

    Concrètement, les effets de ce manque d’argent se traduisent par des réductions de personnel, par exemple. Ainsi, les personnes absentes ne seront pas remplacées, et les heures supplémentaires se voient réduites au maximum. Parallèlement, on demande aux infirmières et aux infirmières auxiliaires de prendre en charge plus de clientèle afin de réussir à répondre à la demande.

     

    Couper ici pour dépenser là

     

    Ironiquement, à trop vouloir couper, on finit souvent par créer plus de dépenses. Sans compter le coût humain. « Nous sommes souvent obligées de répondre aux soins de base urgents, en délaissant le volet psychosocial », déplore la vice-présidente de la FSSS-CSN. Or, c’est un cercle vicieux qui s’enclenche. « Quand on saute une étape qui n’a pas l’air super importante, l’épisode de soins est souvent plus long. Ce sont de fausses économies », constate-t-elle.

     

    Par exemple, en prenant le temps de discuter avec un patient en proie à une crise d’anxiété, il est possible de le calmer et d’éviter une médication supplémentaire. « C’est aussi la meilleure manière de voir venir certains problèmes, comme des crises de violence. C’est d’ailleurs quelque chose qui effraie les infirmières », ajoute Nadine Lambert.

     

    Il faut dire que la notion de peur n’est pas étrangère à la problématique de surcharge de travail chez les professionnels de la santé. L’an dernier, le professeur Patrick Martin, de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, en était arrivé à ce même constat dans le cadre de sa thèse de doctorat. Après avoir parlé à une quarantaine d’infirmières du Québec, de différents milieux, il remarque que ces dernières ont notamment très peur des erreurs qu’elles pourraient commettre à trop vouloir en faire. « Oui, il y a la peur des répercussions professionnelles de ces erreurs, mais il y a avant tout le côté humain. On travaille avec des personnes, alors les erreurs peuvent être lourdes de conséquences. Et nous avons une conscience », souligne Nadine Lambert.

     

    Autre conséquence directe des compressions, qui entraîne également des répercussions économiques : l’augmentation des accidents de travail chez les professionnels de la santé. Les infirmières sont particulièrement touchées par des accidents musculosquelettiques. Les épisodes d’épuisement professionnel mènent également à de longs congés, qui finissent par coûter cher à la société. Essayer d’aller vite, tout le temps, a certainement un prix.

     

    Pour un réinvestissement intelligent

     

    Ce que la représentante du syndicat réclame au nom de sa profession, ce n’est ni plus ni moins qu’un réinvestissement en santé, et aux bons endroits. Il y a quelques mois, le ministre Barrette a par ailleurs annoncé l’injection de 2,2 millions supplémentaires dans l’amélioration des soins à domicile. La somme permettra d’ajouter 5400 personnes aux 91 000 qui reçoivent déjà des services à domicile et permettra de former 4500 nouveaux préposés. Pour la vice-présidente de la FSSS-CSN, ce n’est pas nécessairement assez. « Le problème, c’est que l’argent se retrouve dans les entreprises sociales, où il n’y a pas d’encadrement pour la qualité des soins. Il aurait plutôt fallu investir dans les CLSC et les services publics », affirme-t-elle, en soulignant que certains services sociaux publics sont même en voie de disparition, faute de fonds.

     

    Pire encore, Nadine Lambert croit que les plus grands bénéficiaires économiques de ces politiques d’austérité sont les compagnies pharmaceutiques et les entreprises privées. « On est en train de retourner vers les années 1960, avec un système hospitalocentriste. Sauf que l’hôpital, c’est ça qui coûte le plus cher ! » redoute l’infirmière de formation.

     

    Les infirmiers, les infirmières et le personnel infirmier auxiliaire sont au moins certains de pouvoir compter sur l’appui de la population pour leurs revendications. Dans un sondage exclusif mené par la firme CROP à la demande de la Centrale syndicale du Québec (CSQ) en mai dernier, on apprend que 90 % des répondants considèrent que le personnel infirmier manque de temps pour effectuer un bon suivi et répondre aux questions des patients, et 80 % jugent qu’ils ont moins d’accès aux soins de santé. Pour 91 % de la population, le personnel infirmier représente le visage humain du système de santé.

     

    Un visage que ces professionnels comptent bien continuer à promouvoir et à protéger.













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