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    La crise d’Octobre selon la CBC: leur «histoire de nous»

    17 mai 2017 | Sol Zanetti - Chef d’Option nationale | Médias
    Lorsqu’il s’agit de parler de l’indépendance du Québec, la minorité opprimée passe rapidement du rôle de héros civique à celui d’extrémiste violent, estime l'auteur.
    Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Lorsqu’il s’agit de parler de l’indépendance du Québec, la minorité opprimée passe rapidement du rôle de héros civique à celui d’extrémiste violent, estime l'auteur.

    Dimanche dernier était diffusé sur les ondes de la CBC un épisode de Canada : The Story of Us mettant en vedette les différents « changemakers » (acteurs de changement) qui ont contribué à « redéfinir le Canada » d’aujourd’hui.

     

    J’ai beaucoup d’admiration pour la figure de Viola Desmond, la femme noire néo-écossaise qui s’est battue pour une véritable reconnaissance des droits des Noirs au Canada, ou encore pour Stanley Redcrow, l’homme cri qui a contribué à redonner à sa communauté le contrôle sur l’éducation de ses enfants après la fermeture des pensionnats autochtones.

     

    Mais lorsqu’il s’agit de parler de l’indépendance du Québec, la minorité opprimée passe rapidement du rôle de héros civique à celui d’extrémiste violent.

     

    La dernière capsule de l’épisode concerne en effet la montée de l’indépendantisme québécois à partir des années 1960. Vu l’espace qu’il occupe et la présentation qui en est faite, le Front de libération du Québec (FLQ) a l’air du principal mouvement représentant ce vaste désir d’émancipation. On montre des foules scandant son nom, on explique que ses membres posaient des bombes, qu’ils enlevaient des dignitaires et qu’ils ont même tué un ministre.

     

    Pas un mot sur la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), pas un mot sur le Ralliement national (RN), pas un mot sur la fondation du Mouvement souveraineté-association (MSA) et du Parti québécois (PQ). Le récit canadien occulte complètement le caractère éminemment démocratique et progressiste du mouvement souverainiste des années 1960.

    La CBC réussit à présenter René Lévesque comme un des acteurs de changement qui ont redéfini le Canada

    Le FLQ n’empruntait pas la voie de la démocratie, car ses membres n’y croyaient plus dans le cadre canadien. Ils ont bel et bien utilisé la violence, ce qui était assurément une très mauvaise stratégie. Quoi qu’il en soit, les méthodes du FLQ n’avaient pas l’appui populaire que l’épisode de la CBC semble suggérer. Il s’agissait d’un groupe marginal qui contrastait avec le caractère profondément démocratique de l’ensemble du mouvement.

     

    Une fois les événements d’octobre relatés, on passe tout de suite à l’élection de René Lévesque en 1976 et à l’instauration de la loi 101, qui aurait, si on en croit la série, réglé la question linguistique pour de bon au Québec. Bref, la CBC réussit à présenter René Lévesque comme un des acteurs de changement qui ont redéfini le Canada. Si ce n’est pas là un cas grossier de récupération historique, je me demande bien ce que c’est.

     

    Ce que la série ne dit pas, c’est que le FLQ a aussi été infiltré en profondeur par les services secrets canadiens, dont les agents ont incité des militants à commettre des actes violents et dont certains ont même posé des bombes directement, dans le but de justifier une répression violente de l’indépendantisme et d’entacher l’image du mouvement. À ceux qui trouvent que cela ressemble à une obscure théorie du complot, je vous invite à visionner le documentaire intitulé La guerre secrète contre l’indépendance du Québec, réalisé par Canal D, ou à lire les sections publiques des rapports des commissions Macdonald et Keable.

     

    La propagande canadienne d’aujourd’hui est beaucoup plus subtile que la propagande nazie ou communiste du XXe siècle. Elle ne se caractérise pas d’abord par le martèlement de mensonges faciles à contredire, mais plutôt par la dissimulation de larges pans de vérité et la création de fausses impressions. Que la CBC décide de raconter au monde sa version tronquée de cette « histoire de nous » me choque, mais savoir qu’elle le fait avec l’argent de nos impôts me scandalise encore davantage.













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