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    Un nouveau drame frappe les Rohingyas

    Au moins 14 réfugiés ont perdu la vie dans le naufrage d’un bateau fuyant le Myanmar

    10 octobre 2017 | Alexandre Marchand - Agence France-Presse à Shah Porir Dwip | Éthique et religion
    Des réfugiés rohingyas traversaient lundi la rivière Naf, qui relie le Myanmar au Bangladesh. Ils sont environ 2000 à s’exiler chaque jour, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Des réfugiés rohingyas traversaient lundi la rivière Naf, qui relie le Myanmar au Bangladesh. Ils sont environ 2000 à s’exiler chaque jour, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

    Au moins 14 Rohingyas sont morts et des dizaines portés disparus lundi après le naufrage du bateau à bord duquel ils avaient fui le Myanmar, nouveau drame d’une crise ayant poussé plus d’un demi-million de réfugiés vers le Bangladesh en six semaines.

     

    Les garde-côtes du Bangladesh ont récupéré les corps de 11 enfants, deux femmes et un homme. Les dépouilles ont été transportées sur le rivage de Shah Porir Dwip, localité à la pointe sud de ce pays pauvre d’Asie du Sud.

     

    Le nombre exact de disparus est inconnu. Selon les témoignages, entre 60 et 100 personnes se trouvaient à bord de l’embarcation qui a chaviré dans une mer houleuse. Treize ont été secourues du côté bangladais et certaines auraient pu nager jusqu’à la rive myanmaraise.

     

    Sous un soleil de plomb de mi-journée, sept des noyés, enveloppés dans des draps, ont été mis en terre dans un cimetière envahi d’herbes sauvages.

     

    Aux côtés des fossoyeurs, Alif Jukhar bêchait la terre à main nue pour recouvrir les corps. Ce Rohingya, réfugié de longue date au Bangladesh, avait treize membres de sa famille à bord de l’embarcation.

     

    Au lieu d’être réuni avec eux pour la première fois depuis trois décennies, il n’aura retrouvé ses proches que pour les enterrer.

     

    « Hier, j’ai eu mes parents au téléphone, ils m’ont dit qu’ils allaient arriver à Shah Porir Dwip demain », a-t-il dit à l’AFP entre deux sanglots.

     

    Peu après, ravagé par la douleur, l’homme s’effondrait au milieu du cimetière, hurlant.

     

    C’est le visage également couvert de larmes que Sayed Hossain, survivant du naufrage, regardait son fils de deux ans être emmené vers le cimetière.

     

    « Nous sommes partis vers 18 h [dimanche soir]. Nous n’avions pas d’autre choix que de quitter notre village » au Myanmar, a-t-il déclaré.

     

    L’armée y « restreint nos déplacements. Beaucoup de gens sont affamés, car nous ne pouvons même pas aller dans des commerces ou au marché pour acheter de la nourriture », a-t-il décrit.

     

    Au moins 150 Rohingyas ont trouvé la mort depuis fin août en tentant la traversée, périlleuse en cette saison de mousson, entre le Myanmar et le Bangladesh.

     

    Fin de la trêve

     

    L’ONU estime que l’armée myanmaraise et les milices bouddhistes se livrent à une épuration ethnique contre la minorité musulmane.

     

    Accusée d’incendier des villages pour inciter les Rohingyas au départ, l’armée myanmaraise répond en mettant en cause les rebelles rohingyas eux-mêmes. Des accusations invérifiables puisque les autorités myanmaraises interdisent l’accès à la zone de conflit.

     

    Si le flux s’est ralenti par rapport à début septembre, l’exode des Rohingyas vers le Bangladesh continue cependant, principalement en raison du manque de nourriture dans l’ouest du Myanmar, où la souffrance est « inimaginable », selon l’ONU.

     

    Environ 2000 réfugiés continuent à arriver chaque jour, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Et la crise ne donne pas de signes d’amélioration : les rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) ont rappelé samedi que le cessez-le-feu unilatéral d’un mois, déclaré le 10 septembre, s’achevait lundi soir à minuit.

     

    Une nouvelle flambée de violences relancerait l’exode vers le Bangladesh et y aggraverait la crise humanitaire.

     

    « Si le cessez-le-feu s’arrêtait, l’armée recommencerait les atrocités », redoutait Shah Alam, un réfugié rohingya rencontré par l’AFP près de Teknaf, arrivé dimanche soir par bateau au Bangladesh.

     

    Confiance « irrévocable »

     

    Alors que les réfugiés vivent dans des conditions sanitaires déplorables, abrités sous des bâches de plastique et sans toilettes en nombre suffisant, l’ONU s’inquiète du projet d’extension du camp de Kutupalong, où vivent déjà plus de 300 000 réfugiés Rohingyas. Sa capacité pourrait être portée à 800 000 places, pour faire face à une crise partie pour durer.

     

    Pendant ce temps, au Myanmar, le ressentiment envers la communauté internationale, accusée de parti pris pro-rohingya, reste fort.

     

    Le journal officiel Global New Light of Myanmar rapportait en une l’opération de protestation contre le retrait du portrait de Aung San Suu Kyi, la dirigeante du Myanmar et Prix Nobel de la paix, des murs de l’Université d’Oxford.

     

    Des peintres myanmarais se sont réunis pour peindre celle qui reste une icône dans son pays, où il est commun de l’appeler « mère ».

     

    « Notre confiance totale en notre mère est irrévocable », dit U Nay Aung Shu, de l’Association des artistes traditionnels.

     

    Aung San Suu Kyi est très critiquée à l’étranger pour son peu d’empathie envers les Rohingyas, considérés comme une des minorités les plus persécutées au monde, dans ce pays marqué par un fort nationalisme bouddhiste.

     

    Elle doit composer avec une armée qui reste très puissante, malgré l’autodissolution de la junte en 2011, ainsi qu’une opinion publique largement xénophobe et anti-musulmane.













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