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    «Nous ne nous laisserons pas faire»

    Les musulmans d’Amérique entre peur et optimisme

    20 mars 2017 | Nova Safo - Agence France-Presse à Chicago | Éthique et religion
    Inquiètes à cause du décret migratoire de Trump, des familles musulmanes ont rencontré des avocats.
    Photo: Paul J. Richards Agence France-Presse Inquiètes à cause du décret migratoire de Trump, des familles musulmanes ont rencontré des avocats.

    Devant les convives en grande tenue, presque tous musulmans, Ahmed Rehab se dirige vers un pupitre et se lance dans un virulent discours contre le nouveau gouvernement Trump, porteur des craintes mais aussi des espoirs de sa communauté.

     

    « Ce combat n’est pas seulement le nôtre, c’est le combat de l’Amérique », s’exclame-t-il devant quelque 1200 invités, venus pour une collecte de fonds au bénéfice du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) de Chicago, qu’il préside.

     

    « Quand vous regardez ceux qui essaient d’interdire aux bonnes personnes d’entrer dans ce pays, […] les personnes qui n’ont commis d’autre crime que d’être musulmanes […], nous ne nous laisserons pas faire », lance Ahmed Rehab, sous un tonnerre d’applaudissements.

     

    Les musulmans aux États-Unis sont contre le second décret de Donald Trump, actuellement bloqué par la justice, qui interdit temporairement l’entrée aux États-Unis des ressortissants de six pays à majorité musulmane (Iran, Libye, Syrie, Somalie, Soudan et Yémen). Mais ils craignent aussi une montée de l’islamophobie ou d’être spécifiquement visés par le nouveau gouvernement.

    Photo: Joshua Lott Agence France-Presse Ahmed Rehab préside le Conseil des relations américano-islamiques de Chicago.

    « Il y a une vraie crainte de ce qui va advenir par la suite, de ce qui va se passer, de qui sera visé », explique Louise Cainkar, présidente de l’Arab American Studies Association et auteure d’un livre sur la manière dont les politiques gouvernementales après les attentats du 11 septembre 2001 ont affecté les communautés arabes et musulmanes aux États-Unis.

     

    Davantage d’attaques islamophobes

     

    « On a le sentiment qu’ils vont encore une fois s’attaquer aux associations, et sans doute surveiller les mosquées, des choses qui se sont déjà produites par le passé », prédit-elle.

     

    Les convives qui écoutent Ahmed Rehab sont partagés entre inquiétude et optimisme. « Mes enfants sont tous américains », explique Fraheen Hashmi, une pharmacienne de 36 ans, mère de quatre enfants. « C’est vraiment effrayant de les élever dans cet environnement », dit-elle, inquiète qu’ils puissent être gênés par leur religion ou avoir peur de se dire musulmans.

     

    Zayna Saadeh est soucieuse elle aussi. Cette immigrée palestinienne de 59 ans vit aux États-Unis depuis 40 ans. Mais maintenant elle ferme à clé la porte de son magasin de vêtements par crainte d’une attaque islamophobe. Elle ne l’ouvre que si quelqu’un sonne. « Nous ne sommes pas étrangers, dit-elle, maisc’est ce que nous ressentons souvent désormais. »

     

    L’an dernier, le nombre d’organisations islamophobes a triplé, selon le Southern Poverty Law Center, qui recense les groupes extrémistes. Et en 2015, le nombre d’actes islamophobes a augmenté de 67 %, selon le FBI. Des chiffres qui pourraient continuer à augmenter compte tenu des nouveaux incidents qui sont relatés.

     

    Le mois dernier, un incendie a ravagé une mosquée en Floride, et un homme dans le Kansas a été accusé d’avoir tiré sur deux Indiens qu’il avait confondus avec des ressortissants du Moyen-Orient, tuant l’un d’entre eux.

     

    Cette semaine, une personne a disséminé des exemplaires déchirés du Coran, le livre sacré des musulmans, autour d’une mosquée à Tucson, dans l’Arizona, selon le centre islamique de la ville.

     

    De nouveaux alliés

     

    La multiplication des menaces et des actes islamophobes a toutefois réussi une chose : rassembler les musulmans et leurs soutiens.

     

    Ahmed Rehab a salué les nouveaux alliés de sa communauté, comme les avocats non musulmans venus aider les voyageurs bloqués dans les aéroports après la signature du premier décret migratoire de Trump le 27 janvier, qui interdisait l’entrée des États-Unis à sept pays musulmans et avait provoqué le chaos aux frontières du pays.

     

    « Mes amis, vous représentez le meilleur de l’Amérique », a-t-il dit. Des invités ont fait écho à son optimisme. « Le négatif peut devenir du positif, et c’est ce à quoi nous assistons maintenant », témoigne Akif Ali, 36 ans, né à Houston, au Texas.

     

    « Le meilleur de tout ça c’est que l’opinion américaine est devenue très généreuse avec nous », renchérit Saqib Khan, un avocat américain d’origine pakistanaise.

     

    Illustration de ce soutien grandissant, une trentaine de personnes de toutes obédiences et qui défendaient des causes variées ont assisté à l’église épiscopalienne Grace de Chicago à une présentation sur l’islamophobie. « Beaucoup de gens qui ne sont pas musulmans regardent l’actualité et cherchent à nous soutenir », a déclaré à cette réunion Sofia Sami, une jeune femme de 24 ans d’origine indienne, qui porte le hidjab, le voile des musulmanes.

     

    À Chicago, le CAIR a aussi recruté des centaines de volontaires, étendu son réseau et organisé des formations sur les droits des musulmans, selon Hoda Katebi, porte-parole de l’organisme à Chicago.













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