Les États sont appelés à en faire plus pour le climat

La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, n’était pas présente à Montréal mercredi matin. Elle a seulement livré un bref message par l’entremise d’une vidéo préenregistrée.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, n’était pas présente à Montréal mercredi matin. Elle a seulement livré un bref message par l’entremise d’une vidéo préenregistrée.

Près de deux ans après l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays signataires sont toujours nettement insuffisants pour espérer limiter les bouleversements climatiques, prévient Youba Sokona, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

 

« Si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici la fin du siècle, il nous faut des réductions radicales des émissions de gaz à effet de serre. Il faut même décarboniser totalement notre économie, en commençant par le secteur de l’énergie », a-t-il expliqué au Devoir, en marge de l’ouverture de la 46e réunion de travail du GIEC, qui se tient à Montréal.

 

« Malheureusement, a ajouté M. Sokona, les informations disponibles indiquent que nous ne sommes pas sur cette trajectoire. » Pour y parvenir, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100). Mais même le respect de cet objectif de limiter le réchauffement global à 2 °C d’ici 2100 serait « problématique », selon les données scientifiques présentées en matinée mercredi par des représentants du GIEC.

Si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici la fin du siècle, il nous faut des réductions radicales des émissions de gaz à effet de serre. Il faut même décarboniser totalement notre économie.

 

Une telle hausse aurait en effet des impacts sur les productions agricoles de certaines régions du monde, notamment pour des pays déjà défavorisés. Qui plus est, d’un à deux milliards de personnes de plus souffriraient d’un manque d’accès à l’eau. Sans oublier une accélération de la fonte du pergélisol et une augmentation des inondations côtières et des tempêtes.

  

Climat et ouragans

 

Youba Sokona n’a toutefois pas voulu lier les récents ouragans à un phénomène directement imputable aux bouleversements du climat. « Le constat est que nous avons de plus en plus d’événements extrêmes dont l’amplitude est de plus en plus forte, et à des fréquences beaucoup plus rapprochées. Ça pourrait être lié à la réalité des changements climatiques. »

 

Le vice-président du GIEC a donc rappelé l’urgence d’agir, d’autant plus que les impacts d’un climat planétaire perturbé se font déjà sentir « sur tous les continents et dans les océans ».

 

La solution pour éviter le pire, a fait valoir mercredi M. Sokona, passe par une décarbonisation de l’activité humaine, et en priorité du secteur de l’énergie, responsable de 35 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

 

« Il faut rapidement déployer des solutions. Et on voit qu’il y a une percée fulgurante des énergies renouvelables. Les coûts baissent radicalement. Donc, ces énergies offrent une belle perspective de décarbonisation. »

 

Reconnaissant que les mesures qui peuvent être prises diffèrent grandement selon les pays et les moyens financiers disponibles, il a appelé à une action concertée de la communauté internationale. « La question du climat est une question de solidarité, dans la mesure où il s’agit d’un problème créé et vécu par tout le monde. Et la solution n’est que collective. Il faut donc une grande solidarité des ressources et de la mise en oeuvre. »
 

Sixième rapport

 

La rencontre du GIEC qui se tient à Montréal jusqu’à dimanche doit permettre de préparer la rédaction du sixième rapport de l’organisation, qui devrait être publié dans sa forme complète en 2022.

 

Avant cela, le GIEC publiera cependant l’an prochain un rapport sur le scénario de limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici 2100, par rapport à la situation qui prévalait avant l’ère industrielle. Un scénario très ambitieux mentionné dans l’Accord de Paris, adopté en 2015, mais qui imposerait à la planète de réduire les émissions de 70 % à 95 % d’ici 2050.

 

Le GIEC planchera également, d’ici deux ans, sur une analyse des impacts du réchauffement sur les océans, mais aussi sur un rapport portant sur les conséquences des bouleversements climatiques sur la « dégradation » des terres et la désertification.

 

Financement du GIEC

 

La rencontre de Montréal permettra par ailleurs d’aborder l’enjeu du financement des travaux du GIEC, dont l’enveloppe annuelle dépend en grande majorité de « contributions volontaires » d’un petit nombre d’États, de fondations et d’organismes de l’ONU.

 

Il faut dire que le financement global, qui avoisine les 10 millions de dollars annuellement, souffre depuis quelques années d’un recul des engagements de certains contributeurs, selon ce qui a été précisé de la part de sources internes mercredi. Son financement annuel est en effet soumis aux aléas des décisions politiques des États qui y contribuent.

 

Dans ce contexte, le retrait américain du financement du GIEC en 2017 signifie une perte de près de 2,5 millions de dollars par rapport à 2016. Quant au Canada, les données disponibles indiquent qu’entre 2011 et 2016, soit une période de cinq ans, le financement moyen annuel s’est élevé à 178 973 $.

 

Selon les chiffres inscrits dans un tableau synthèse du GIEC, en date du 30 juin 2017, l’engagement du Canada se faisait toutefois toujours attendre pour cette année. Le ministère de l’Environnement et du Changement climatique n’avait pas répondu aux questions du Devoir sur cet enjeu de financement au moment d’écrire ces lignes.

 

McKenna absente

 

Aucun ministre du gouvernement de Justin Trudeau n’était présent à l’ouverture de la rencontre du GIEC, à Montréal. La ministre de l’Environnement Catherine McKenna n’était donc pas présente. Elle a seulement livré un bref message par l’entremise d’une vidéo préenregistrée.

 

« Nous savons que le changement climatique est un phénomène réel. C’est pourquoi nous prenons des mesures concrètes pour protéger la planète que nous laisserons aux générations futures », a-t-elle déclaré dans cette vidéo.

8 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 6 septembre 2017 19 h 27

    Les autruches

    Couillard, Arcand et Heurtel devraient être plus attentifs et s'ouvrir les yeux, pas juste les oreilles à l'écoute des lobbyistes.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 septembre 2017 10 h 33

      Ou ils sont ignorants ou ils sont malfaisants,ces élus qui nomment les dirigeants du CDPQ.
      Or par conséquent :"Libérons-nous des Libéraux toxiques."avant toute chose.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 6 septembre 2017 21 h 40

    You're a frog, I'm a frog ?

    « Entre 2014 et 2016, la Caisse de dépôt et placements du Québec (CDPQ) a accru ses investissements dans TransCanada, Enbridge et d'autres compagnies du secteur pétrolier, augmentant ainsi ses investissements dans les énergies fossiles de 4,5 milliards de dollars.

    En continuant à investir massivement dans les énergies fossiles, la CDPQ mise sur l'échec de l'Accord de Paris et est en train de jouer dangereusement avec notre avenir. » (extrait d'un courriel envoyé par 350.org)

    Autrement dit, c'est avec l'argent de chacun et chacune d'entre nous que la Caisse de dépôt investit plusieurs milliards dans le développement des énergies fossiles et dans la construction des pipelines auxquels sont opposés une majorité de Québécoises et Québécois, par la voix de leur ville et municipalité.

    Pour que cela cesse, il faut qu'il y ait foule lors du grand rassemblement festif qui aura lieu ce vendredi 8 septembre, de 12h à 13h, devant le siège social de la CDPQ à Montréal.

    Chacun connait probablement la fable qui dit que si l'on met une grenouille dans un chaudron d'eau froide et qu'on amène lentement l'eau à ébullition, la grenouille s'y habituera tranquillement et restera dans l'eau jusqu'à ce qu'elle meure ébouillantée. Cette fable illustre bien le phénomène de l'accoutumance conduisant à ne pas réagir à une situation grave.

    Selon les scénarios réalistes, tenant compte de l'inertie de nos gouvernements, c'est un réchauffement beaucoup plus important que 2 degrés que nous aurons connu à la fin du siècle, et l'emballement du climat sera alors totalement incontrôlable et catastrophique pour nos enfants et pour des milliards d'êtres humains.

    You're a frog, I'm a frog, chantait Charlebois. N'aurons-nous vraiment été que des grenouilles inconscientes ?

    ***

    RSVP sur Facebook (copier et coller ce lien au besoin) :

    https://www.facebook.com/events/1357035467725487?utm_medium=emailutm_source=actionkit

  • Daniel Cyr - Abonné 7 septembre 2017 07 h 43

    Citation très judicieuse

    Très bon choix que d'avoir souligné cette affirmation de M. Sokona : « La question du climat est une question de solidarité, dans la mesure où il s’agit d’un problème créé et vécu par tout le monde. Et la solution n’est que collective. Il faut donc une grande solidarité des ressources et de la mise en oeuvre. ». Nous subirons tous ensembles les contre-coups des changements climatiques, même la classe aisée qui a et aura les moyens de se mettre à l'abri, ils accuseront de toute façon des baisses significatives de rendements de leurs placements, nous pouvons déjà le constater.

    • Daniel Bérubé - Abonné 7 septembre 2017 10 h 37

      Je ne suis pas d'accord avec l'idée que c'est un problème crée par tout le monde, vécu oui, mais crée: non. Car je me demande en quoi le peuple africain par exemple et entre autre, sont responsable d'une hausse si grande du carbonne comparé à l'ère pré-industrielle...

      Je ne vois pas en quoi, bêcher à la main dans un champs, transporter les récolte à dos d'âne peux tant influencer le taux de carbonne... je me dis que plus de 90, voir 95% de ce carbonne relaché ne viennent des pays aujourd'hui industrialisés, et qui au départ de leur industrialisation fonctionnaient principalement au charbon, l'un des pires émetteur de carbonne.

      Un nombre limité en sont responsable au départ, ce qui en a fait d'ailleurs des pays riches et industrialisés, mais... quand nous en arrivons aux conclusions: tout le monde de la planète est vu comme responsables !

    • Marc Brullemans - Abonné 8 septembre 2017 23 h 28

      Il a été créé par tout le monde mais pas de manière égale. Tel qu'indiqué dans une étude scientifique publiée en 2014 (http://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-932, le pays africain ayant contribué le plus au réchauffement planétaire, en tenant compte de l'ensemble des émissions historiques, est le Nigéria, et il se retrouve en 17e place à l'échelle des nations. En ramenant les émissions historique par habitant, on retrouve sur le podium, l'anglais, l'américain et le... canadien. Et parmi les canadiens, sûrement que certains sont plus égaux que d'autres et qu'ils sont assurément vivants.

    • Lisa Hudon - Abonnée 9 septembre 2017 22 h 51

      Si vous prenez l'industrie de la viande, qui totalise 18% des GES, comparativement aux transports pour 12% des GES, la plupart des consommateurs sont les gens des pays industrialisés. On sait que beaucoup des pays les plus pauvres et défavorisés seront touchés par les changements climatiques, tel que l'Inde. Dans cette optique, le réchauffement contribue effectivement a accentuer les inégalités sociales. Regardez juste la couverture médiatique. Ca a toujours mal été en Afrique, il faut fouiller loin pour l'apprendre, votre journal de Québec et de Montréal ne sera pas suffisant, mais quand les états-unis sont touchés, les pauvres nord-américains blancs, là on panique avec la sitaution et que la planète va mal... On devrait toujours paniquer quand c'est grave, peu importe qui ça touche. L'Afrique a carrément nourri l'europe durant la 2e guerre mondiale, je n'ai jamais appris cela en histoire, c'est un africain qui me l'a appris. Je pense que ça montre bien le suprémacisme blanc toujours présent, même en 2016, et à quel point notre culture est ethnocentrée.

  • Daniel Grant - Abonné 8 septembre 2017 09 h 42

    Électricité 3.0


    D’abord l’invention, ensuite la production (plus ou moins polluante) et maintenant nous pouvons générer de l’électricité sans faire la guerre ni démolir nos conditions d’existence de l’humanité.

    Vent, soleil et marée (énergies de flux gratuites)

    Il me semble plus facile de contrôler les centrales électriques polluantes (35% des GES mondiales) basées sur les énergies qui tuent (charbon, gaz ‘naturel’, mazout) que de discipliner les millions d’utilisateurs.

    Il paraît que les jeunes sont plus enclin à se passer de sexe ou de leurs permis de conduire avant de se passer de leur iPhone, alors nous arrivons très rapidement à l’heure ou leurs regards concupiscents seront dirigés de plus en plus vers les iPhone sur 4 roues (VE). Alors on aura pas à les discipliner vers les énergies propres.

    Il est temps qu’on éteigne notre fanal à l’huile et qu’on passe aux ampoules LED, pour revenir à respirer de l’air pur, de boire de l’eau propre et de manger du poisson en santé.