Sécheresses et incendies, des phénomènes appelés à s’intensifier

Un pompier et des flammes violentes près du village de Sanguinheira, à Macao, au centre du Portugal, le 25 juillet 2017.
Photo: Patricia De Melo Moreira Agence France-Presse Un pompier et des flammes violentes près du village de Sanguinheira, à Macao, au centre du Portugal, le 25 juillet 2017.

Des milliers d’hectares brûlés et de personnes évacuées : les incendies qui frappent la France, l’Italie et le Portugal, touchés par une période de sécheresse, risquent de s’intensifier à l’avenir, notamment à cause du réchauffement climatique.

 

L’Italie, le Portugal et la France, « à l’exception de la Corse », ont connu cet hiver « des précipitations inférieures de 20 à 30 % par rapport à la normale », explique Michèle Blanchard, climatologue à Météo-France.

 

En Corse, où un nouvel incendie a entraîné mercredi l’évacuation de plus de 10 000 personnes, pas une goutte de pluie n’est tombée depuis début juillet, ce qui est « exceptionnel », note-t-elle.

 

L’Italie et le Portugal ont en outre connu un déficit de pluies au printemps.

 

Au Portugal, où de violents feux de forêt continuaient à faire rage mercredi, 72 % du territoire est en sécheresse sévère depuis fin juin.

 

« Quand on parle sécheresse, on pense absence d’eau, mais il faut insister aussi sur la température : elle favorise l’évaporation et fait que l’absence d’eau sur les sols est plus cruciale », souligne Mme Blanchard.

 

Or au Portugal, « le mois de juin a été l’un des plus chauds » depuis le début des mesures dans ce pays en 1931, indique Vanda Pires, météorologue à l’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA).

 

Vagues de chaleur

 

Le changement climatique va entraîner « plus de vagues de chaleur, des chaleurs élevées. Qui dit vagues de chaleur dit évaporation encore plus importante et donc sécheresse plus importante des sols », rappelle Mme Blanchard. « Dans le futur, du fait du réchauffement, on va vers des sécheresses plus marquées, notamment l’été. »

 

Selon une étude de 2014 sur les conséquences du réchauffement climatique au Portugal, les températures y ont augmenté plus que la moyenne mondiale au cours des cinquante dernières années. Les vagues de chaleur y sont devenues plus fréquentes et les précipitations annuelles, légèrement inférieures, selon cette étude parue dans la revue WIREs Climate Change.

 

Un air plus chaud est synonyme de végétation plus sèche, plus inflammable. Plus le mercure grimpe, plus le risque d’incendie augmente.

 

Intensité des incendies

 

De telles conditions météorologiques augmentent aussi l’intensité des incendies : on voit désormais se déclencher des feux que les pompiers ne parviennent pratiquement pas à éteindre.

 

Et depuis une cinquantaine d’années, la saison propice aux incendies s’étend de juin à octobre, contre juillet-août précédemment.

 

Ils touchent de plus en plus souvent des zones de plus de 100 hectares, notamment en Europe méditerranéenne.

 

Selon une étude européenne (PESETA II), les surfaces susceptibles de brûler en Europe du Sud pourraient augmenter de 50 % à plus de 100 % au cours du XXIe siècle, selon l’intensité du réchauffement.

 

Le changement climatique est susceptible « d’augmenter la durée et la sévérité de la saison des feux, les zones à risque et la probabilité de grands feux », souligne-t-elle.

 

Changements à faire

 

Au-delà de l’action de long terme contre le réchauffement, il faut notamment maîtriser l’urbanisation, maintenir des coupures agricoles dans les paysages pour empêcher le feu de se propager, débroussailler son jardin, respecter les consignes de sécurité en forêt, éviter les plantations d’essences inflammables.

 

Le Portugal vient ainsi d’adopter une réforme des forêts visant à réduire à terme le nombre des eucalyptus, présents en masse sur son territoire. Cette espèce très inflammable occupait en 2010 une superficie de 812 000 hectares, en hausse de 13 % par rapport à 1995.

 

Selon Météo-France, « aucun scénario ne se dégage » en matière de précipitations pour les pays méditerranéens dans le trimestre à venir (août, septembre, octobre).

 

Mais globalement, un temps « plus sec que la normale » devrait régner sur l’Europe occidentale, le sud de la Scandinavie et les pays baltes.

3 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 27 juillet 2017 10 h 31

    Il fut une époque où

    la pluie était considéré comme du "mauvais temps"... j'ai bien l'impression que cette façon de voir va bientôt changer. Et le soleil qui lui était considéré comme représentant le "beau temps", devenant de plus en plus agressif avec ses rayons UV que l'homme a permis d'atteindre plus fortement les sols dû aux "filtres naturels" que la pollution humaine a fait disparaître, sera possiblement considéré un jour comme du temps indésirable...

    Et dire que plusieurs voyaient le réchauffement et changement climatique comme étant quelque chose de positif...

    Et de plus, considirérer que plusieurs, pour des raisons "économiques", préfèrent ou simplement ne veulent pas y croire, car leurs économies pourraient en être affectée...

    L'industrialisation a donné un pouvoir trop grand à l'homme (1 litre d'essence représente en énergie le travail de 100 hommes durant 1 heure). L'homme est ainsi devenu trop puissant, je dis "trop" car il n'avait pas encore la sagesse voulue pour posséder cette puissance et bien l'utiliser... et en mettant cette puissance entre les mains des marchés, il était prévisible d'en prévoir les agirs...

  • Jean Richard - Abonné 27 juillet 2017 12 h 13

    Un discours à ajuster

    Faire des associations trop rapides entre les catastrophes naturelles et les changements climatiques, dire n'importe quoi pour appuyer ses thèses, ça n'aide pas à comprendre le phénomène. La science est trop souvent remplacée par la croyance.

    Je ne veux pas mettre en doute la crédibilité des climatologues de Météo-France, mais il arrive qu'en peignant un tableau incomplet, une certaine distorsion prenne place dans le message.

    Je doute fort qu'un climatologue se risque à prévoir que le réchauffement soit la cause directe des sécheresses. Après tout, si la température moyenne de la surface des océans, de la terre et des basses et moyennes couches de l'atmosphère devait augmenter de 1,5 °C, la quantité réelle de l'eau dans l'atmosphère pourrait augmenter de 10 % dans les zones saturées (les zones nuageuses des dépressions synoptiques). Plus de vapeur d'eau dans l'atmosphère signifierait-il plus d'eau précipitable ? Peut-être, mais encore là, pas partout.

    Oui, quelques forêts portugaises ont flambé et l'été a été un des plus chauds depuis moins de 100 ans, mais pendant ce temps, sur le sud du Québec et dans l'est de l'Ontario, sur un territoire beaucoup plus grand que celui du Portugal, le climatiseur et les arrosoirs ont été presque inutiles.

    Chaleur et évaporation – Pour que l'eau liquide se vaporise, il faut de l'énergie, sous forme de chaleur. A priori, une atmosphère chaude permettra donc une plus grande vaporisation. Mais si l'atmosphère chaude est très humide, il y aura plus d'eau à transformer en vapeur d'eau, ce qui demandera plus d'énergie. Pour mesurer la capacité d'évaporation de l'atmosphère, on doit considérer à la fois sa température et son contenu en vapeur d'eau. Les deux sont indissociables. Il fait très chaud dans les forêts tropicales et elles sont luxuriantes, pas sèches.

    L'inquiétude ? Qu'un certain discours médiatique nuise à la cause environnementale avec ses conclusions hâtives, aux antipodes de la science.

    • Daniel Bérubé - Abonné 27 juillet 2017 12 h 49

      Effectivement... très peu de scientifiques n'oseront avancer que la chose est en lien direct avec le réchauffement général... pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il faut plus que des preuves irréfutables, car si il y a 1 centième de 1% que la raison soit autre, tout les pollueurs diront qu'officiellement c'est le point a retenir, que c'est la preuve "qu'il peut" y avoir une autre raison, alors, c'est sûrement le cas, et... aucun juge ne pourra contredire la chose...

      Moi, je préfère croire les scientifiques d'Europe que... Trump. Libre choix est laissé à chacun... mais les dires de la majorité de scientifiques, qui nous avisent de la chose depuis des décennies, me semble plus crédible que celle des pétrolières ou ses investisseurs...