Québec veut réduire l’usage de certains pesticides… sans les interdire

Les néonicotinoïdes sont notamment montrés du doigt pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles, une situation qui pose un risque majeur pour toute l’agriculture.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les néonicotinoïdes sont notamment montrés du doigt pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles, une situation qui pose un risque majeur pour toute l’agriculture.

Le gouvernement Couillard souhaite « réduire » l’utilisation de certains pesticides couramment utilisés dans le domaine agricole au Québec. Mais il ne compte pas interdire certains produits pourtant réputés toxiques pour la santé humaine, l’environnement et les insectes pollinisateurs.

C’est ce qui se dégage du « projet de modifications réglementaires » déposé vendredi dans le cadre de la mise en oeuvre de la « Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 ». Ce projet sera d’ailleurs suivi d’une « consultation publique » qui se tiendra en plein coeur de la période estivale.

Essentiellement, Québec compte « interdire » l’utilisation de l’atrazine, du chlorpyrifos et de trois néonicotinoïdes (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame), ainsi que la mise en terre des néonicotinoïdes qui enrobent les semences de « certaines » cultures en milieu agricole. Fait à noter, la quasi-totalité des semences de maïs et environ la moitié des semences de soya sont traitées avec ces insecticides.

Le gouvernement Couillard prévoit cependant que tous ces pesticides pourront continuer d’être utilisés « si leur usage est justifié au préalable par un agronome ». Or, cette façon de faire est déjà en bonne partie en vigueur, selon l’Union des producteurs agricoles.

« Je suis persuadé qu’une utilisation contrôlée, rigoureuse et responsable des pesticides est la clé pour réduire leurs effets néfastes sur la santé de la population, sur les pollinisateurs et sur l’environnement », a commenté, par voie de communiqué, le ministre de l’Environnement, David Heurtel.

« Afin d’améliorer plus rapidement la santé de nos écosystèmes, nous devons donc aller encore plus loin en resserrant l’encadrement de l’utilisation des pesticides les plus à risque. »

Produits toxiques

Pour Louise Hénault-Éthier, spécialiste des pesticides à la Fondation David Suzuki, la « porte ouverte » à des pesticides pourtant réputés pour leur toxicité est une mauvaise nouvelle.

À titre d’exemple, l’Autorité européenne de sécurité des aliments reconnaît clairement que les néonicotinoïdes, vendus librement au Québec, pourraient affecter le cerveau humain et le système nerveux.

Ces néonicotinoïdes sont aussi montrés du doigt pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles, une situation qui pose un risque majeur pour toute l’agriculture. Et leurs concentrations dans plusieurs cours d’eau sont en croissance,ce qui pose des risques environnementaux certains, prévenait l’an dernier Santé Canada.

Réagissant au projet publié vendredi sans préavis, Équiterre a salué « un pas en avant », mais qui ne va pas assez loin. Le groupe, tout comme plusieurs autres organisations écologistes au Canada, souhaite « l’interdiction des pesticides les plus toxiques ».

Utilisation en hausse

Du côté des Producteurs de grains du Québec, on demande au gouvernement de dévoiler l’évaluation des impacts financiers des mesures proposées pour les entreprises.

« Les producteurs de grains du Québec devront manifestement s’ajuster, encore une fois, à de nouvelles contraintes sans évaluation de leur impact. D’ailleurs, le moment choisi pour présenter ces nouvelles mesures est peu propice à attirer l’attention des citoyens », a commenté Christian Overbeek, président de l’organisation.

L’an dernier, le commissaire au développement durable soulignait le manque de suivi du gouvernement sur l’utilisation des pesticides. Il notait aussi que l’augmentation des ventes de ces produits se poursuivait, malgré les promesses de réduction du recours aux pesticides formulées par les gouvernements depuis 25 ans.

Un rapport de l’ONU publié en mars dénonçait par ailleurs le recours à grande échelle aux pesticides dans toutes les régions du monde, au nom de la productivité de l’agriculture industrielle.

Les auteurs y accusent directement la puissante industrie qui commercialise ces produits de nier systématiquement les risques et les impacts des pesticides pour la santé humaine et l’environnement.

9 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 15 juillet 2017 07 h 12

    L'environnement... je le vis!

    Je suis un retraité photographe d'oiseaux. J'avais l'habitude d'aller dans un bosquet tout près de chez moi. Cette année, la population aviaire est en forte diminution. Le bosquet est de plus en plus serré de près par un développement domicilaire. Ce qui pourrait expliquer le départ de certaines espèces qui ont une distance de confort plus grande que d'autres.

    Mais aussi, on a semé du soya dans les champs qui bordent "mon" bosquet. J'ai remarqué qu'il n'y a plus aucun oiseau qui se nourrit dans ces champs. Ce n'est pas normal. C'est dû aux nouveaux enrobages de semences? Je sais pas.

    Mais mon bosquet est à l'agonie. Et je me demande combien il faudra de milieux mourants pour le gouvernement accepte de mettre l'environnement dans ses priorités, plutôt que l'intérêt des producteurs.

  • Nicole Delisle - Abonné 15 juillet 2017 12 h 55

    Et ce sont 3 médecins à la tête de ce gouvernement qui entérine cette décision?

    C'est assez incroyable que des médecins ne pensent même pas à interdire des pesticides nuisibles pour les humains! L'attrait monétaire des lobbyistes de ces vendeurs de "poison" semble avoir été plus convaincant que les recherches médicales et scientifiques en ce domaine! Une autre preuve que les libéraux ne travaillent pas pour le bien-être des québécois. Les promoteurs de tout acabit ont une oreille attentive de nos élus car souvent les $ à faire et venir sont un important facteur dans la prise de décision. Cela fait tomber bien des barrières de principes. L'avenir et le sort de la population ne sont pas des atouts très forts dans la balance! Le jour où
    nous aurons une véritable indépendance de notre gouvernement et que les lobbyistes
    seront interdits dans la prise de décision gouvernementale, le Québec se portera vraiment mieux! Mais cela va prendre une révolution dans les façons de faire de la politique, et un vrai leader pour s'y atteler! Nous en sommes encore bien loin.

    • Pierre Robineault - Abonné 16 juillet 2017 10 h 54

      L'idéal serait de se retrousser les manches de chemise, de se mettre au travail ... et d'y mettre tous les efforts requis dans l'invention, le plus tôt possible serait le mieux, d'un libéralicide!

  • Richard Olivier - Inscrit 15 juillet 2017 17 h 52

    Ha ha

    Comment rire du monde ?

    Regarder les libéraux aller...
    Santé, environnement, $$ aux amis (( Anglade et 3 avions à un ami )) ,, austérité, coupures , privatisation, et GROS SURPLUS pour acheter des votes et pour les amis

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 juillet 2017 18 h 55

    Diriger c'est prévoir

    pour prévoir il faut connaitre,pas croire les vendeurs qui te font acheter du poison
    en escamotant la vérité.Fermons leur les portes du temple.

  • Robert Beauchamp - Abonné 15 juillet 2017 19 h 36

    Les affairistes

    Tant que la d'affaires contrôlera majoritairement le parti libéral il en sera ainsi. Les chambres de commerce et le patronnat en sorte les porte-paroles.

    • Robert Beauchamp - Abonné 15 juillet 2017 23 h 15

      Excusez! Aurait dû être érit: '' Tant que la CLASSE d'affaires...''