Ottawa n’annulera pas les autorisations accordées à Hydrocarbures Anticosti

La rivière Jupiter, sur l'île d'Anticosti, abrite des saumons de l'Atlantique, une espèce en voie de disparition.
Photo: Pierre Lahoud La rivière Jupiter, sur l'île d'Anticosti, abrite des saumons de l'Atlantique, une espèce en voie de disparition.

Le gouvernement fédéral n’entend pas revenir sur sa décision d’autoriser le prélèvement d’eau dans des rivières à saumon de l’île d’Anticosti, en vue des forages avec fracturation prévus dans le programme d’exploration pétrolière financé majoritairement par l’État québécois.

Le Devoir révélait lundi que des Innus de la Côte-Nord ont envoyé une mise en demeure à Pêches et Océans Canada, qui a accordé récemment les autorisations demandées par Hydrocarbures Anticosti pour réaliser trois forages avec fracturation sur l’île. Ils demandent l’annulation de ces autorisations, sous peine de poursuites.

Selon le chef Jean-Charles Piétacho, de la communauté innue d’Ekuanitshit, située en Minganie, le gouvernement canadien a fait fi de son obligation de « consultation » des Premières Nations. Il estime aussi que le prélèvement de 30 millions de litres d’eau dans des rivières à saumon menace directement cette population désignée « en voie de disparition » par le fédéral.

Absence de dommages

Après avoir contacté lundi le cabinet du ministre de Pêches et Océans Canada, Dominic LeBlanc, mais aussi le service de communications du ministère, Le Devoir s’est fait répondre qu’Ottawa n’entend pas revenir sur sa décision. Il n’est pas non plus question de consulter les Innus de la Côte-Nord.

À la suite d’une « analyse adéquate », a-t-on fait valoir, « Pêches et Océans Canada a déterminé que les prélèvements de l’eau dans les trois rivières n’entraîneraient pas de dommages sérieux pour les poissons ».

« Le gouvernement du Canada est résolument engagé à assurer la durabilité et la productivité continue des ressources halieutiques du Canada, de même que des habitats dont elles dépendent, en vue de les conserver pour les générations futures », a également souligné le ministère fédéral, dans une réponse transmise par courriel.

Pêches et Océans a également renvoyé la balle dans le camp du Québec, en soulignant que la réglementation relative aux projets pétroliers et gaziers relève principalement « de la compétence provinciale ». « Les questions concernant l’exploration et l’exploitation du gaz et du pétrole de l’île d’Anticosti devraient être transmises au gouvernement du Québec », a donc souligné le ministère fédéral.

Feu vert de Québec

Avant d’entamer ce printemps des négociations avec Pétrolia et Corridor Resources dans le but de mettre un terme au contrat d’Hydrocarbures Anticosti, le gouvernement Couillard avait lui aussi accordé des autorisations en vue des trois forages avec fracturation prévus sur la plus grande île du Québec.

Cela signifie qu’avec le feu vert récemment obtenu du gouvernement fédéral, l’opérateur des travaux, Pétrolia, détient toutes les autorisations nécessaires pour aller de l’avant avec les trois forages. Cependant, comme la décision d’Ottawa vient d’être transmise à la pétrolière, l’équipement et le personnel nécessaire n’ont pas pu être mobilisés pour les travaux, prévus normalement cet été.

Le premier ministre Philippe Couillard a fait savoir que les libéraux souhaitent mettre un terme au projet pétrolier. Pour cela, il devra parvenir à s’entendre avec Pétrolia et Corridor Resources, qui réclameraient pas moins de 200 millions de dollars pour mettre fin au contrat d’Hydrocarbures Anticosti. Québec doit également négocier avec son partenaire financier Saint-Aubin, mais aussi les entreprises Junex et Transamerica Energy, qui détiennent des permis d’exploration sur l’île.

5 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 10 juillet 2017 21 h 27

    Où ira l'eau contaminé par les forages ?

    Le problème n'est pas relié au fait d'avoir les permis nécessaires pour faire les prélèvement de l'eau nécessaire aux forages, mais de savoir où va aller l'eau contaminé une fois les forages faits...OÙ ? Nos sois-disants grands spécialistes gouvernementaux le savent-ils ?

  • Marc Durand - Abonné 11 juillet 2017 14 h 43

    Pêches Océan Canada hors de son champ de compétence?

    Pêches Océan Canada n'a tout simplement pas l'expertise pour juger de façon complète et adéquate la question des grands volumes d'eau de fracking; ses fonctionnaires ne jugent que l'étroite question des prélèvements d'eau alors que la problématique qui se rattache à ces prélèvement est beaucoup plus complexe. Ces 30 millions de litres seront rejetés avec des composés chimiques dans les eaux du golfe. La fracturation entraine également de nombreux impacts et une modification du roc qui libèrera ensuite d'autres types de rejets chimiques, du méthane et divers hydrocarbures. L'écoulement souterrain débouche avec toute cette charge dans les rivières puis le St-Laurent. Toutes ces questions n'entrent pas entre les œillères de Pêche Océan Canada. En fractionnant ainsi par petit bout, on livre toutes les autorisations mais on arrive aussi à s'en laver les mains. Au final, le promoteur est bien heureux de ce mode d'attribution mal adapté, et lui s'en frotte les mains.

  • Marc Durand - Abonné 11 juillet 2017 15 h 46

    Réaction épidermique de Pêche Océan Canada

    Rien n’offusque plus un haut fonctionnaire, ou un ministre, que de voir une de ses décisions remise en question sur la place publique; d’où la réaction très rapide d’aujourd’hui de Pêche Océan Canada qui indique que la décision rendue en faveur des prélèvements d’eau dans les rivières à saumon ne sera pas révisée. On ne tient même pas compte ici que les innous s’objectent en raison de l’absence de toute consultation. Prélever l’eau des rivières à saumon pour la mélanger à des produits chimiques et faire de la fracturation hydraulique au abord même de ces rivières apparait comme une aberration évidente pour les innous, mais pas seulement eux, pour beaucoup de défenseurs de l’environnement aussi. Les innous ont une possibilité de contester ces autorisations par leurs droits ancestraux; c’est là l’objet de leur requête. Pêche Océan Canada ne répond pas du tout à cela.

    Pêches Océan Canada n'a tout simplement pas l'expertise pour juger de façon complète et adéquate la question des grands volumes d'eau de fracking; ses fonctionnaires ne jugent que l'étroite question des prélèvements d'eau alors que la problématique qui se rattache à ces prélèvements est beaucoup plus complexe. Ces 30 millions de litres seront rejetés avec des composés chimiques dans les eaux du golfe. La fracturation entraine également de nombreux impacts et une modification du roc qui libèrera ensuite d'autres types de rejets chimiques, du méthane et divers hydrocarbures. L'écoulement souterrain débouche avec toute cette charge dans les rivières puis le St-Laurent. Toutes ces questions n'entrent pas entre les œillères de Pêche Océan Canada. En fractionnant ainsi par petit bout, on livre toutes les autorisations mais on arrive aussi à s'en laver les mains. Au final, le promoteur est bien heureux de ce mode d'attribution mal adapté, et lui s'en frotte les mains.

  • Daniel Grant - Abonné 12 juillet 2017 00 h 16

    Sortez l’argent du pétrole de nos gouvernement.


    Comment nos élus peuvent accorder autant d’autorisations qui de toute évidence ne répondent pas au principe de précaution le plus élémentaire et qui est en contradiction avec la sortie du fossile? C’est troublant.

    1- le fossile est une industrie du passé qui a fait son temps
    2- même si ça réussissait Techniquement aujourd’hui au QC, le fossil est en déclin
    3- en 2017 un investissement dans le fossil n’est pas plus brillant que ceux qui ont investi dans Kodak quand on savait que le téléphone intelligent en 2007 détruirait l’industrie du film par la photo numérique. Les seuls qui vont en profiter sont les initiés qui manipulent les lois du marché.
    4- vu qu’il y a beaucoup de lobbyistes du pétrole qui butinent autour de nos élus, il est facile de penser qu’il y a beaucoup d’argent du pétrole aussi, prêt à récompenser les décisions qui favorisent un statu quo lucratif pour les pétrolières.
    5- comment expliquer que nos élus prennent le risque de voir ces mêmes pétrolières revenir contre nous à coup de millions si leurs plans ne reçoivent pas l’acceptabilité sociale? (Gastem actionne Restigouche, Pétrolia actionne QC pour plus de 200M$, TransCanada actionne les USA pour quelques milliards.)

    On est en droit de se demander si cet argent ($200M) que M. Leitão s’apprête à donner de façon si nonchalante à Pétrolia ne serait pas nos taxes qui s’envoleront dans les poches nos élus ou dans la caisse électoral du PLQ.

    Le fossile est une industrie qui détruit nos richesses naturelles qui est le substrat même qui permet aux autres industries de créer de la richesse.

    • Marc Brullemans - Abonné 13 juillet 2017 22 h 24

      N'oublions pas non plus la poursuite de Lone Pine en vertu de l'ALÉNA pour un permis de recherche sous le lit du fleuve en face de Trois-Rivières. Un autre 120 M$, pour un seul permis de recherche... http://www.international.gc.ca/trade-agreements-ac