Les caribous de Val-d’Or envoyés au Zoo de Saint-Félicien

Le caribou forestier a été désigné « espèce vulnérable » au Québec en 2005.
Photo: Peupleloup CC Le caribou forestier a été désigné « espèce vulnérable » au Québec en 2005.

Dans un geste sans précédent, le gouvernement du Québec a décidé de capturer les derniers caribous de la harde de Val-d’Or pour les envoyer au Zoo de Saint-Félicien, a appris Le Devoir. Une décision qui pourrait faciliter la vie à l’industrie forestière en Abitibi, puisque la protection du territoire de cette espèce menacée lui impose des contraintes depuis plusieurs années.

 

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, devait annoncer vendredi matin, à Val-d’Or, la décision de retirer les quelque 20 caribous forestiers de leur milieu naturel pour les déménager au « zoo sauvage » situé au Lac-Saint-Jean.

 

Le cabinet du ministre Blanchette a refusé de répondre aux questions du Devoir jeudi. Il n’a donc pas été possible de savoir si le ministère a mené une étude scientifique sur la faisabilité du projet avant de prendre sa décision. Il n’a pas non plus été possible d’obtenir de commentaires du cabinet au sujet du précédent créé par ce retrait d’une population sauvage en péril de son milieu naturel.

 

Chose certaine, la décision du gouvernement constitue une bonne nouvelle pour le Zoo de Saint-Félicien. L’établissement abrite des caribous depuis plus d’une cinquantaine d’années. Mais en 2015, 19 de ses 21 caribous sont morts subitement. Le zoo espérait recevoir une nouvelle harde en provenance de l’Ouest canadien en 2016, mais le projet a finalement avorté. La direction du zoo n’a pas rappelé Le Devoir.

 

Cette opération complexe sonnera toutefois le glas d’une des deux dernières populations isolées de caribous des bois du Québec. Celle-ci et celle de Charlevoix (85 têtes) sont en effet uniques, puisqu’elles ne sont pas en contact avec celle, plus importante, située plus au nord.

 

Le groupe de Val-d’Or se trouve déjà dans une situation critique. En fait, il n’est plus qu’une relique de la population qui fréquentait la région avant son développement industriel.

 

Territoire protégé

 

Pour éviter la disparition de cette harde, le gouvernement du Québec avait pourtant mis en place, au fil des ans, des mesures de protection dans le cadre du plan de rétablissement du caribou forestier, désigné depuis 2005 comme « espèce vulnérable » au Québec (il est inscrit comme « espèce menacée » sur la liste fédérale). On espérait ainsi que la harde pourrait atteindre au moins une cinquantaine de bêtes.

 

Québec a notamment instauré, en 2009, la réserve de biodiversité des Caribous-de-Val-d’Or, qui couvre une superficie de 434,2 km2 et est située au sud-est de la ville. L’objectif était d’offrir aux derniers caribous un secteur où toutes les activités industrielles sont interdites, dont la coupe de bois, mais aussi l’exploration et l’exploitation minière. Des titres miniers sont toutefois actifs aux pourtours de cette zone.

 

Ce territoire couvre essentiellement l’aire de répartition du printemps à la fin de l’automne. En hiver, les animaux peuvent en effet fréquenter d’autres secteurs, où l’exploitation des ressources naturelles du territoire a pour effet de perturber leur habitat.

 

En dehors de la réserve de biodiversité, le gouvernement a aussi instauré il y a plusieurs années un plan d’aménagement forestier qui impose des règles plus strictes à l’industrie forestière, dans le but de réduire les impacts sur les caribous. Il est vrai que cette espèce, qui utilise de vastes territoires, est particulièrement sensible au dérangement et à la destruction de son habitat naturel. À titre d’exemple, les chemins forestiers peuvent aisément perturber les secteurs fréquentés par les caribous.

 

Caribous et emplois

 

Dans les milieux économiques, certaines voix se sont d’ailleurs élevées pour critiquer « les coûts » du plan de rétablissement du caribou forestier, dont l’Institut économique de Montréal (IEDM). Dans une analyse produite en 2015, l’organisme demandait au gouvernement de « tenir compte de l’impact socio-économique des Plans de rétablissement du caribou forestier et de s’assurer que les coûts ne soient pas disproportionnés avant d’imposer davantage de restrictions sur l’exploitation forestière ».

 

L’IEDM évaluait aussi que la sauvegarde de chaque caribou pourrait équivaloir au sacrifice de 31 emplois et de revenus de 3,8 millions de dollars, en raison des contraintes plus sévères imposées à l’industrie forestière. En campagne électorale, en 2014, Philippe Couillard avait pour sa part affirmé qu’il ne sacrifierait « pas une seule job dans la forêt pour les caribous ».

 

Une fois de retour au pouvoir, les libéraux ont d’ailleurs reporté l’application intégrale du plan de rétablissement 2013-2023 du caribou forestier, essentiellement en raison des impacts pour l’industrie forestière. En théorie, ce plan devait permettre de réduire les perturbations sur une partie du territoire de l’espèce. L’objectif final serait de faire augmenter la population de caribous à 11 000 bêtes, alors qu’elle se situe entre 5900 et 8500 à l’heure actuelle.

13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 avril 2017 07 h 18

    hé,oui , l'ignorance des gens, quelle affaire

    il ne faudrait pas que ces bêtes disparaissent car ils sont au dire de ceux qui connaissent le gibier, la meilleure viande qui puisse exiter, peut etre faudrait- il- pas le dire, mais il faut que les gens le sachent, souvent c'est l'ignorance des gens qui est la difficultée

  • Paul Toutant - Abonné 21 avril 2017 08 h 17

    Et les gens?

    Fallait y penser: déménager les caribous de Val d'or à Saint-Félicien pour les sauver de la mort, et permettre ainsi aux industries de ravager leur territoire à volonté. La dépêche ne nous dit pas pourquoi les caribous de ce zoo sont tous morts "soudainement". Peut-être leur GPS interne a-t-il cherché en vain leur terrain de migration millénaire... Un coup parti, pourquoi ne pas faire la même chose avec les habitants de Malartic? Leur ville va devenir un trou géant bruyant et polluant grâce au gouvernement Couillard; déménager les gens au zoo leur sauverait certainement la vie. Ça amuserait les touristes qui feraient des selfies avec des autochtones québécois logés et nourris gratis. Le bonheur pour tous!

    • Pierre Robineault - Abonné 21 avril 2017 11 h 00

      Ironique mais combien pertinent! Merci, monsieur Toutant!

    • Serge Lamarche - Abonné 21 avril 2017 14 h 05

      Oui, la survie de la harde de caribou est douteuse au zoo. C'est incroyable que le gouvernement se fiche autant des ressources fauniques.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 21 avril 2017 21 h 59

      @PT vous avez visé dans le mille...! En effet, on est en train de vider l'Abitibi de sa faune et bientôt les gens de Malartic subiront le même sort...

      Ceci s'ajoute à tous les " vols éhontés" que l'Abitibi a subis aux cours des dernières décennies...l'eau ( sources d'eau vendues à des compagnies étrangères: Morgan Stanley Strategy Investments filiale torontoise de L'Américaine du même nom ),l'or de Malartic (Canadian Malartic siège à
      Malartic... pour la frime et... Yamano Gold et Agnico Eagle - Toronto)
      et j'en passe...ou j'en oublie !

      Mais comment canaliser notre colère...quand on sait que nos dirigeants,
      nos "politiques", nos élus...s'en foutent royalement !

  • Colette Richard-Hardy - Abonné 21 avril 2017 09 h 01

    Anticosti

    L'île d'Anticosti pourrait devenir le lieu privilégié des cariboux.

    Étant donné que l'île sera préservée de toutes exploitations pétrolières on peut tenter l'expérience.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 avril 2017 11 h 02

      Une deuxième expérience? Après avoir importé des chevreuils, des caribous? Ne manquent que les orignaux!

    • Serge Lamarche - Abonné 21 avril 2017 14 h 06

      C'est pas trop chaud? Ne faudrait-il pas les déménager plus au nord?

  • Nicole Delisle - Abonné 21 avril 2017 09 h 18

    Quelle déchéance que ce gouvernement!

    Plus il gouverne, et plus il se discrédite et se déresponsabilise! C'est lamentable de
    gouverner ainsi, souvent en catimini, parce qu'étant conscient de leurs mauvaises décisions, ce gouvernement le fait en cachette pour ne pas froisser les citoyens. La faune, la flore, le territoire, son sol et son sous-sol, tout est devenu marchandage aux plus offrants. Comme une vente de garage pour se débarrasser de belles choses mais qui apparemment n'est plus utile! Les compagnies prédatrices et gourmandes se délectent avec ce vendeur inconscient, pressé, ignorant du trésor qu'il possède mais désireux de faire une vente rapide. Tout semble se vendre pour une bouchée de pain,
    à des acheteurs probablement proches du pouvoir, sans se soucier que ce que l'on vend appartient en réalité à tous les québécois. C'est en fait un vol systématique
    et une dépossession de tout ce qui nous appartient. Le gouvernement utilise son pouvoir en détournant volontairement nos avoirs, nos richesses, nos biens pour se les
    approprier et les vendre à son profit! C'est une crime grave envers tous les québécois. Et ce qui est encore plus grave, c'est qu'il essaie de nous endormir et nous faire croire qu'il est un fervent défenseur de l'environnement ici et à l'étranger! Quelle
    grande trahison envers son peuple! Les libéraux se déshonorent et sont indignes de
    gouverner et de nous représenter!

  • André Côté - Abonné 21 avril 2017 09 h 49

    Notre patrimoine faunique disparaît...

    Une autre partie de notre patrimoine faunique disparaît dans une indifférence presque totale, cette fois-ci, au profit de l'industrie forestière. Quand allons-nous apprendre à vivre en harmonie avec la nature, notre maison commune?