Québec autorise l’expansion de la mine Canadian Malartic

La fosse originale est tout juste derrière l’église et le centre-ville de Malartic, comme on peut le voir sur cette photo panoramique. 
Photo: Gérald Dallaire Le Devoir La fosse originale est tout juste derrière l’église et le centre-ville de Malartic, comme on peut le voir sur cette photo panoramique. 

Même si le BAPE juge que les lois environnementales du Québec sont inadéquates pour encadrer les mines à ciel ouvert situées en milieu habité, le gouvernement Couillard a choisi d’autoriser une expansion majeure de celle de Canadian Malartic. Le décret de Québec pourrait d’ailleurs mettre un terme à une demande d’injonction déposée par des citoyens qui subissent déjà les impacts de l’exploitation.

 

« Il n’y a aucun doute, il s’agit d’un investissement important qui aura des retombées économiques positives et majeures pour l’Abitibi-Témiscamingue », a fait valoir mercredi le ministre responsable de la région, Luc Blanchette, dans un communiqué qui ne mentionnait ni le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, ni son collègue de l’Environnement, David Heurtel.

 

Maintes fois critiquée en raison de dépassements des normes environnementales et des impacts de sa mine sur la santé de la population de Malartic, la minière pourra donc mener à bien son projet d’expansion. Concrètement, cela signifie que l’exploitation d’or sera prolongée jusqu’en 2028, soit six ans de plus que ce qui était prévu au début de l’exploitation, en 2011.

 

La fosse sera aussi deux fois plus grosse, puisqu’elle atteindra plus de 3,7 kilomètres de longueur, pour une largeur de près d’un kilomètre. L’expansion de la fosse nécessitera même la déviation de la route 117. Tout cela pour extraire de l’or dont la valeur brute pourrait dépasser les 7,5 milliards de dollars.

 

Selon les informations inscrites dans le « feuillet d’information » fourni mercredi par le gouvernement Couillard, Québec a aussi décidé d’autoriser la mine à extraire chaque jour deux fois plus de matériel brut qu’à l’origine. Le volume quotidien pourra donc atteindre 241 000 tonnes. Ces forts volumes sont extraits en recourant très fréquemment à des dynamitages.

 

Or, ce sont surtout ces opérations qui génèrent de la pollution sonore, des vibrations et l’émission de poussières. Autant de nuisances qui avaient été soulignées l’automne dernier dans le rapport très critique du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) portant sur le projet d’expansion.

 

Le document notait ainsi « des dépassements systématiques » des critères sonores, de jour comme de nuit, mais aussi que « la poussière, le bruit et les vibrations dérangent une forte proportion de l’ensemble des Malarticois ». Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a d’ailleurs remis plus de 170 avis de non-conformité depuis 2011. Aucune sanction n’a toutefois été imposée jusqu’à présent.

 

Climat sonore

 

La signature du décret annoncée mercredi par Québec s’accompagne toutefois de « nouvelles conditions », dont des « seuils sonores à respecter le jour et la nuit ». Il n’a pas été possible d’obtenir des informations précises à ce sujet, puisque le décret n’a pas été publié. Les documents disponibles semblent toutefois indiquer que la minière devra limiter les émissions sonores à un maximum de 50 à 55 décibels. Le gouvernement autorise toutefois des dépassements de ces seuils durant « 12 % du temps d’exploitation » au maximum. Le rapport du BAPE évoquait des « dépassements systématiques » à un seuil de 14 % du temps d’exploitation.

 

Le gouvernement n’a par ailleurs pas retenu une recommandation majeure du rapport du BAPE, soit celle de revoir le cadre réglementaire et d’imposer des distances séparatrices entre l’exploitation minière et les secteurs habités. Québec indique simplement que « des réflexions auront lieu » dans le cadre d’un « chantier » portant sur la révision de la réglementation minière.

 

Certaines autres conditions font état de mesures à venir. C’est le cas pour le dépôt, par la minière, d’un plan d’action « visant l’amélioration des performances en matière de climat sonore ». Même chose pour le plan de compensation des milieux naturels qui seront affectés par le projet. Et globalement, précise Québec, « la compagnie minière s’est engagée à mettre en oeuvre une série de mesures d’atténuation, autant pour les impacts au site minier que pour ceux découlant de la déviation de la route 117 ».

 

Demande d’injonction

 

Il n’a pas été possible de discuter avec un porte-parole de Canadian Malartic mercredi. « Cette autorisation marque un jalon social et économique important pour Malartic et la région. Elle démontre et reconnaît le sérieux et la rigueur de notre projet et de nos démarches », a toutefois déclaré Serge Blais, directeur général, par voie de communiqué.

 

Le porte-parole de Mining Watch Canada, Ugo Lapointe, a pour part dénoncé la décision de Québec. Selon lui, ce décret « va à l’encontre des avis du BAPE », mais aussi des constats de la Santé publique, qui a déjà fait état des impacts majeurs de la mine sur les Malarticois. Il juge d’ailleurs qu’il sera pour ainsi dire impossible de réduire les « nuisances » de l’exploitation en autorisant un doublement de l’extraction quotidienne, par rapport à ce qui était prévu dans le premier décret, signé en 2009.

 

Ugo Lapointe estime aussi que la décision de Québec risque de couper l’herbe sous le pied des citoyens qui ont déposé une demande d’injonction pour forcer Canadian Malartic à respecter les conditions de ce premier décret. Comme les conditions du nouveau décret sont différentes, cela pourrait tout simplement la rendre caduque, selon lui.

 

Fait à noter, l’annonce du décret favorable à l’expansion est intervenue le jour où les citoyens ont reçu une copie du jugement concernant leur demande d’injonction interlocutoire. Selon ce qu’on peut y lire, il est essentiellement question d’entendre rapidement la demande d’injonction permanente, soit celle sur le respect des conditions sonores et les seuils d’exploitation fixés en 2009. Ce sont ces conditions qui viennent de changer avec le nouveau décret.

 

La minière fait par ailleurs l’objet d’une demande d’action collective de la part de citoyens qui exigent d’être dédommagés en raison des nuisances engendrées par cette mine, dont la construction a nécessité la démolition d’une partie de Malartic.

  • Robert Beauchamp - Abonné 19 avril 2017 16 h 24

    Le concert

    ''Canadian Malartic a travaillé de concert avec la population locale.....'"
    -Canadian Malartic n'a jamai payé dù d'impôts
    -N'a pas payé de redevances pendant les premières années
    -170 avis de non conformité
    -Zéro sanctions
    De concert avec les citoyens? On se fait toujours jouer la même toune de violon, de véritables colonisés de tiers-monde. L'empire du dollar mène les gouvernements. J'aimerais bien connaître le contenu de leurs menaces ou mesures de chantage. Il y a quelques chose là.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 20 avril 2017 10 h 10

      Allez sur le site de la minière tout y est.

  • Nicole Delisle - Abonné 19 avril 2017 16 h 43

    La haine viscérale d'un premier ministre envers le Québec!

    Malgré l'avis défavorable du BAPE, malgré le fait que cette compagnie minière ne paie aucun impôt et n'a pas émis de redevances pendant les 3 premières années d'exploitation, malgré les inquiétudes des citoyens et avec raison, le gouvernement donne son accord! En faut-il plus pour comprendre que l'on a un gouvernement libéral qui se fout de tout le monde et qui pénalise énormément le Québec! Cette compagnie détruit l'environnement et ne nous paie rien à nous les citoyens! A-t-elle des ententes secrètes avec les libéraux qui reçoivent les redevances à notre place?
    Non, mais on en a assez de se faire traiter comme les cons de service avec M. Couillard! Et cet homme avait assez d'intelligence pour devenir médecin? Il n'a sûrement pas le flair politique et les qualités essentielles pour devenir premier ministre! Avec lui, les compagnies de toutes sortes rient dans leur barbe, tellement sa naïveté est grande pour se faire embarquer dans des ententes au détriment des citoyens du Québec! C'est lamentable d'être dirigé par un être de si piètre envergure!
    Qui s'en met plein les poches pendant que celui qui dirige ne regarde pas?

    • Raymond Chalifoux - Abonné 20 avril 2017 10 h 47

      Avec lui, les compagnies de toutes sortes rient dans leur barbe..."

      tandis que lui (Couillard) "swing sa compagnie" (nous) avec un swing qui rappelle celui du joueur qui est au marbre...

      Et comme l'opposition est morcelée (trois Partis alors que le système n'en prévoit qu'un seul) y a personne aux champs et Mononcle - tout sourire et mots pompeux - se tape sans souci le tour du terrain...

      Ça prendra un... "Vivaldi de l'Érable"!

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 20 avril 2017 01 h 33

    Tout n'est pas si sombre, si on veut le voir

    "...un projet qui suscite de vives inquiétudes chez des citoyens de cette ville d’Abitibi, en raison des impacts de l’exploitation de cette mine...Certains ont d’ailleurs lancé un recours collectif contre la minière...(Alexandre Shield, Le Devoir)".

    Il y a et il y aura toujours des impacts dans le cadre d'une exploitation minière, comme toute autre implantation industrielle et de développement urbain. Cependant il est essentiel que le tout se fasse dans le respect des normes environnementales et sociales. Le présent article tisse une image bien sombre de la situation, et c'est à dessein. Pour une meilleure compréhension des enjeux, avant de dire et écrire n'importe quoi, j'invite les intéressés à consulter le site en ligne de Mine Canadian Malartic (MCM); une foule d'information est disponible. Entre autres vous trouverez ce qui suit:

    Sur une population totale de 3,294 citoyens, 3,082 d'entre eux sont inscrits au programme de compensation des impacts environmentaux (bruit et poussière) de la minière, soit 94 % de la population, et se sont vu verser (rétroactif 2013-2016) une compensation de $5,657,679, celle-ci est reconduite annuellement. Un programme pour l’acquisition des résidences principales dans le quartier le plus près de la mine est aussi offert aux citoyens.

    Concernant les retombées économiques. MCM emploie directement 694 personnes et plus de 700 entrepreneurs oeuvrent sur le site. La MCM a généré $693,000,000 en dépenses en 2016, incluant notamment les redevances minières versées au gouvernement du Québec; l'article ici se contente de mentionner qu'il n'y a pas eu de redevances les 3 premières années. MCM a octroyé plus de $720,000 en dons et commandites à la communauté ainsi qu’en soutien à la recherche en région.

    "L’expansion de la fosse nécessitera aussi la déviation de la route 117, en Abitibi. (Alexandre Shield, Le Devoir)" ; elle est longue la route 117 en Abitibi; il est plus précis de dire qu'un tronçon de 4 kilomètres de la route se

    • André Nadon - Abonné 20 avril 2017 07 h 57

      Monsieur,
      la compensation se chiffre à $458,92 par année,par citoyen inscrit. Ces citoyens doivent vivre et réparer les pots cassés eux-mêmes tous les jours, soit un mirobolant $ 1.25 par jour. Comme dirait les Anglais: BIG DEAL pour la mine.
      On peut faire dire ce qu'on veut aux chiffres surtout pour ceux qui en profitent.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 avril 2017 08 h 47

      Quand la partisanerie rend aveugle...c'est avec des chiffres lancés aux quatre vents que vous défendez votre point de vue...mais qu'en est-il du
      contexte dans lequel ces gens, NOS concitoyens québécois, vivent ? Avez-vous jamais pensé à ce qui est arrivé à "Asbestos et son amiante" qui semblait être le Klondike du temps? Aujourd'hui, ici et de par le Monde, l'amiante est décriée, banie...mais fait encore mourir à petit feu des milliers de personnes.

      Qui dit, avec tout ce poison qui dort présentement dans les "fosses dorées" de Mallartic,qu'on ne se réveillera pas dans 20 ou 30 ans avec une ou des maladies tout aussi insidieuses que celle d'Asbestos ?

      Réfléchissez bien m. Carrier...vous pouvez toujours mettre fin à votre... fixation! On n'en a pas ...mais pas du tout contre votre patronyme !

    • Hugues Savard - Inscrit 20 avril 2017 10 h 23

      "Il est essentiel que le tout se fasse dans le respect des normes environnementales et sociales"

      Elles ne sont pas sévères ces normes justement; quand elles ne sont pas carrément invisibles ou élastiques. Nous sommes propriétaires du sol et nous devons exiger encore plus de scrupules des ces giga-compagnies.

      Par cusiosité, j'aimerais bien savoir qui va payer pour détourner la route? Le gouvernement?

      MCM a octroyé 720 000$ en dons... Comme c'est touchant. À peu près la même chose que ma Caisse Pop du coin de la rue...

  • Yvan Lachapelle - Abonné 20 avril 2017 02 h 48

    Le pire est a venir

    A la fin de l'exploitation de cette mine,le québec restera pris avec des milliers de tonnes d'arsenic généré par l'extraction de l'or.La mine d'or Giant de Yellowknife a quitté les lieux et a laissé au Canada 195,000 tonnes de trioxyde d'arsenic au fond de la mine.Il en coutera plus aux Canadiens pour se débarasser sécuritairemment de ce poison hyper toxique que toute la valeur en or que la mine a généré.

    • Serge Lamarche - Abonné 20 avril 2017 14 h 26

      Oui, pourquoi autoriser l'extraction plus rapide? Ne serait-il pas plus profitable à long terme et moins bruyant de réduire la vitesse d'extraction? Il est clair que l'extraction plus rapide n'est en fait profitable que pour les propriétaires et investisseurs de la mine.

    • Serge Lamarche - Abonné 20 avril 2017 14 h 34

      C'est certain que le contrat de la mine doit prévoir le retour à la normale lors de sa fermeture. Que sait-on là-dessus?

  • Christina Berryman - Abonnée 20 avril 2017 04 h 54

    le Québec un des meilleurs endroits pour les minières

    Grâce à votre article révélateur, nous comprenons mieux cette absurdité et ce manque de transparence. Quant à l'intelligence de monsieur Couillard et ses compères, c'est l'intelligence affective qui fait défaut. Pourquoi cette compagnie ne paie-t-elle pas d'impôts? Pourquoi ne pouvons nous pas avoir de détails sur les redevances à venir (?) sur 7.5 milliards de dollars? Pourquoi ce comportement de sous-tapis face aux 170 infractions? Nous avons des deux de pique à mettre dehors aux prochaines élections. Quel mépris pour les gens de Malartic.