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    Les Darwish, réfugiés syriens, ont découvert le Québec et ses quatre saisons

    La famille Darwish, des Syriens ayant fui la guerre, est arrivée au Québec il y a un an; une année de découvertes pour les parents Marwa et Feras, ainsi que pour leurs trois enfants, Sara, Batoul et Adel.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La famille Darwish, des Syriens ayant fui la guerre, est arrivée au Québec il y a un an; une année de découvertes pour les parents Marwa et Feras, ainsi que pour leurs trois enfants, Sara, Batoul et Adel.

    Première neige. Premier Noël. Première fois au cinéma. Premier printemps (dans la slush !). Première virée dans Charlevoix. Première baignade dans le fleuve (glacé !). Premier automne. Premier Halloween. Première fois à l’école pour les enfants depuis beaucoup — beaucoup — trop longtemps.

     

    Ce fut l’année des premières fois pour la famille Darwish, qui a célébré un an de vie au Québec. « D’accompagner des personnes dans leurs premières fois, c’est toujours spécial. Ça te permet de vivre des moments uniques avec elles. Des moments qui ne reviendront pas mais qui renforcent des liens qui sont importants », constate Rafaëlle Sinave, l’une des deux marraines principales de la famille syrienne, désormais appelée « matante Raf ».

     

    Après plusieurs années sous les bombes en Syrie et un an comme réfugiés en Turquie, les Darwish sont arrivés à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau le 6 décembre 2016, à temps pour Noël l’année dernière. Et Rafaëlle n’hésite pas à le dire : « Ils sont le plus beau cadeau que la vie m’a offert. » La complicité a été instantanée. « Je me sens toujours bien quand je débarque chez eux », raconte l’enseignante en travail social au cégep. « Je suis là pour eux, mais ils sont là pour moi. Comme si c’étaient eux qui m’avaient adoptée. »

     

    « Entre déraison et révolution ». C’est le titre du courriel que Maude Ménard-Dunn, par qui est née cette aventure, avait envoyé à ses amis à l’automne 2015. Ce cri du coeur appelait à parrainer la famille Darwish qu’elle avait appris à connaître à travers une correspondance soutenue sur Facebook. « Ils sont accueillants, généreux et très drôles. Quand tu peux faire de l’humour, les barrières tombent », souligne la travailleuse sociale. « Ils sont tellement curieux et ouverts. Après une semaine, Marwa [la mère de la famille] faisait de la crazy carpet dans la neige avec son voile ! Je connais plein de femmes qui ne feraient pas ça. » Un an plus tard, une amitié profonde les lie. « J’ai l’impression qu’on n’est plus des parrains et des marraines des Darwish, mais des amis. »

     

    D’un Noël à l’autre

     

    Dans un coin de la cuisine des Darwish, quelques décorations de Noël et un grand sapin — un vrai, coupé dans la forêt — garni de boules et de lumières multicolores. « Mais Tom saute toujours dedans », lance Feras (le père de la famille) en attrapant le chat à la fourrure blanche hérissée qui feule et se débat. La famille rigole. Qui sait, Tom est peut-être bouleversé par la perte de Boos, qui est au paradis des félins depuis deux mois. Compagnons de guerre, ils avaient fait ensemble la traversée d’Alep jusqu’en Turquie avec les Darwish avant d’arriver à Montréal par avion grâce à de généreux donateurs d’ici qui avaient payé pour leur transport.

     

    Que s’est-il passé depuis un an ? Feras raconte un peu. Il a adoré l’hiver, souffert un peu de la chaleur en été. Lui qui était un gros fumeur, il explique qu’il a abandonné cette habitude l’été dernier, après s’être presque noyé dans le fleuve, à Baie-Saint-Paul. C’est Rafaëlle qui l’a tiré hors de l’eau. « Elle m’a sauvé la vie. Une deuxième fois. »

     

    Maintenant âgée de 12 ans, sa fille Sara placote dans un français impeccable. Adel, l’aîné qui a 15 ans, aussi. Trop timide, la petite Batoul, qui montre sept doigts lorsqu’on lui demande son âge, n’ose pas dire un mot en français. « C’est le chat qui a mangé sa langue », lance sa grande soeur en souriant.

     

    Plusieurs soirs par semaine, leurs grands-mamans d’adoption, Hélène Larose et Johanne Ménard (maman de Maude), viennent aider les enfants avec leurs devoirs. « Après trois ou quatre mois, ils ont parlé le français », s’est enorgueillie Hélène.

     

    Plus tôt dans la journée, Sara et son grand frère Adel ont fait un spectacle avec leurs camarades de la classe d’accueil. « C’est un spectacle de guerre », dit Sara, en montrant la vidéo sur le téléphone de sa mère. Sur la scène, les jeunes vêtus de noir reconstituent les étapes de leur parcours migratoire. La guerre, les bombes, la fuite. Et leur arrivée au Canada.

     

    « On est contents d’être ici. On sait qu’on est en sécurité », assure Feras. Sa famille restée en Syrie est « OK », se contente-t-il de dire. « Ils vivent dans le 20 % d’Alep qui n’est pas détruit. »

     

    Des progrès en français

     

    Marwa apporte le thé. Elle aussi fait la conversation dans un joli français, en roulant ses « r ». En cette journée glaciale, elle connaît même les formules d’usage. « Y fait frette dewor », dit-elle, en éclatant de rire. On la complimente sur ses progrès. « Je peux le parler, mais je ne le comprends pas », dit-elle en rigolant encore, soulignant ses difficultés avec l’accent québécois. Feras, qui parle plutôt bien l’anglais, trouve plus difficile l’apprentissage d’une autre langue. « C’est difficile », dit-il en soupirant.

     

    Maude-la-marraine insiste : leurs progrès en français sont directement proportionnels aux efforts « surnaturels » qu’ils ont mis à l’apprendre. « Tout le monde pense que c’est normal de parler le français quand tu es en immersion, mais ils ont tellement travaillé ! » lance-t-elle.

     

    Malgré tous les efforts, des frustrations demeurent. Après un an de francisation à temps plein, Feras a atteint le niveau 4 et aimerait faire un diplôme d’étude professionnelle (DEP), en plomberie ou en mécanique. Or on exige un niveau 8 en français pour entamer un DEP. « C’est comme si on lui demandait d’étudier encore deux ans de français, sans aucun salaire ni aide gouvernementale. Mais comment faire vivre une famille de trois enfants sans travail ? Et quel immigrant va faire ça ? » s’indigne Maude. « On reproche aux immigrants de ne pas vouloir faire leur part pour apprendre le français, mais il y a très peu de flexibilité. Et à côté, il y a plein de formations possibles en anglais. »

     

    Et les femmes réfugiées ?

     

    Quant à Marwa, elle voudrait bien apprendre à conduire et rêverait d’une formation d’esthéticienne ou de coiffeuse. Mais même si elle parle français, son faible niveau de scolarité l’oblige à retourner sur les bancs d’école pour plusieurs années afin de décrocher un diplôme d’étude secondaire, préalable à un DEP. « On fait miroiter aux femmes le fait qu’elles vont pouvoir s’émanciper et avoir les mêmes droits que les hommes, mais ce n’est pas la réalité », constate Maude Ménard-Dunn.

     

    D’ailleurs, avec sa complice Rafaëlle, elle travaille à mettre sur pied une entreprise d’économie sociale qui serait un service traiteur pour aider les femmes réfugiées à se trouver du travail. « Ça va être sous forme de coopérative et ça va s’appeler “Un rêve dans votre assiette” », se réjouit Maude, rappelant que le projet est prêt à recevoir des dons sur le site GoFundMe (gofundme.com).

     

    En parallèle, cette mère de famille s’occupe d’un autre beau projet : bébé Ulysse, qui vient de naître. Cette fois, c’est au tour des Darwish d’être parrains ! « C’était un honneur de pouvoir faire la demande à Feras. Je veux que mon fils puisse l’avoir comme modèle. Un modèle de résilience, d’intelligence et de combativité. C’est un être humain inspirant et j’ai envie qu’il soit toujours dans nos vies », raconte Maude. Même si le concept de parrain et marraine n’existe pas dans l’islam, Feras, ému, a aussitôt accepté avec joie, allongeant du même coup la liste des premières fois.













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