Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Idées

    Statistique Canada explique les données du recensement 2016 sur le français à la maison

    13 octobre 2017 | Jean-Pierre Corbeil - Directeur adjoint et responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada | Actualités en société
    Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs, estime le responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada. 
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs, estime le responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada. 

    Depuis la diffusion des données linguistiques du recensement de 2016 en août dernier, certains utilisateurs de ces données ont remis en question l’approche adoptée par Statistique Canada pour présenter les principaux résultats, en particulier ceux sur l’évolution du français.

     

    Deux principaux enjeux ont été soulevés : l’absence de répartition des réponses multiples aux questions sur la langue maternelle et les langues parlées à la maison entre les groupes linguistiques, et la présentation de statistiques sur les autres langues parlées régulièrement à la maison en plus de celle parlée le plus souvent. Dans un cas comme dans l’autre, ces enjeux mettent en cause le traitement statistique des réponses de personnes qui déclarent plus d’une langue, soit comme langues maternelles ou comme langues parlées à la maison.

     

    Mentionnons tout d’abord que les documents d’analyse publiés par Statistique Canada ont pour objectif de présenter au grand public l’information sur les caractéristiques et les comportements linguistiques de la population fournie par les répondants eux-mêmes lors du recensement de la population de 2016. Un des constats principaux de ces documents est la croissance du plurilinguisme dans la société canadienne, ce par quoi on entend notamment la croissance des réponses multiples.

     

    Dans ses documents d’analyse, Statistique Canada présente entre autres des données sur les langues parlées à la maison. Suivant une approche déjà utilisée au recensement de 2011, on y présente des statistiques sur l’utilisation des langues parlées le plus souvent et celles parlées régulièrement, en plus de la langue principale. En 2016, environ 323 000 Québécois ont déclaré plus d’une langue à la question sur la langue parlée le plus souvent à la maison.

     

    Si l’on ajoute à ce nombre les quelque 1,2 million de Québécois qui ont déclaré parler au moins une autre langue de façon régulière à la maison, en plus de celle qu’ils y parlent le plus souvent, c’est donc plus d’un million et demi de Québécois qui déclarent parler plus d’une langue à la maison.

     

    Réalité plurilingue

     

    Ces résultats, d’ailleurs en croissance depuis 2001, témoignent d’une réalité plurilingue que les impératifs de la comptabilité démographique classique parviennent mal à présenter en redistribuant les réponses multiples entre les langues (ou groupe de langues), ou entre les groupes (francophone, anglophone et allophone). Une telle approche impose l’attribution d’une catégorie unique à chaque individu. Les groupes linguistiques sont ainsi mutuellement exclusifs. Cette façon de concevoir les dynamiques linguistiques comme le fruit de rapports entre groupes distincts séparés par des frontières nettes et difficilement perméables correspond de moins en moins à la réalité.

     

    Les questions du recensement, pas plus que les concepts qui leur sont associés, ne font aucune mention des groupes francophone, anglophone ou allophone. Ces termes sont polysémiques et leur usage traditionnel est de plus en plus contesté, ne serait-ce que parce qu’ils reflètent de moins en moins la dynamique et l’utilisation réelle des langues dans les sphères privée et publique. Par ailleurs, aucune question linguistique du recensement ne comporte une dimension identitaire.

     

    La mesure de la présence des langues à la maison ne requiert pas une approche suivant laquelle chaque individu se verrait attribuer une seule langue. Dans le document intitulé « Le français, l’anglais et les minorités de langue officielle au Canada », on peut voir clairement que, malgré une relative stabilité de l’ensemble des mentions du français à la maison, à hauteur de 87 %, la proportion de la population ayant déclaré parler surtout ou uniquement le français à la maison est passée de 80 % à 79,1 % entre 2011 et 2016.

     

    Cette approche, loin de masquer les tendances de fond sur la langue française au Québec, permet de les analyser avec davantage de nuances. Elle permet ainsi de dénombrer les personnes qui font usage du français et de calculer la part qu’elles représentent dans la population en respectant la possibilité bien réelle qu’elles fassent usage de plus d’une langue à la maison. Une telle approche est contradictoire avec celle qui consisterait à limiter chaque personne à une seule réponse afin que la somme des catégories totalise 100 %. Les analyses des données du recensement sur l’origine ethnique et les groupes de population, entre autres exemples, présentent également les statistiques de cette façon depuis plusieurs cycles de recensement.

     

    Statistique Canada a rendu public un grand nombre de données sur la langue. Des données sur la langue de travail seront également diffusées le 29 novembre prochain. Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs. Chaque utilisateur reste libre de faire les regroupements qu’il souhaite selon ses objectifs et ses besoins, et les données diffusées permettent une grande polyvalence aux utilisateurs de données sans compromettre la comparabilité historique.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.