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    Doutes sur la hausse de l’anglais en région

    «Une hausse comme celle-là, c’est quasi impossible dans mon esprit», dit Jack Edwab.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Une hausse comme celle-là, c’est quasi impossible dans mon esprit», dit Jack Edwab.

    Une hausse inexpliquée du nombre d’anglophones dans les régions du Québec soulève des doutes sur la fiabilité des données du recensement de 2016 dévoilées la semaine dernière.

     

    La population ayant l’anglais comme langue maternelle ou comme langue parlée à la maison a littéralement explosé dans une série de villes du Québec, selon les données du recensement de 2016 analysées par le chercheur montréalais Jack Jedwab.

     

    Plus de la moitié de la hausse de 57 325 personnes dans la population anglophone a été signalée à l’extérieur de Montréal, dans des villes à forte majorité francophone, comme Rimouski (+164 %), Saguenay (+115 %), Drummondville (+110 %), Trois-Rivières (+69 %) ou Shawinigan (+77 %).

     

    Plus d’une vingtaine d’autres villes, de Québec à Saint-Hyacinthe en passant par Thetford Mines, Joliette et Rouyn-Noranda, auraient connu une hausse importante de leur population de langue maternelle (ou de langue parlée à la maison) anglaise.

     

    Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes, a fait cette découverte étonnante en fouillant les données de Statistique Canada mises en ligne la semaine dernière. Cette hausse de la population anglophone en région lui paraît tellement improbable qu’il réclame une enquête sur la fiabilité des données du recensement de 2016.

     

    « Une hausse comme celle-là, c’est quasi impossible dans mon esprit. C’est un vrai mystère qu’il faut élucider rapidement. Ça soulève des questions sur la véracité des résultats », dit Jack Jedwab au Devoir.

     

    Il a écrit mercredi au statisticien en chef de Statistique Canada, Anil Arora, pour demander une « enquête formelle » sur cette portion du recensement. Le chercheur estime qu’il faut envoyer des enquêteurs frapper aux portes d’un échantillon significatif de résidences, dans une série de villes du Québec, pour contre-vérifier les résultats du recensement.

     

    « Je travaille avec la communauté anglophone depuis 25 ans et il n’y a personne sur le terrain qui fait ce genre de constat [d’une hausse de la population anglophone en région] », indique Jack Jedwab.

     

    Survie menacée

     

    L’augmentation de 30 560 personnes au sein de la communauté anglophone du Québec (hors Montréal) entre les années 2011 et 2016, d’après les chiffres de Statistique Canada, est d’autant plus surprenante que le gouvernement Couillard a dit s’inquiéter pour la survie de la minorité anglophone des régions, au début de l’année 2017.

     

    « Leur éparpillement géographique, leur faible poids démographique et le vieillissement de la population posent avec acuité l’enjeu de leur vitalité », a écrit le ministre Jean-Marc Fournier à son homologue fédérale, Mélanie Joly, dans une lettre dévoilée par l’agence QMI.

     

    L’organisme Quebec Community Groups Network (QCGN), qui milite pour les droits des anglophones, soutient lui aussi depuis des années que la minorité linguistique est en déclin.

     

    « On constate un vieillissement dans les régions. Même s’il y a eu depuis 10 ou 15 ans des hausses légères de population, on se préoccupe de la vitalité de la communauté », dit Sylvia Martin-Laforge, directrice générale de QCGN.

     

    Le réseau regroupe une cinquantaine d’organisations vouées à la défense de la communauté anglophone du Québec. « Les regroupements ne nous ont jamais parlé depuis cinq ans d’une population grandissante dans la communauté anglophone, au contraire. Si ça se passait, on en aurait eu des échos. On craint que le portrait dressé par Statistique Canada ne soit pas fidèle à la réalité », ajoute-t-elle.

     

    Surprise en région

     

    Le même étonnement règne dans les villes québécoises dont la population anglophone aurait augmenté, selon le recensement. Par exemple, à Rimouski, le nombre de résidants qui déclarent avoir l’anglais comme langue maternelle est passé de 325 à 860 en cinq ans.

     

    « Ça me surprend énormément, dit Marc Parent, maire de Rimouski. Je suis un petit peu bouche bée. On n’a pas l’impression que Rimouski est en train de s’angliciser. »

     

    Il estime que des vérifications s’imposent pour confirmer la valeur de ces données. Rien ne le laisse croire à un afflux important d’anglophones dans le Bas-Saint-Laurent. L’Université du Québec à Rimouski accueille des étudiants étrangers, mais la plupart viennent de pays francophones d’Afrique, du Maghreb ou encore de la France, selon le maire Parent.

     

    Même surprise à Shawinigan, où la population de langue maternelle anglaise est passée de 480 à 850 entre les années 2011 et 2016, selon les données compilées par Jack Jedwab. Les entreprises du secteur numérique comme CGI recrutent souvent à l’extérieur de la Mauricie ou même du pays, mais rien ne laisse croire à une hausse importante de la population anglophone, explique Véronique Gagnon-Piquès, porte-parole de la Ville de Shawinigan.

     

    Vérifications en cours

     

    Statistique Canada dit « prendre très au sérieux l’exactitude et la qualité des données ». « Lorsque des préoccupations sont soulevées, nous appliquons les mesures nécessaires pour les examiner en profondeur et y répondre », a indiqué au Devoir Peter Frayne, porte-parole de l’organisme fédéral.

     

    Le chercheur Jack Jedwab s’interroge sur les causes de ces résultats étonnants. Chose certaine, pour lui, la hausse annoncée des répondants de langue maternelle anglaise n’est pas due à la présence accrue d’étudiants aux universités McGill ou Concordia, pas plus qu’à l’immigration ou à l’arrivée de Canadiens venus d’autres provinces.













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